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Milieux, Flore, Faune

Pression - Effets


Les connaissances sur la biodiversité, le fonctionnement des écosystèmes et les impacts des activités anthropiques sont encore fragmentaires et insuffisamment diffusées. Certaines pressions sont cependant Clairement identifiées comme causes de raréfaction et de disparition d'espaces et d'espèces. Destruction, fragmentation et altération des Habitats, contamination des chaînes alimentaires par des substances toxiques, introduction d'espèces allochtones et mauvaise exploitation des espèces sont les principales pressions qui s'exercent sur la biodiversité.

  • La consommation et l'appauvrissement des espaces naturels - uniformisation des paysages, rupture de territoires
  • Les rejets dans le milieu et leurs impacts
  • Les prélèvements effectués sur la ressource
  • Le dérangement de la faune et le piétinement de zones sensibles
  • L'introduction volontaire ou non d'espèces

La consommation et l’appauvrissement des espaces naturels - uniformisation des paysages, rupture de territoires

L'occupation du sol, liée aux activités humaines, a pour conséquence directe l'altération des Habitats. En effet, l'urbanisation, les divers aménagements, la mise en culture intensive, etc., sont consommateurs d'espace et changent les paramètres physiques des milieux. Les capacités d'accueil de ces derniers sont alors perturbées ; certaines espèces ne peuvent plus s'y développer, alors que d'autres y prolifèrent : la composition des peuplements est modifiée et l'équilibre écologique est rompu.

Actuellement, la destruction et la fragmentation des Habitats sont les causes directes les plus importantes de déclin de la biodiversité, en Poitou-Charentes comme dans le reste du monde.

Les divers aménagements « à base » de béton ou bitume (infrastructures routières, ferroviaires, remblais et déblais associés) et autres constructions, ont pour conséquences immédiates la consommation et la destruction des milieux naturels.

L'amenuisement des Habitats s'accompagne souvent de leur morcellement, phénomène qui accroît les risques d'extinction des animaux et par conséquences de nombreux végétaux qui dépendent des animaux pour leur reproduction (pollinisation et transport des graines).

En effet, pour assurer leur survie, les espèces doivent non seulement disposer de ressources naturelles (territoire, alimentation, etc.), mais elles doivent aussi être en capacité de :

  • coloniser de nouveaux sites ,
  • échanger entre Populations (diversité et brassage génétique permettent aux espèces d'évoluer et de s'adapter aux changements du milieu),
  • effectuer leur cycle annuel (développement et reproduction) ou leur Migration.

Ainsi de nombreux animaux doivent pouvoir se déplacer via ce que l'on appelle des corridors biologiques et des couloirs de Migrations, dont la rupture peut être catastrophique.

Si elles ne sont pas dotées de passages (tunnels ou ponts), les voies de communication (routes, voies ferrées, etc.) peuvent constituer des obstacles infranchissables pour certaines espèces :

  • les Reptiles et les petits Mammifères (hérissons) se font écraser,
  • les Oiseaux et les grands Mammifères (cervidés et sangliers) entrent en collision avec les véhicules,
  • les Amphibiens ne peuvent pas rejoindre leur site de reproduction (mortalité lors des déplacements pré et post-nuptiaux),
  • etc.
    Hérisson d’Europe
    Hérisson d'Europe

Les lignes HT et THT, au-delà de l'occupation de l'espace et des coupes de bois qu'elles occasionnent, peuvent également être responsables de la mort d'Oiseaux migrateurs et de Mammifères par collision et électrocution.

Au niveau des cours d'eau, les aménagements de type barrage ou seuil, s'ils ne sont pas équipés de passes, ascenseurs ou rampes, entravent les Migrations des Poissons (Saumon atlantique - Salmo salar, Anguille - Anguilla anguilla, etc.) et les déplacements des Mammifères aquatiques (Loutre d'Europe - Lutra lutra, Castor d'Eurasie - Castor fiber, etc.).

Castor d’Europe
Castor d'Europe

Globalement, les divers aménagements hydrauliques modifient de façon durable les cours d'eau (pente, profondeur, vitesse du courant, forme des berges), et ont des répercussions sur le fonctionnement des écosystèmes. Bien souvent cela engendre une tendance à l'uniformisation des milieux naturels, provoquant une baisse de la biodiversité.

Le même phénomène est observé dans les zones de cultures intensives. En effet, la constitution de grandes parcelles agricoles a pour premier impact, autant visuel qu'écologique, l'uniformisation des paysages.

L'aménagement foncier et la généralisation de la mécanisation n'ont pas toujours épargné le milieu : suppression des haies, arasement des talus, tassement des sols, rectification des cours d'eau, etc. Le maillage bocager régional a ainsi connu d'importantes réductions. Lorsque les Habitats bocagers disparaissent, leurs fonctions écologiques (régulation des eaux, corridors biologiques, etc.) ne sont plus assurées : le ruissellement augmente, l'érosion des sols s'accélère, et tout un ensemble de niches écologiques est détruit.

D'autres milieux ont été transformés pour être mis en culture : une partie des zones humides picto-charentaises a été drainée, et des marais et prairies ont laissé place à des zones de monoculture.

Maïs dans un ancien marais en Deux-Sèvres
Maïs dans un ancien marais en Deux-Sèvres

Parfois, les aménagements effectués par l'Homme peuvent conduire à l'amplification des phénomènes naturels, au point de les rendre catastrophiques, aussi bien pour l'Homme que pour les milieux et les espèces :

  • dans les zones artificialisées, le ruissellement est accru par l'imperméabilisation des sols, multipliant de ce fait les risques et l'envergure des inondations,
  • les effets d'une sécheresse sont plus importants en fonction de la nature du sol ; si celui-ci est érodé, les risques de dessiccation d'horizons et d'incendie augmentent,
  • la tempête que la région a connue en 1950 a causé des dégâts moindres que celle de 1999, principalement parce qu'il y avait moins d'infrastructures.

Les rejets dans le milieu et leurs impacts

Avant toute chose, il est important de rappeler que les trois « compartiments écologiques » que sont l'air, l'eau et le sol, sont liés au niveau de la circulation des molécules et, par conséquent, des polluants. A titre d'exemples, une pollution de l'air peut aboutir à une pollution du sol et de l'eau par retombée des polluants atmosphériques entraînés par la pluie ; d'autre part, les substances présentes dans le sol peuvent polluer les eaux, soit par infiltration dans les nappes phréatiques soit par écoulement vers les cours d'eau.

D'après la DRIRE Poitou-Charentes : "l'air est dit pollué lorsque certains composés minoritaires [...] sont présents à des concentrations supérieures à la normale. La pollution de l'air constitue une menace pour la faune, la flore [...] mais aussi et surtout pour la santé humaine. [...] Les activités humaines sont toutes sources de pollution de l'air, les transports et l'Habitat étant les sources principales avant l'industrie, les productions d'énergie électrique (hors nucléaire) et le traitement des déchets et l'agriculture." (DRIRE, 2001). Les polluants atmosphériques sont très nombreux, imparfaitement connus et leurs impacts sur l'environnement sont parfois difficilement quantifiables.

L'ozone (O3) est un gaz polluant secondaire, c'est à dire qu'il n'est pas rejeté directement dans l'air, mais qu'il résulte de la transformation par réaction chimique des gaz précurseurs tels le NOx, et le CO, principalement d'origine automobile et industrielle.

Les mesures réalisées en été 2003 par ATMO Poitou-Charentes, montrent que l'ozone est un polluant atmosphérique particulièrement préoccupant en Poitou-Charentes. L'O3 a des effets néfastes sur les végétaux : cet élément altère leur Photosynthèse ainsi que leur respiration et ralentit leur croissance. De fortes concentrations d'ozone peuvent réduire significativement les forêts. Toutefois, les espèces végétales n'ont pas toutes la même sensibilité à l'ozone : le mélèze y est sensible, alors que le Pin sylvestre n'est que moyennement sensible et l'Epicéa commun et les chênes peu sensibles.

D'après la DRIRE, la pollution des eaux (nappes phréatiques, rivières, étangs ou mers) résulte principalement des rejets d'origine urbaine, agricole ou industrielle (DRIRE, 2001). L'eau est considérée comme polluée lorsque la concentration d'un ou plusieurs des minéraux qu'elle contient dépasse le seuil d'autoépuration du milieu.

Les nombreuses substances pouvant occasionner des pollutions des eaux (courantes, stagnantes, douces ou marines) ont des origines diverses :

  • eaux résiduaires des agglomérations enrichies en azote, détergents libérant du phosphore, matières organiques, et microorganismes dont certains sont pathogènes,
  • eaux pluviales en zones urbanisées qui se chargent en impuretés au contact de l'air (fumées industrielles) et en ruisselant sur les toits et les chaussées (carburants, résidus de pneus, etc.),
  • eaux résiduaires industrielles contenant une variété de produits toxiques, solvants, métaux lourds, micropolluants organiques, hydrocarbures, etc. qui agissent comme polluants de façon plus directe,
  • eaux de drainage lessivant les excès d'engrais ainsi qu'une gamme variée de produits phytosanitaires.

Généralement, les pesticides sont répandus volontairement pour éliminer des espèces animales ou végétales jugées indésirables dans les cultures, les espaces urbains, les voies de communication, les maisons, les jardins. Selon l'IFEN, les trois quarts des eaux de surface de l'ensemble du littoral français métropolitain sont contaminés par les produits phytosanitaires, principalement par des pesticides d'origine agricole (IFEN, 2002).

En 2005, sur 91 % des points de mesure des cours d'eau les pesticides sont présents. En eaux de surface, 36 % des points de mesure ont une qualité moyenne à mauvaise (Source : IFEN, 2005).

En Poitou-Charentes, comme dans de nombreuses autres régions, certaines portions de cours d'eau se trouvent polluées par les NOx (pollution routière ou industrielle) et les phosphates principalement apportés par les activités agricoles.

L'enrichissement d'un milieu aquatique par ces nutriments aboutit à l'eutrophisation de l'écosystème qui a pour effet la prolifération anarchique de certaines espèces d'algues (phytoPlancton et autres) se nourrissant de ces éléments. Les conséquences sont notamment :

  • l'asphyxie du milieu par diminution de la teneur en oxygène dissout la nuit due à la respiration des nombreux végétaux présents ;
  • la dégradation des Habitats lors de la décomposition des algues. Les éléments décomposés vont colmater le fond des cours d'eau détruisant ainsi les milieux de vie des inVertébrés et les zones de frai des Poissons.

Globalement, la pollution et l'eutrophisation du milieu aquatique entraînent une chute de la biodiversité.

Les sols peuvent être pollués via les eaux qui s'y infiltrent, mais ils le sont aussi souvent directement.

La qualité des sols peut ainsi être dégradée par l'emploi d'engrais et de produits phytosanitaires.

Du fait de la diversité des éléments qu'elles peuvent contenir (plomb, cuivre, cobalt, arsenic, chrome, mercure, etc.), l'épandage des boues des stations d'épuration suscite certaines interrogations.

Les Grandes cultures étant d'importantes consommatrices d'engrais minéraux, les sols picto-charentais présentent des excédents élevés d'azote minéral qui se retrouvent dans les eaux superficielles par infiltration ou par écoulement.

La flore et la faune sont directement touchées par la diffusion de ces éléments chimiques dans le sol.

En Poitou-Charentes, certaines messicoles (plantes exclusives des moissons, "messis" en latin, telles que coquelicot, bleuet, etc.), font les frais d'une utilisation intempestive d'herbicides. Les messicoles souffrent de leur appellation de "mauvaises herbes" et sont ainsi éliminées volontairement. La Nigelle des champs (Nigella arvensis) est un exemple de messicole dont les Populations se raréfient (Baron, 1993).

En France, sur 101 espèces étudiées, 57 sont en situation précaire. En Poitou-Charentes, sur 64 espèces étudiées, 37 sont en régression et 19 sont considérées comme disparues. La région Poitou-Charentes serait celle qui aurait perdu le plus d'espèces messicoles au cours de ces dernières années (Source : Poitou-Charentes Nature, 2006).
Une action d'inventaire et de préservation des plantes messicoles en Poitou-Charentes est réalisée.

La portée toxique d'un produit vis-à-vis de la faune et la flore est appelée écotoxicité. Il est très compliqué de mesurer l'écotoxicité d'une substance et de ses sous-produits. Cependant, des premiers résultats de recherche montrent que de nombreux produits phytosanitaires sont peu ciblés (OIEau, 2003) :

  • même si la plupart des traitements est appliquée sur les parties aériennes des plantes, une partie du produit atteint le sol, où vit la microflore (bactéries, champignons et algues) et la Pédofaune (vers de terre), essentielles au maintien de la fertilité et sur laquelle ces produits ont des effets nocifs ;
  • les phytosanitaires se révèlent également dangereux pour les antagonistes des Ravageurs ciblés (compétiteurs, prédateurs et parasites) et provoquent globalement une diminution des effectifs d'Insectes et autres inVertébrés. Cette diminution d'inVertébrés n'est pas sans effets sur les Insectivores qui s'en nourrissent telle l'Outarde canepetière (Tetrax tetrax) fortement perturbée pendant l'élevage des jeunes ;
  • lorsqu'ils ruissellent dans les milieux aquatiques, les produits phytosanitaires et leurs dégradés peuvent provoquer des dégâts importants sur l'ensemble de la faune aquatique, y compris sur les prédateurs (Poissons, Mammifères) qui accumulent les substances dans leur organisme via la chaîne alimentaire.

Une étude récente du CEMAGREF sur des Poissons des rivières, a également mis en avant le fait que certains polluants (herbicides, plastifiants, produits de dégradation de détergents industriels, médicaments) perturbent le développement sexuel de certains Poissons : les mâles développent des caractères sexuels féminins et les femelles pondent moins d'œufs.

De par leurs mises en œuvre, les infrastructures routières et ferroviaires sont souvent responsables de pollutions. Leur utilisation est source d'émission de poussières, d'hydrocarbures, de plomb et de zinc par usure des pneus et des chaussées, et de CO par les carburants. L'entretien des voies ferrées et des routes conduit à l'utilisation de produits phytosanitaires, et le sel de salage des routes contient des traces de métaux lourds, cause de pollution saisonnière en hiver. Ces diverses substances polluent et dégradent les milieux et provoquent souvent la disparition d'espèces.

Le fonctionnement des centrales nucléaires n'est pas non plu sans effets sur le milieu naturel, et plus spécifiquement sur les milieux dulçaquicoles. Outre la pollution occasionnée par les rejets liquides radioactifs, les eaux rejetées par les centrales peuvent avoir une température différente de celle du cours d'eau, perturbant ainsi la vie des Poissons et autres organismes : c'est la pollution thermique.

Le rejet d'une eau réchauffée peut également favoriser des conditions propices au développement d'amibes pathogènes pour l'Homme.

Notons que pour la centrale de Civaux, par arrêté préfectoral, quel que soit le débit de la Vienne, les eaux rejetées ne doivent pas excéder 25°C et l'écart entre la température des eaux en amont et celle en aval de la centrale ne doit pas dépasser 2°C.

Les milieux peuvent également être contaminés lors d'accident de transports de substances dangereuses. En Poitou-Charentes, la hausse du transport routiers de matières dangereuses (produits chimiques, explosifs, hydrocarbures, engrais, etc.) a entraîné une augmentation du risque d'accident et donc de pollution du milieu par ces substances. Le trafic maritime peut aussi constituer une source de rejets d'éléments polluants des espaces littoral et marin.

Même si le trafic de matières dangereuses des ports charentais est faible, il existe des risques de pollutions liés aux opérations de chargement / déchargement ou au dégazage des navires. Le naufrage de l'Erika (1999), et dans une moindre mesure celui du Prestige (2002), ont provoqué des marées noires, sources de graves pollutions du littoral charentais.

Certains sites de la région, en particulier sur la côte atlantique, peuvent aussi être dégradés par les impacts du tourisme de masse qui accroît considérablement la production de déchets et de rejets de tous types dans le milieu naturel, et qui peut aussi augmenter le risque d'incendie. Ailleurs, la fréquentation de sites par des utilisateurs de la nature est plus diffuse mais n'est pas sans impacts sur les milieux.

Notons enfin, que certaines molécules, utilisées comme médicaments pour les hommes ou les animaux, sont rejetées dans le milieu et peuvent constituer des substances toxiques.

Les prélèvements effectués sur la ressource

Une des motivations fortes, quant à la préservation des milieux naturels, est d'y maintenir la pratique des activités traditionnelles que sont la chasse, la pêche, l'exploitation du bois, la cueillette, la constitution de collections (herbier, collection d'Insectes, etc.), etc.

Pour assurer une gestion optimale des stocks et établir une réglementation appropriée, une bonne connaissance de l'écologie des espèces est nécessaire.

Ainsi, la définition et le respect de règles d'utilisation adaptées aux ressources biologiques sont indispensables pour en assurer une exploitation durable.

Des prélèvements non adaptés, effectués au sein des Populations ou concernant les éléments physiques du milieu, comme le sol ou l'eau, peuvent briser l'équilibre naturel des écosystèmes.

En effet, les êtres vivants aquatiques dépendent de la qualité du milieu mais aussi de la quantité de la ressource en eau. L'augmentation des assecs, principalement due à l'augmentation des prélèvements d'eau met ainsi en péril l'ensemble de la vie aquatique et augmente plus particulièrement la mortalité piscicole.

De plus, la baisse des débits de cours d'eau engendre une diminution des apports d'eau douce en zone littorale et une modification des paramètres physiques des milieux estuariens. Le développement et la reproduction des êtres qui y vivent sont alors perturbés. Un tel phénomène peut avoir de graves répercutions, écologiques et économiques. L'activité Conchylicole est ainsi dépendante des quantités d'eau douce qui parviennent au littoral tant pour les éléments fertilisants et nutritifs qu'elles véhiculent que pour les variations thermiques qu'elles induisent et qui sont essentielles pour le déclenchement des pontes d'huîtres.

Concernant les ressources biologiques, les prélèvements peuvent ne pas être adaptés à l'état du milieu ou des Populations.

Lorsque les prélèvements sont supérieurs aux capacités de renouvellement du milieu ou des espèces, on parle de surexploitation. Les prélèvements excessifs perturbent les écosystèmes et peuvent causer le déclin de l'espèce prélevée et des espèces qui y sont liées (prédateurs, parasites, pollinisateurs, etc.), et la prolifération d'autres espèces (proies, compétiteurs, etc.).

L'Anguille (Anguilla anguilla) est le seul poisson qui se trouve exploité à tous les stades de son cycle biologique :

  • jeunes migrant depuis la mer des Sargasses qui remonte les fleuves (civelles),
  • anguillette (jeune anguille sombre) et anguille sédentaire (jaune) en eau douce,
  • anguille d'avalaison qui descend vers la mer pour rejoindre la mer des Sargasses, son lieu de reproduction.

De par son poids économique, l'anguille, et plus spécifiquement la civelle, est victime d'une sur-pêche importante en estuaire, qui peut parfois être assimilée à du braconnage. La surexploitation des jeunes est particulièrement préjudiciable à l`espèce, ne lui laissant pas un potentiel reproducteur suffisant pour assurer sa survie. De plus, une telle gestion des stocks des civelles se fait au détriment d'exploitation en fin de cycle.

Actuellement, les stocks d'anguilles s'épuisent et sans une réduction de la pêche sur l'ensemble du territoire européen, la survie de l'espèce est sérieusement remise en cause. Il faut espérer que la montée des prix des civelles sur le marché, et la future réglementation européenne, ne démultiplient pas le braconnage déjà très présent dans les marais charentais.

L'Esturgeon commun (Acipenser sturio), est le plus grand poisson migrateur de France et était présent autrefois sur la plupart des côtes et rivières de l'Europe de l'Ouest. Depuis le début du 20ème siècle, l'intensification de sa pêche en mer et en estuaire, notamment pour la fabrication de caviar, a entraîné sa quasi-disparition (à cela se sont ajoutés la dégradation de la qualité des eaux, la destruction des frayères et la construction de barrages).

Aujourd'hui, il ne subsiste en France qu'une seule Population d'esturgeon, présente dans l'estuaire de la Gironde. Malgré la protection dont elle fait l'objet depuis 1982 en France (pêche et vente interdites par l'arrêté du 25/01/1982), puis depuis 1998 à l'échelle européenne, cette Population continue de régresser principalement à cause du braconnage en estuaire de la Gironde et de la pêche accidentelle au chalut sur le plateau continental.

Certaines des mesures mises en œuvre pour compenser la baisse des stocks naturels en cas de surexploitation peuvent avoir des effets négatifs sur le milieu ou la biodiversité. Une mauvaise régulation des Populations peut ainsi devenir une pollution comme c'est le cas des certains estuaires avec les élevages de saumons.

Le déversement annuel en rivière de Poissons d'élevage, telle la Truite, est aussi Nuisible aux espèces autochtones : les individus d'élevage envahissent les niches écologiques et propagent des maladies. De plus, des souches sauvages peuvent disparaître petit à petit à cause des multiples hybridations avec les souches d'élevage.

La chasse est un loisir qui engendre également des prélèvements dans le milieu naturel, prélèvements qui sont précédés d'une évaluation de la ressource. Bien que la chasse soit une activité réglementée, quelques problématiques apparaissent et des procès-verbaux sont dressés chaque année par les agents de l'ONCFS à l'encontre de personnes outrepassant la réglementation en vigueur.

Infractions liées à la chasse en 2003 en Poitou-Charentes
Infractions liées à la chasse en 2003 en Poitou-Charentes

A titre d'exemple, le tableau ci-contre reprend quelques-unes des principales infractions relevées durant l'année 2003 par les agents de l' ONCFS en matière de police de la chasse mais également de police de la nature en général, pour la région Poitou-Charentes.

Notons enfin que la cueillette abusive et le pillage de stations rares pour les collections (cas des Orchidées) constituent également un facteur de raréfaction des espèces.

Le dérangement de la faune et le piétinement de zones sensibles

La fréquentation du milieu naturel, par exemple dans le cadre de sports ou de loisirs, peut conduire à une dégradation du milieu (non négligeable dans le cadre des sports mécaniques). Elle peut aussi induire un dérangement des espèces animales (pouvant être critique au moment de la reproduction), ainsi que le piétinement des espèces végétales. Les dégradations occasionnées par des actions répétées de ce type peuvent avoir des conséquences irrémédiables sur la Biocénose des milieux sensibles.

Le substrat sableux des dunes littorales est un Biotope présentant des contraintes majeures, auxquelles les végétaux doivent s'adapter, comme la salinité, le vent, ou la mobilité du sable, instable par essence, qui menace en permanence la plante d'être déchaussée ou d'être ensevelie.

Les plantes qui poussent dans ces conditions extrêmes et précaires, ont donc développé des adaptations bien spécifiques pour survivre. Les espaces dunaires présentent ainsi des taux d'endémismes importants, d'où le caractère indispensable de leur respect et de leur protection.

Hormis les effets de l'érosion marine, la dégradation importante des dunes est principalement due à des passages massifs et trop souvent anarchiques sur les sites.

Par exemple, sur les îles de Ré et d'Oléron, les Populations d'Oeillet de France (Dianthus gallicus) ou de Gaillet des sables (Galium arenarium),espèces Endémiques des dunes atlantiques franco-espagnoles et protégées à l'échelle nationale, sont ainsi menacées par la fréquentation du littoral particulièrement importante en période estivale. Plus généralement, c'est l'ensemble des écosystèmes qui peut être dégradé ou détruit.

L’introduction volontaire ou non d’espèces

L'introduction d'espèces étrangères, dites allochtones, est aujourd'hui considérée au niveau mondial comme la deuxième cause directe de perte de biodiversité. L'installation d'une espèce nouvelle dans un milieu, ou colonisation, est un évènement naturel, et de tout temps, l'homme, de par ses déplacements, a contribué au déplacement des espèces. Cependant depuis le développement et la multiplication des voies de communication (routières, ferroviaires, aériennes et maritimes) les introductions d'origine humaine, volontaires ou accidentelles, s'avèrent de plus en plus fréquentes et s'opèrent sur des distances de plus en plus grandes.

La plupart des espèces introduites disparaissent faute de pouvoir s'adapter rapidement. D'autres parviennent à se développer. Dans certains cas, ce phénomène peut induire un enrichissement des Communautés écologiques présentes. Cependant, si les espèces n'ont ni prédateurs ni parasites susceptibles de réguler leurs Populations dans le milieu où elles ont été introduites, elles peuvent alors proliférer aux dépends des écosystèmes autochtones. On parle alors d'espèces Invasives.

Parfois, il arrive qu'après une période de prolifération et d'invasion, l'espèce introduite trouve sa place dans un milieu en équilibre et limite son expansion, comme les scientifiques l'envisagent pour la Sargasse (Sargassum muticum).

Les raisons des introductions volontaires d'espèces exotiques sont diverses : économique, de loisirs, ou pour compenser la raréfaction ou la disparition d'espèces indigènes sauvages.

Il peut arriver que les introductions, volontaires ou involontaires, d'espèces exotiques prennent des proportions catastrophiques, comme c'est le cas en Poitou-Charentes pour certaines d'entre elles.

Ainsi, la prolifération du Ragondin (Myocastor coypus) en région, et plus particulièrement dans le Marais Poitevin est très préoccupante. Cette espèce, initialement introduite pour l'élevage, engendre toutes sortes de dégâts. En effet, les ragondins creusent des terriers qui fragilisent les berges, les digues, les petits ouvrages d'art et parfois les routes. De plus, la terre évacuée des galeries est Systématiquement repoussée dans l'eau, ce qui accélère le comblement des petites voies d'eau et peut gêner le bon fonctionnement hydraulique du marais. Le Ragondin véhicule également des maladies pouvant atteindre les autres espèces et même l'homme (leptospirose). Les méthodes de lutte le concernant ne sont pas toujours ciblée : l'intoxication des ragondins par des aliments empoisonnés à la bromadiolone, peut provoquer la mort d'individus d'autres espèces par ingestion et la concentration des substances toxiques dans les chaînes alimentaires. Des espèces telles le Vison d'Europe (Mustela lutreola) ou la Loutre d'Europe (Lutra lutra) sont régulièrement victimes de ces procédés.

Loutre d’Europe
Loutre d'Europe

Concernant les inVertébrés, le Poitou-Charentes est marqué par le développement d'espèces d'écrevisses exotiques (l'Ecrevisse américaine - Orconectes limosus et l'Ecrevisse de Louisiane - Procambarus clarkii) qui provoque, entre autre, une diminution des Populations des écrevisses indigènes du Poitou-Charentes (dont l'Ecrevisse à pattes blanches - Austropotamobius pallipes). Les espèces américaines perturbent les milieux et les chaînes alimentaires, et sont des porteurs sains de la peste de l'écrevisse, qui se révèle mortelle pour les espèces françaises. Les écrevisses exotiques sont aussi plus robustes et plus compétitrices (« suradaptées ») que les écrevisses indigènes et peuvent même en devenir les prédateurs.

La propagation d'espèces végétales exogènes peut également être problématique. La jussie (Ludwigia sp.) introduite pour ses qualités ornementales (aquariums, bassins) et le Seneçon en arbre ou Baccharis (Baccharis hamifolia) importée pour sa résistance au vent et au sel, envahissent les marais charentais dont ils perturbent le fonctionnement en empêchant la circulation de l'eau, la pénétration de la lumière, etc.

Le milieu marin est aussi particulièrement sensible aux menaces des espèces Invasives, notamment du fait des pratiques associées aux opérations de transports maritimes (ballastages/déballastages) qui conduisent à transporter sur de grandes distances des quantités d'eau importantes contenant des milliers d'organismes. Ainsi, les introductions sur les côtes charentaises de la crépidule (Crepidula fornicata) et de la sargasse (Sargassum muticum) ont engendré des modifications dans les écosystèmes que ces espèces de Mollusque et d'Algue brune ont colonisés.

Sargasse
Sargasse

Globalement, ces phénomènes d'introductions portent atteinte au milieu naturel ou aux ouvrages, et engendrent surtout la raréfaction, voire l'élimination, d'espèces indigènes par prédation ou compétition.

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