La qualité de l'eau littorale est appréciée par ses teneurs en contaminants microbiologiques et chimiques, dont les effets sur des organismes vivants sont connus. En règle générale, plus un élément est concentré dans l'environnement, plus il l'est aussi dans les organismes filtreurs. Les huîtres et les moules sont ainsi utilisées comme bioaccumulateurs : ils accumulent des contaminants et en gardent trace pendant des semaines ou des mois ; le dosage dans ces animaux permet de détecter les pollutions au cours des semaines et des mois précédents. Ces bivalves et d'autres organismes vivants sont donc utilisés comme bioindicateurs.
Les polluants mesurés sur la matière vivante du littoral charentais sont les métaux (mercure, cadmium, plomb, cuivre, zinc…), les composés organiques (lindane, DDT, PCB…), et les hydrocarbures (HAP…).
Dans le cadre de son réseau RNO, l'ifremer coordonne les mesures des concentrations de ces contaminants.
Depuis vingt ans, cette importante base de données permet de mettre en évidence les évolutions temporelles et spatiale de la contamination chimique.
Les prélèvements ont lieu quatre fois par an (au milieu de chaque trimestre), de façon à mettre aussi en évidence les variations saisonnières des teneurs.
La législation européenne fixant les teneurs maximales en contaminant dans les denrées alimentaires (n° 466/2001 et n° 221/2002) n'a défini de seuils critiques que pour le plomb, le cadmium et le mercure. Ces seuils n'existent pas actuellement pour les autres polluants.
Les unités de mesures sont exprimées en mg par kg de poids sec de chair de coquillage (mg/kg, p.s.) pour les métaux et en µg/kg, p.s. pour le lindane, le DDT, le PCB, les HAP. Les concentrations sont différenciées suivant les espèces, avec une échelle pour huîtres et une échelle pour les moules.
Ces études ont montré que :
Plus précisément :
Les Bulletins Régionaux de surveillance annuelle (Vendée Sud, Charente-Maritime) de l'Ifremer font état des mesures et des tendances observées ces dernières années pour chaque point de surveillance, et les comparent à la situation globale en France.
L'estuaire de la Gironde est très représentatif des sites fortement contaminés qui présentent une tendance décroissante. Les fortes concentrations de cadmium ont eu longtemps pour origine les rejets de l'ancienne usine "Vieille Montagne" de traitement de "blende" (sulfures métalliques donnant du zinc et du cadmium) à Decazeville en Aveyron. Celle-ci a rejeté, jusqu'en 1986, dans un affluent du Lot, par l'intermédiaire de ses terrils non conformes, d'énorme quantité de métaux (60 kg/j de cadmium au début des années 1980).
La diminution des apports de ce métal par la Gironde se poursuit mais les concentrations restent préoccupantes avec des valeurs supérieures au seuil réglementaire (5 mg/kg de p.s.) aux points de « Bonne Anse » et « Pontaillac ».
Dans le bassin de Marennes-Oléron, où les valeurs sont proches du seuil sanitaire, on observe une tendance à l'augmentation ces dernières années (aux points « Les Palles », « Dagnas », « Mus de loup »). Aujourd'hui, la question d'une origine du cadmium différente de la Gironde en ces points de mesure se pose donc.
Les concentrations en cadmium des sites de Vendée, du pertuis Breton et du pertuis d'Antioche sont plus éloignées du seuil sanitaire avec des valeurs proches de 3mg/kg de p.s.. Ces dernières restent néanmoins supérieures à la médiane nationale (huîtres : 1,72 mg/kg de poids sec – moules : 0,62 mg/kg, p.s.), sauf à Talmont.
Globalement, les concentrations en mercure mesurées dans les huîtres sont proches de 0,3 mg/kg de poids sec. On observe une légère croissance des teneurs ces dernières années, qui se confirme sur le site de Marennes aux points de surveillance « Dagnas » et « Les palles » : proches des 0,4 mg/kg de p.s..
Les valeurs extrêmes mesurées sont toutefois très inférieures (de 5 à 6 fois) au seuil réglementaire (2,5 mg/kg de poids sec).
Les mesures sur la plupart des points de surveillance dépassent la médiane nationale (huîtres : 0,21 mg/kg de poids sec – moules : 0,12 mg/kg, p.s.).
Les sources de pollution sont "diffuses".
Les concentrations en plomb restent faibles, généralement inférieurs à 2mg/kg de poids sec.
Pendant longtemps, les huîtres prélevées dans le site de la Gironde ont présentées des teneurs légèrement plus fortes (environ 3 mg/kg de poids sec) qui s'expliquaient, comme pour le cadmium, par les rejets de l'ancienne usine « Vieille Montagne » de Decazeville. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. La généralisation de l'usage de l'essence sans plomb explique également partiellement ces diminution de concentration.
Sur l'ensemble des secteurs, les valeurs sont proches de la médiane nationale (huîtres : 1,3 mg/kg de poids sec – moules : 1,5 mg/kg, p. s.) et très éloignées du seuil sanitaire (7,5 mg/kg de poids sec).
Les teneurs en cuivre restent élevées, particulièrement dans la Gironde. Les points « Bonne Anse » et « Pontaillac » observent des teneurs supérieures à 600 mg/kg, p.s..
Sur le reste du littoral, les huîtres présentent des teneurs plus faibles, généralement comprises entre 200 et 400 mg/kg, p.s., mais cependant plus élevées que la médiane nationale (161 mg/kg, p.s.). A l'exception de la « Baie de l'Aiguillon », les tendances sont à la hausse. Les augmentations les plus fortes sont observées aux points « Les palles » et « Dagnas », qui ont par ailleurs des concentrations déjà élevées.
Trois types de sources de cuivre sont connues : les effluents de l'élevage industriel, le traitement des vignes et le remplacement du TBT par le cuivre dans les peintures antisalissures des navires de moins de 254 mètres.
Les valeurs diminuent dans la Gironde (moins de 4000 mg/kg, p.s à « Pontaillac » où cette valeur représentait près de 3 fois la médiane nationale (huîtres : 2288 mg/kg, p.s.) quelques années auparavant).
Aujourd'hui, le point les « palles » démontre une contamination plus élevée (4000 mg/kg, p.s.) et s'éloigne ainsi de la médiane nationale.
Les huîtres de « Dagnas » et « Mus du loup » ont aussi des concentrations qui augmentent (3000 mg/kg, p.s.).
Les tendances à la baisse de ces insecticides rémanents se confirment sur l'ensemble des secteurs.
Bien que le DDT soit interdit d'utilisation depuis 1972, sa présence est encore détectée à des concentrations très faibles Les valeurs se démarquent largement de la médiane nationale (huîtres : 6,2 µg/kg poids sec) aux points proches de l'estuaire, mais restent en deçà des seuils toxiques.
Les 2 "séries" de contaminants que sont les PCB et les HAP ne présentent pas des niveaux préoccupants sur le littoral du département charentais.
Des observations sur les paramètres, argent, chrome, nickel et vanadium, sont pour la première fois présentées dans le bulletin 2006 du RNO. Ils font état de valeurs bien au-dessus de la valeur médiane nationale en particulier pour l'Argent. On y pointe l'influence des rivières.
A noter :
Les teneurs en métaux lourds ont longtemps été expliquées par la pénétration partielle des eaux polluées de l'estuaire de la Gironde par le pertuis d'Antioche. Mais la Gironde n'est peut-être plus la seule source à incriminer.
Les concentrations observées dans le bassin de Marennes-Oléron suggèrent l'influence significative du fleuve Charente, particulièrement à l'embouchure.
Les mêmes polluants sont mesurés dans les sédiments des ports.
La qualité des sédiments des bassins portuaires est mesurée et suivie de façon régulière par le REPOM lors des campagnes d'analyse des opérations de dragage.
Au regard de cette qualité et des volumes en jeu, les opérations sont ensuite soumises à procédure (loi sur l'eau pour la partie dragage et éventuellement loi immersion pour les rejets en mer).
Au regard des mesures réalisées, il s'avère que les 19 bassins inscrits au REPOM en Charente-Maritime présentent de bonnes qualités chimiques, organiques et métalliques (métaux, TBT, PCB et HAP) excepté pour le bassin à flot du port de commerce de La Rochelle-Pallice dont les sédiments présentent des concentrations en cuivre, cadmium et Composés organostanniques importants : l'origine de ces dépassements est liée au retard pris sur les opérations de dragage d'entretien sur ce secteur.
Le suivi bactériologique des eaux littorales est assuré conjointement par :
Ils sont répartis selon des positionnements stratégiques définis de la façon suivante : des points de suivi dits "masse d'eau" sur la frange littorale, des points dits "estuaires" dans les eaux saumâtres, ainsi que des points dans les ports.
L'antériorité des mesures disponibles depuis 1998 sur l'ensemble des ports du département (y compris les bassins non inscrits au REPOM), permet de constater une amélioration de la qualité bactériologique qui est passée de passable/mauvaise (valeurs en E.coli comprises entre 2 000- 20 000 U/100ml) à bonne/passable (valeurs en E.coli comprises entre 200- 2000 U/100ml) sur les ports de plaisance et de passable à bonne sur les bassins de pêche et de commerce.
Elle assure quant à elle le suivi bactériologique des eaux de baignade au cours des périodes balnéaires, conformément à la Directive n°76/160/CEE du 8 décembre 1975 et à la réglementation française prise pour son application (Décret n°81-324 du 7 avril 1981 modifié).
Durant la saison 2005, ce sont au total 90 points qui ont été contrôlés en eau de mer.
Les sites non conformes (classes C et D), interdisant la baignade, sont inexistants pour cette année. 75 % des plages ont une eau de bonne qualité (classe A) et 25 % une eau de qualité moyenne (classe B).
Suivi par l'ifremer, il a pour objectifs :
Le suivi de la contamination se fait par l'analyse bactériologique de coquillages : huîtres et moules en particulier. L'évaluation de la contamination est basée sur le dénombrement, dans 100 grammes de chair et de liquide intervalvaire, des bactéries « Escherichia Coli » (E.coli), encore appelées « germes tests de contamination fécale ».
Les résultats de ce réseau sont utilisés pour le classement de salubrité des zones de production et des zones de parcage des coquillages vivants. Il a également pour objet la validation continue de ce classement.
L'Arrêté du 21 mai 1999 fixant les conditions de classement de salubrité des zones de production conchylicole définit quatre classes de qualité en fonction des pourcentages de dépassement des valeurs seuil.
Au cours de l'année 2005, la surveillance régulière s'est opérée sur 43 points de suivi répartis dans 31 zones classées.
La qualité bactériologique des coquillages non fouisseurs est bonne sur la quasi-totalité du littoral charentais, la majorité des zones étant en classe A, à l'exception des zones :
Pour les organismes fouisseurs, les zones de Fiers d'Ars en Ré, de Boyardville et de la Seudre amont sont classées C.
Le règlement 854/2004 CE du 29 avril 2004 du Parlement européen fixent de nouvelles règles de classement, plus contraignantes que celles de l'Arrêté du 21 mai 1999. Elles doivent être en application depuis le 01/01/2006.
| Zonage conchylicole | Paramètres bactériologiques | Paramètres chimiques* | entete |
|---|---|---|---|
| CLASSE A | - 100% des valeurs obtenues sont < 230 E.coli/100g de chair et de liquide intervalvaire | La contamination moyenne doit être : - Mercure (Hg) total : < 0,5 mg/kg de chair humide - Cadmium (Cd) : < 1 mg/kg de chair humide - Plomb (Pb) : < 1,5 mg/kg de chair humide | Elevage et consommation directe autorisés. |
| CLASSE B | - 100 % des valeurs obtenues sont < 4600 E.coli/100g de chair et de liquide intervalvaire. | Elevage et consommation autorisés après purification | |
| CLASSE C | - 100 % des valeurs obtenues sont < 46000 E.coli/100g de chair et de liquide intervalvaire. | Elevage et consommation interdits. |
A côté de la surveillance exercée dans le cadre du REMI, la D.D.A.S.S. 17 exerce le contrôle de la pêche à pied de loisir. Ce réseau a pour objectif de surveiller les gisements de pêche à pied de loisirs les plus fréquentés mais également les plus exposés à des risques sanitaires. Certains gisements naturels exploités par des professionnels sont également fréquentés par des pêcheurs amateurs, les résultats du réseau REMI complètent alors ceux du réseau de suivi de pêche à pied de loisirs de la D.D.A.S.S.
24 sites sont suivis sur le littoral régional. Selon les résultats des contrôles, la D.D.A.S.S. autorise, déconseille ou interdit la pêche à pied, principalement au regard du nombre de bactéries fécales présentes dans 100 g de chair de coquillage et de liquide intervalvaire, qui ne doit pas excéder 230 Escherichia coli pour une consommation humaine directe possible (arrêté interministériel du 02/07/96).
A la qualité des coquillages prélevés est généralement associée une classe : A,B,C ou D ; par analogie avec les classements effectués sur les zones conchylicoles de production professionnelle.
Il ressort que les gisements des bivalves fouisseurs (coques) présentent une qualité sanitaire moindre que celle des gisements de bivalves non fouisseurs (huîtres, moules). Leur métabolisme nutritionnel ainsi que le fait d'être enfouis sur les parties hautes de l'estran les exposent en premiers aux arrivées polluantes d'origine terrestre, notamment microbiologiques.
Le phytoplancton est un élément fondamental de la chaîne alimentaire. Des proliférations importantes de certaines espèces se produisent régulièrement (enrichissement du milieu par apports de nutriments terrigènes en excès), mais sont dans la plupart des cas sans conséquence car inoffensives. Cependant, il arrive que des espèces produisent des toxines que l'on appelle phycotoxines. Certaines sont libérées dans l'eau et sont nocives, voire mortelles pour les animaux marins. D'autres, qui restent à l'intérieur des cellules algales, peuvent s'accumuler dans les animaux marins qui se nourrissent du phytoplancton, comme les coquillages ; ceux-ci deviennent alors toxiques pour qui les consomme.
Il existe en France trois types de phytoplancton produisant des toxines dangereuses pour les consommateurs de coquillages, suivant le type de toxine :
Le préfet est informé de la présence de ces toxines ; il a la responsabilité des décisions d'interdictions de vente et de ramassage de coquillages dans les zones côtières contaminées.
Le Réseau de surveillance du phytoplancton et des phycotoxines (REPHY) a été créé par l'ifremer en 1984 et a pour objectifs :
Le réseau de prélèvements en Charente-Maritime et Vendée (partie Sud) comporte 27 points de mesure et permet si nécessaire de faire fermer provisoirement les secteurs à risque si l'espèce phytoplanctonique (et sa "toxine" afférente) est présente en quantité supérieure à un niveau d'alerte.
Le littoral charentais a connu quelques périodes de fermeture pour cause de présence de Dinophysis :
Remarque : Le REPHY a pendant longtemps recherché les toxines dans les coquillages seulement lorsque le plancton atteignait de fortes proportions. Il étend maintenant sa surveillance à la recherche directe de toxines dans les zones et les périodes à risque, afin de détecter de plus en plus tôt les blooms de phytoplanctons toxiques. Ainsi, la possibilité de prévoir les épisodes toxiques permettraient aux professionnels d'anticiper et de mieux gérer les périodes de crise : en mettant à l'abri leurs produits par exemple.
La présence de phytoplanctons toxiques est ainsi régulièrement détectée dans les eaux du littoral, mais les niveaux d'alerte sont rarement atteints.
Le milieu marin est menacé par quelques espèces envahissantes. La crépidule est un cas exemplaire. C'est un coquillage (mollusque gastéropode), originaire de la côte atlantique nord américaine, transféré sur les côtes européennes à l'occasion de l'arrivée d'huîtres de Virginie. Il a été signalé pour la première fois dans les pertuis charentais en 1969 et a donc surtout proliféré aux voisinages des bassins conchylicoles.
Sa prolifération est liée à une stratégie de reproduction très efficace (hermaphrodisme, fécondation directe…), de faibles exigences écologiques, une alimentation peu limitante, une absence de prédateurs, une longévité de l'ordre de 10 ans…. Ce sont ensuite les activités de pêche et de conchyliculture, par l'utilisation d'engins traînant, qui ont assurer sa dispersion.
Le stock le plus important est localisé sur les côtes bretonnes (supérieur au million de tonnes). Sur les côtes charentaises, il est estimé à plus de 5000 tonnes. Dans la baie de Marennes-Oléron, le stock se maintient à un niveau stable, grâce aux campagnes régulières de récolte (1000 à 1500 tonnes/an) mises en place depuis 1980, de manière à freiner son expansion dans les secteurs les plus productifs en huîtres.
La crépidule a des effets néfastes sur les coquillages d'élevage (elle entre en compétition pour l'espace et la nourriture avec ces espèces d'intérêt commercial). Elle a aussi des effets néfastes sur le milieu de telle sorte qu'elle constitue aujourd'hui un véritable problème d'environnement littoral.
L'expansion de ces mollusques est suivie et s'accompagne de recherches visant à définir les moyens de lutte et les valorisations possibles (amendement calcaire, alimentation animale).
Parmi les autres espèces invasives, on trouve la spartine anglaise, le bigorneau perceur du Pacifique et la palourde japonaise. L'algue sargasse est également très présente. Toutes n'ont pas d'effet néfaste sur le milieu ou sur les activités d'élevage ou de pêche.
Lien avec une autre thématique du T.B.E.
Pour aller plus loin