Observatoire Régional de l'Environnement Poitou-Charentes

Région Poitou-Charentes
 

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Archives Patrimoine naturel - Etat - Les milieux régionaux

Date de dernière mise à jour : 01/09/2008

De par la présence d'un double gradient d'influences climatiques ouest-est et sud-nord, la région Poitou-Charentes représente une aire de transition. Bien que globalement de caractère atlantique, le Poitou-Charentes subit des influences méridionales très nettes dans le sud avec un riche cortège d'espèces méditerranéennes en Charente et Charente-Maritime, tandis que des influences à la fois plus nordiques, orientales et montagnardes sont ressenties en Deux-Sèvres et en Vienne dans tous les groupes floristiques et faunistiques ( DIREN, 2002). Grâce à ces influences aussi riches que variées, le Poitou-Charentes offre un large éventail de milieux sur les 2,6 millions d'ha de surface régionale.

Grands Paysages de Poitou-Charentes
Grands Paysages de Poitou-Charentes

Les côtes du littoral charentais (îles comprises) bordent l'océan atlantique sur une façade de 440 km (soit 6% du littoral français). La présence des îles, des estuaires et des détroits confère à l'espace littoral un caractère tout à fait emblématique et unique : les pertuis. L'étendue des eaux marines de faible profondeur (moins de 20m) permet la présence de riches cortèges maritimes. Riche de ces particularités, le littoral régional présente des habitats variés qui hébergent un grand nombre d'espèces marines de faune et de flore. Le Poitou-Charentes compte d'ailleurs environ 200 000 ha de surface maritime en sites Natura 2000.

La présentation des milieux ci-dessous est basée sur la typologie CORINE biotope avec une adaptation aux spécificités de la région Poitou-Charentes.

  • Les espaces à usage agricole
  • Les zones humides et les milieux aquatiques non marins
  • Les parcs et jardins
  • Les forêts
  • Les pelouses sèches
  • Les landes
  • Les rochers continentaux et grottes
  • Les habitats littoraux et Halophiles
  • Le milieu marin

Les espaces à usage agricole

La France est le premier producteur agricole de l'Union Européenne et le second exportateur mondial après les Etats-Unis.

En 2006, en Poitou-Charentes, la Surface Agricole Utilisée (SAU) représente plus des deux tiers du territoire régional (près d'1,8 millions d'ha) et l'agriculture est l'un des grands secteurs de l'économie régionale.

L'élevage hors-sol s'est également développé dans la région pour la fourniture de lait ou de viande, avec recours aux plantes fourragères et de plus en plus aux aliments composés. L'élevage hors-sol concerne principalement les bovins, porcins, volailles, lapins et caprins : le Poitou-Charentes possède le plus gros cheptel régional d'Europe et est la première région de France productrice de fromages de chèvre (Agreste, 2002).
En 2006, le Poitou-Charente reste le premier producteur de lait de chèvre en augmentant sa production totale de 1,2% (Agreste Poitou-Charentes, annuaire de statistiques agricoles 2007).

Les élevages ovins, qui fournissent agneaux et fromages, restent le plus souvent en plein air.

Les grandes cultures

S'opposant à la petite culture vivrière par ses pratiques, ses techniques culturales et les revenus qu'elle induit, la grande culture a pour objectifs le commerce et l'exportation par le biais d'une production unique sur une grande surface, constituant alors des zones d'openfield.

Open-field en Charente-Maritime
Open-field en Charente-Maritime

En Poitou-Charentes, où 15% des exploitations détiennent 50% des surfaces (Agreste, 2001), le regroupement des exploitations et la mécanisation ont conduit à une spécialisation aux dépens de la polyculture.

Avec 18 700 exploitations professionnelles en 2005, la région Poitou-Charentes a perdu la moitié de ses exploitations agricoles professionnelles en un quart de siècle. Dans le même temps, la Surface Agricole Utilisée reste stable. Conséquence directe, la surface moyenne de ces exploitations a doublé et s'élève aujourd'hui à 86 hectares.
En 2005, les fermes de moins de 50 ha ne représentent plus que 30% des exploitations contre 40% en 2000 et n'exploitent que 10% de la Surface Agricole Utile.
Entre 2000 et 2005, plus d'une exploitation mixte, de polyculture ou de polyélevage sur 5 a disparu. Mais, en 2005 ces dernières représentent un quart des exploitations en région contre 15 % au plan national. (source : Agreste Poitou-Charentes, Novembre 2006).

L'étude du recensement agricole 2000 mené par Agreste en Poitou-Charentes montre nettement cette évolution : en 1988, 47% des exploitations étaient mixtes (polyculture et polyculture-élevage) contre 12% en 2000. Le secteur des grandes cultures compte 28% des exploitations et correspond à plus de 40% de la SAU régionale : céréales (blé ou maïs), oléagineux (tournesol ou colza) et plantes fourragères.

Ainsi, la région se situe aux premières places des producteurs français pour le blé, le tournesol, le tabac et les graines de plantes fourragères.

Les grandes cultures étant d'importantes consommatrices d'engrais minéraux, les sols picto-charentais présentent des excédents élevés d'azote minéral qui se retrouvent dans les eaux superficielles.

Les bocages

Contrairement aux zones de grandes cultures, le bocage est clos. Il est, le plus souvent, constitué de champs délimités par des talus de terre et de pierres couronnés de haies et à la base desquels se trouvent des fossés. D'après une étude menée par la Fédération Nationale des Coopératives d'Utilisation de Matériel Agricole, un paysage peut être qualifié de bocager au delà de 80 mètres de haies par hectare. Ce chiffre correspondrait à des parcelles dont la taille optimale est de 3 à 4 hectares.

Paysages de bocage du Poitou-Charentes
Paysages de bocage du Poitou-Charentes

Le bocage est un milieu multifonctionnel : plus qu'un habitat, le maillage des haies, bosquets et vieux arbres remplit des fonctions de corridor biologique entre différents milieux, et de refuges pour la reproduction de nombreuses espèces. La Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio), inféodée au bocage, dépend ainsi de la conservation de cet habitat.

Outre les fonctions biologiques du maillage, le système fossé - talus - haies du bocage présente une grande importance écologique : action anti-érosive, circulation et épuration de l'eau, brise-vent, etc.

Le bocage est également un milieu apprécié du public en tant que patrimoine culturel et paysager.

Depuis la mise en œuvre de la loi sur le remembrement, la constitution de grandes parcelles et la mécanisation de l'agriculture ont provoqué une importante destruction des haies et talus. La réduction de ce milieu a entraîné la disparition de toute une chaîne alimentaire.

La raréfaction des bocages a eu une influence directe sur les populations de Pie-grièche écorcheur qui trouvaient là un milieu pour nicher et des ressources alimentaires, principalement sous formes de gros insectes dont les larves se développent, selon les espèces, dans le bois mort (Grand Capricorne, Cétoine, Géotrupe, etc.), ou dans les excréments du bétail.

Géotrupe
Géotrupe

En 2002, selon le CREN, les différents types de bocages représentaient environ 21% de la superficie régionale (cf. cartographie).

Les prairies

La prairie est le symbole de l'économie pastorale et jusqu'au milieu du XXème siècle, la récolte d'herbe par la fauche et/ou le pâturage apportait l'essentiel de l'alimentation du bétail. En de nombreux endroits, l'agriculture moderne a mis un terme à ces pratiques ancestrales avec l'abandon du fauchage, la prolongation du pâturage et l'utilisation d'engrais. De plus, les politiques publiques (primes) ont conduit au remplacement de l'herbe par le maïs dans les rations animales et au retournement fréquent des prairies pour la mise en culture intensive.

La prairie peut être permanente ou faire partie d'un système de rotation dans lequel elle fait périodiquement place à des cultures annuelles. La valeur biologique d'une prairie dépend notamment de son âge, de la fréquence des retournements et de son mode d'exploitation.

En fonction de la nature du sol (quantité d'eau et richesse en nutriments) différents types de prairies se rencontrent en Poitou-Charentes. Il existe un gradient allant de la prairie sèche à la prairie humide en passant par la prairie mésophile.

Les prairies humides alluviales, situées dans le lit majeur des rivières, sont des zones naturelles d'expansion des crues qui n'existent que grâce à un entretien par fauchage ou pâturage. Lorsque ceux-ci disparaissent, la dynamique végétale prend le dessus et évolue vers l'établissement d'espèces ligneuses qui ferment le milieu.

En hiver, les crues apportent des sédiments et des éléments nutritifs sur l'ensemble de la zone inondable, favorisant une forte diversité et une productivité biologique élevées. La période d'inondation hivernale est indispensable à la survie des espèces végétales qui y vivent.

La richesse floristique attire une faune variée et notamment des espèces d'un grand intérêt patrimonial, tel le Râle des genêts (Crex crex), protégé à l'échelle nationale. Cette espèce niche au sol dans les herbes hautes, et sa survie dépend grandement de la conservation des prairies inondables.

Râle des Genêts
Râle des Genêts

Le site Natura 2000 de la basse Vallée de la Charente (10670 ha dont domaine maritime) présente de nombreuses prairies hygrophiles à gradient décroissant de salinité de l'aval vers l'amont présentant des espèces protégées au niveau national comme l'Angélique à fruit variable (Angelica heterocarpa), ainsi que de nombreuses espèces endémiques et méditerranéennes.

Depuis plusieurs décennies, la maîtrise artificielle des grands cours d'eau tend à réduire les crues, conduisant à la régression d'espèces inféodées.

Les zones humides et les milieux aquatiques non marins

Les zones humides et les milieux aquatiques non marins sont caractérisés par la présence d'eau douce, saumâtre ou salée.

Carte des zones humides du Poitou-Charentes
Carte des zones humides du Poitou-Charentes
Flore des zones humides
Flore des zones humides

La notion de zone humide a reçu une définition juridique dans la Loi sur l'eau de 1992 : "on entend par zone humide les terrains exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d'eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire ; la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l'année".

Les zones humides constituent la limite entre le milieu terrestre et le milieu aquatique et présentent des sols saturés en eau dits hydromorphes.

Elles sont des lieux d'enjeux multiples et jouent un rôle important dans la régulation du régime des eaux ou l'épuration des eaux. Dans les cas extrêmes, les dégradations de zones humides conduisent à des risques d'inondations ou de sécheresses accrus, à une épuration naturelle des eaux réduite et à une détérioration des milieux naturels. Ces milieux accueillent pourtant une grande variété d'espèces végétales et animales spécifiques : plus de 50% des espèces d'oiseaux dépendent des zones humides et 30% des espèces végétales remarquables et menacées en France y sont inféodées.

Actuellement, les principales zones humides françaises métropolitaines (hors vasières, milieux marins, cours d'eau et grands lacs) représentent entre 1,5 et 1,7 millions d'ha, soit 3% du territoire métropolitain.

La façade Manche-Atlantique compte 900 000 ha de zones humides littorales dont 110 000 ha en Poitou-Charentes.

La région compte également de nombreuses zones humides continentales.

D'une surface de plus de 100 000 ha, répartis en Vendée, Deux-Sèvres et Charente-Maritime, le marais poitevin constitue la deuxième plus grande zone humide de France, après la Camargue. En Poitou-Charentes, il couvre environ 30 000 ha.

Les cours d’eau

Par définition, les cours d'eau sont des écosystèmes où l'eau est soumise à un courant. Les facteurs écologiques essentiels y sont la vitesse du courant, la nature du fond, l'éclairement, la température, l'oxygénation et la composition chimique. Ces facteurs varient en fonction de la zone du cours d'eau (source, cours supérieur ou cours inférieur) et influent sur la composition des peuplements animaux et végétaux qui peuvent être très diversifiés. Les cours d'eau présentent également des réseaux trophiques parfois très complexes, un réseau aquatique "classique" étant composé de végétaux assurant la production primaire, d'invertébrés brouteurs et filtreurs, de plusieurs niveaux de prédateurs (invertébrés et vertébrés) et de décomposeurs (invertébrés, bactéries, etc.).

Martin-Pêcheur
Martin-Pêcheur

En Poitou-Charentes, fleuves, rivières et petit chevelu (têtes de bassins, ruisseaux) totalisent une longueur de 17 000 km et forment plus de la moitié des zones humides continentales.

Une grande partie des cours d'eau régionaux est artificialisée et les usages sont multiples autant pour la ressource en eau (usages domestiques et agricoles) que pour la pêche ou le tourisme nature. Les écosystèmes aquatiques ont ainsi une grande importance économique et font l'objet de nombreux conflits d'usages. La conciliation n'est pas toujours en faveur du milieu et, à l'heure actuelle, pollutions diverses et aménagements bouleversent les écosystèmes aquatiques.

De même que les espèces de poissons migrateurs comme les lamproies ou le Saumon atlantique (Salmo salar), le Martin-pêcheur d'Europe (Alcedo atthis), espèce présente toute l'année, est très sensible aux pollutions diverses et aux aménagements hydrauliques. Il creuse son nid dans les berges abruptes et meubles des cours d'eau, et se nourrit essentiellement de poissons de petite taille qu'il pêche à l'affût depuis un perchoir.

En Poitou-Charentes, certaines rivières sont encore peu touchées par l'intensification agricole et conservent leur richesse floristique et faunistique, telle le Salleron, petite rivière d'eaux vives de la Vienne, où l'on rencontre des populations stables de Cistude d'Europe (Emys orbicularis) et de Lamproie de Planer (Lampetra planeri), espèce en forte régression dans les plaines de l'Europe de l'Ouest. Quelques têtes de bassins abritent également des populations d'espèces patrimoniales aux fortes exigences écologiques comme l'Ecrevisses à pattes blanches (Austropotamobius pallipes).

Cistude d’Europe
Cistude d'Europe

Les mares et étangs

Mare
Mare

A la différence des cours d'eau, les eaux des mares et étangs sont stagnantes. La profondeur est faible de sorte que la lumière, qui permet la photosynthèse, pénètre souvent jusqu'au fond.

On considère en général qu'un étang est plus grand qu'une mare, et que celle-ci est susceptible de s'assécher naturellement (mare temporaire).

La genèse de ces milieux dulçaquicoles peu profonds dépend généralement de l'Homme : ancienne carrière, réserve d'eau à usage domestique ou pour les cultures, abreuvoir pour le bétail, bassin d'élevage de poissons ou de canards, mares de tonnes de chasse, etc. Ces plans d'eau présentent des ceintures de végétation intéressantes et très typiques qui jouent un rôle épurateur et offrent nourriture, abri et support de ponte aux animaux. Lorsqu'ils ne sont pas entretenus, mares et étangs peuvent se combler assez rapidement car la végétation produite chaque année se dépose sur le fond sous forme de matière organique.

La végétation de ces milieux est dite spécialisée (hydrophytes et hélophytes). Elle est composée de saules, roseaux, nénuphars, renoncules, droseras (plantes carnivores), etc., dont beaucoup font l'objet de mesures de protection. C'est le cas du Flûteau nageant (Luronium natans), protégé au niveau européen.

Sur le plan faunistique, les mares et étangs constituent également de véritables îlots de diversité dont le rôle dans les écosystèmes ruraux et forestiers est reconnu pour de nombreux groupes qui y vivent, s'y nourrissent (vers, arthropodes, amphibiens, oiseaux et mammifères) ou s'y reproduisent.

Ces milieux hébergent une faune d'autant plus riche que la ceinture de végétation est développée et diversifiée. Par exemple, les roselières servent d'abri et de site de reproduction pour de nombreuses espèces protégées d'oiseaux :

- Héron pourpré (Ardea purpurea),

Héron pourpré
Héron pourpré

- Busard des roseaux (Circus aeruginosus)

Busard des roseaux
Busard des roseaux

Les mares et étangs du Poitou-Charentes abritent aussi des populations de Salamandre tachetée (Salamandra salamandra), de tritons (marbré, palmé ou crêté), et de Couleuvre vipérine (Natrix maura) espèces protégées au titre de la Convention de Berne.

Salamandre tachetée
Salamandre tachetée

On estime que la région Poitou-Charentes compte environ 40 000 mares, dont 3 000 sont situées sur la Réserve Naturel du Pinail. Entre 1998 et 2002, ce sont plus de 3700 mares qui ont été recensées lors de l'inventaire des mares en Poitou-Charentes, réalisé par les associations départementales de protection de l'environnement. Selon cet état des lieux, les mares sont particulièrement présentes dans les zones bocagères et d'élevage, et ont presque disparu des plaines céréalières. Au total, plus de 26% des mares de la région ont été comblées au cours de ces vingt dernières années.

Les marais

Selon leur situation à l'intérieur des terres ou en bordure maritime, les marais peuvent être continentaux ou littoraux. Les marais continentaux constituent souvent la frange ou les reliques de lacs et sont appelés à disparaître par un long processus de comblement naturel. Ils peuvent également être convertis à l'agriculture après drainage. Les marais littoraux sont généralement des plaines de niveau de base et leur permanence est liée à la stabilité du niveau de la mer. Ces marais sont le plus souvent bordés du côté de la mer par des vasières.

Les eaux peuvent être douces, saumâtres ou salées ce qui détermine le type de végétation. Les marais abritent une biodiversité importante et originale. En plus d'être le lieu de vie d'une faune et d'une flore remarquables, ils jouent un important rôle de régulation hydraulique et d'épuration des eaux par décantation et oxygénation.

Pour des raisons de salubrité, de prélèvements de la ressource en eau, ou de gain de place, les marais ont souvent été drainés artificiellement, par le creusement de réseaux de fossés et de canaux parfois associés à des stations de pompage. En fonction de leur réseau hydraulique et de leur utilisation, on distingue les marais mouillés, les marais desséchés et les marais intermédiaires. Lorsqu'un marais a complètement été asséché pour l'élevage, la culture ou la construction, il fait place à ce que l'on appelle un polder. En Poitou-Charentes, des zones de polder se rencontrent, par exemple, en Baie de l'Aiguillon et dans les marais de Brouage (lien vers les paragraphes correspondant dans l'onglet « Zone Humide »).

Les milieux de marais sont plus amplement développés dans l'onglet "Zones Humides".

Les vallées alluviales

Les vallées alluviales correspondent à l'une des dernières étapes des cours d'eau. Plaines de faible pente caractérisées par un sol de sables ou de graviers où l'eau circule calmement, ce sont des systèmes complexes formés de méandres dont la courbure évolue au fil du temps. A la faveur de fortes crues, le lit majeur peut court-circuiter un méandre et créer un bras mort. Lorsque l'eau ne circule plus, l'ancien lit se comble et se transforme en prairie. Le remodelage permanent du cours d'eau crée ainsi un équilibre dynamique qui maintient une grande diversité faunistique et floristique. Outre leur rôle dans la gestion des inondations et de la ressource en eau, les vallées alluviales assurent ainsi une fonction de réservoir de biodiversité.

Les formations végétales dominées par les arbres et situées en bords de cours d'eau, ou ripisylves, participent à la stabilisation des berges, à la gestion quantitative et qualitative de l'eau (limitation des crues et filtrages des effluents) et constituent des habitats riches en espèces et de précieux corridors biologiques. Les essences, qui se rencontrent dans une ripisylve, sont les saules et les peupliers sauvages (Peuplier blancPopulus alba, Peuplier noirPopulus nigra), espèces Pionnières de ces habitats, le Frêne commun (Fraxinus excelsior), l'aulne glutineux (Alnus glutinosa), le chêne pédonculé (Quercus robur) etc.

Les peupliers sont des essences utilisées pour la fabrication de pâte à papier et de panneaux, d'emballages alimentaires, etc. Depuis le début du XIXe siècle, la Populiculture s'est donc développée en Poitou-Charentes, en quelques endroits de manière intensive sur de grandes parcelles, ailleurs extensivement, avec conservation d'un sous-étage de frênes comme en val de Charente, et sur des parcelles assez petites.

Peupleraie
Peupleraie

La vallée du fleuve Charente et d'un de ses principaux affluents, la Seugne (site Natura 2000 dans les charentes, 7087 ha), présente ainsi des habitats particuliers liés à un système de crues hivernales et printanières. Ainsi, les frênaies alluviales abritent une très grande richesse floristique et faunistique inféodée à ce type de milieu :

  • Fritillaire pintade (Fritillaria meleagris),
    Fritillaire pintade
    Fritillaire pintade
  • Orchis à fleurs lâches (Orchis laxiflora),
    Orchis à fleurs lâches
    Orchis à fleurs lâches
  • Loutre (Lutra lutra),
    Loutre d’Europe
    Loutre d'Europe
  • Vison d'Europe (Mustela lutreola),
  • Cistude d'Europe (Emys orbicularis),
    Cistude d’Europe
    Cistude d'Europe
  • divers poissons migrateurs (aloses, lamproies et saumons),
  • plusieurs invertébrés dont la Rosalie des Alpes (Rosalia alpina), etc.
    Rosalie des Alpes
    Rosalie des Alpes

Les tourbières

Une tourbière est un écosystème particulier colonisé par des plantes adaptées à un milieu gorgé en eau (bryophytes et plantes supérieures) et dont les débris s'accumulent sur un sol peu perméable. La permanence d'eau stagnante appauvrie en oxygène, limite l'activité des micro-organismes décomposeurs et recycleurs de matière organique. Le phénomène d'anaérobiose ralentit la dégradation des débris végétaux qui s'accumulent progressivement et forment un dépôt de matière : la tourbe.

La profondeur d'une tourbière varie de quelques décimètres à une dizaine de mètres et dépend de la vitesse d'accumulation des débris végétaux. Il existe différents types de tourbières en fonction de l'origine de l'eau (atmosphérique, de ruissellement, etc.), et différentes catégories de tourbes en fonction des caractéristiques botaniques et physico-chimiques.

Comme la plupart des zones humides, les tourbières étaient autrefois considérées comme des endroits insalubres qu'il fallait assécher pour assainir. De nombreuses tourbières ont ainsi été drainées et ont disparu (utilisation en tant que combustible). On comprend mieux aujourd'hui le rôle majeur de ces milieux et l'importance de leur conservation (Convention de Ramsar). Les tourbières constituent de formidables filtres naturels de l'eau et sont de véritables réservoirs de vie abritant des espèces adaptées. Les espèces végétales communes des tourbières sont les sphaignes.

Dans les tourbières acides du Confolentais (16), ainsi que dans la toubière du lac Baron-Desqueyroux (ZNIEFF en 17), on rencontrera plus particulièrement des plantes carnivores du genre Droseras (D. intermedia et D. rotundifolia).

Drosera
Drosera

Une multitude d'invertébrés ne vivent qu'en milieux tourbeux : araignées, libellules et papillons dont le Fadet des laîches (Coenonympha oedippus). Les tourbières constituent aussi des biotopes favorables à la reproduction de certains amphibiens, oiseaux (Busards, Courlis cendré - Numenius arquata), et mammifères (Loutre d'EuropeLutra lutra et Vison d'Europe - Mustela lutreola).

Loutre d’Europe
Loutre d'Europe

En France, les tourbières occupent 0,1% du territoire. La plupart des habitats tourbeux sont considérés comme prioritaires au titre de la directive habitat et de nombreuses espèces typiques de ces milieux sont protégées.

En Poitou-Charentes, le sud Deux-Sèvres présente une petite tourbière alcaline de 3,6 ha : la tourbière du Bourdet. Ce site, protégé par APPB, abrite des espèces protégées telles le Gaillet boréal (Galium boreale) et la Couleuvre verte et jaune (Coluber viridiflavus).

Couleuvre verte et jaune
Couleuvre verte et jaune

La tourbière des Régeasses, près de Montmorillon, constitue l'exemple le plus riche de tourbière alcaline de tout le Poitou-Charentes, et la seule localité de Grassette vulgaire (Pinguicula vulgaris) et de Linaigrette à feuilles larges (Eriophorum latifolium), espèce protégée à l'échelle régionale.

Les parcs et jardins

Qu'ils aient pour vocation l'esthétisme, la composition paysagère, la pédagogie, la culture ou la détente, les espaces verts sont des "morceaux de nature" dans la ville.

Bien plus qu'un lieu d'étude (cas des jardins botaniques), de détente ou qu'une zone de friche, ils représentent de véritables îlots de biodiversité en milieux urbains et périurbains. Ces espaces directement liés à l'homme constituent souvent un refuge pour de nombreuses espèces.

Les parcs, jardins et arboretums assurent souvent une mission de conservatoire des espèces végétales. Ainsi, tel l'arboretum du Chemin de la Découverte à Melle, où plus de 250 espèces de rosiers côtoient un millier d'espèces d'arbres, les arboretums sont spécialement destinés à la culture expérimentale d'arbres d'essences diverses.

De nombreux insectes aux formes et couleurs variées vivent dans les herbes et les feuillages des parcs et jardins. Les fleurs, et surtout les grosses inflorescences des ombellifères, attirent de nombreuses espèces floricoles ou prédatrices : divers coléoptères (coccinelles, longicornes, cantharides et hanneton tel la Trichie zonée – Trichius rosaceus, etc.), des papillons tel le Myrtil (Maniolia jurtina), des abeilles et des bourdons, et que de nombreuses espèces de punaises dont l'une des plus remarquables : le Graphosome d'Italie (Graphosoma italicum).

Graphosome d’Italie
Graphosome d'Italie

Ces divers insectes attirent de nombreux oiseaux pour lesquels ils constituent la principale source de nourriture. D'autres oiseaux fréquentent les parcs et jardins en quête de bourgeons et de fruits. Ainsi, le repas du Grosbec casse-noyaux (Coccothraustes coccothraustes)pourra être composé de cerises, faines, graines d'érables, etc.

Les forêts

Les forêts comptent au nombre des écosystèmes les plus évolués et les plus complexes. Présentes sur 10% de la surface terrestre, elles produisent environ 45 % de la biomasse totale.

Même s'ils n'en sont pas les seuls constituants, les arbres prédominent en forêt au point de modifier les conditions écologiques régnant au sol. En peuplements naturels, ou en forêts gérées avec le souci de l'environnement, la végétation se répartit en divers niveaux appelés "strates". Ainsi, on parle de strate muscinale (mousses, champignons, lichens), puis herbacée (fougères et plantes), puis arbustive (arbrisseaux et arbustes) et enfin arborescente (arbres). Sans oublier l'existence d'une strate racinaire (souterraine) où se développe la Pédofaune et où s'effectue une partie importante de la nutrition des arbres.

Cette organisation de la végétation en strates favorise l'abondance des niches écologiques disponibles pour de nombreuses espèces. L'existence de milieux naturels associés à la forêt assure également la maintenance d'une mosaïque de biotopes variés : les landes (humides ou sèches), les mares et autres zones humides, les pelouses sèches, les talus et lisières sont autant de milieux de vie précieux.

La forêt est donc une formidable source de diversité biologique. Malgré toutes les espèces sauvages que l'on peut y rencontrer, il faut garder à l'esprit que les forêts sont le plus souvent cultivées et entretenues par l'homme (sylviculture). Cependant, produire économiquement, du bois de qualité, peut être compatible avec le respect de l'écosystème forêt dans sa globalité.

La forêt française (taillis, futaie) couvrait 15,5 millions d'hectares en 2007, soit 28 % du territoire, ce qui fait de la France l'une des plus grandes étendues forestières d'Europe (IFN, 2007).

Poitou–Charentes est une petite région forestière au niveau national : le taux de boisement est de 14,7 %, ce qui représente environ 380.000 ha de forêts :

  • dont 9% sont domaniales et comprennent les 18 grands massifs régionaux (Moulière, Chizé, La Braconne, La Coubre, etc.)
  • et dont 91% sont privées et extrêmement morcelées (plus de 230 000 propriétaires pour 350 000 ha).
Forêt de Moulière
Forêt de Moulière

Avec 90% de propriétaires qui possèdent moins de 4 ha et une surface moyenne de 1,4 ha par propriétaire, la grande fragmentation de la forêt privée est l'une des principales difficultés pour une bonne gestion régionale.

  •  Voir sur l'Environnement en Poitou-Charentes : les éléments de Contexte régional associés
  •  Lien avec une autre thématique de l'Environnement en Poitou-Charentes
  •  Pour aller plus loin
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