La qualité de l'eau littorale est principalement évaluée à partir d'organismes y vivant. Les huîtres et les moules sont d'excellents bioindicateurs du fait de leur capacité de bioaccumulation. Il ne s'agit donc pas d'apprécier la qualité de l'eau en tant que telle, mais bien la qualité du milieu aquatique littoral.
De plus, selon les polluants, des transformations interviennent dans le milieu vivant avec des phénomènes de bioaccumulation le long de la chaîne alimentaire ou de biotransformation sous forme de dérivés plus ou moins toxiques.
La plupart des contaminants chimiques présents dans les eaux sont extrêmement difficiles à mesurer en milieu marin. Des phénomènes complexes entrent en jeu, rendant difficiles l'appréciation des niveaux de pollution. Ces contaminants sont présents à l'état de traces et le plus souvent les techniques analytiques de détection n'existent pas ou seraient à mettre au point. Les difficultés rencontrées tiennent également à la nature des contaminants rejetés et à la multitude de molécules nouvelles introduites par l'homme.
Le Réseau National d'Observation de la qualité du milieu marin (RNO), créé en 1972 par le Ministère chargé de l'Environnement, est géré par l' IFREMER. Il a pour objectif principal "l'évaluation des niveaux et tendances des polluants et des paramètres généraux de la qualité du milieu marin, notamment sur l'eau, la matière vivante et le sédiment. La surveillance dans les eaux littorales s'effectue essentiellement dans les sites où des apports d'eau douce importants influent notablement sur la qualité du milieu marin" (Code permanent de l'environnement et des nuisances).
Les polluants mesurés sur la matière vivante (essentiellement huîtres et moules) du littoral charentais sont des métaux (mercure, cadmium, plomb, cuivre, zinc…), des composés organiques (lindane, DDT, PCB...), et les hydrocarbures (HAP...). Le réseau dispose de 10 points de mesure en Charente-Maritime et Vendée (partie sud) en 2000.
Excepté les métaux et certains hydrocarbures, la quasi-totalité des micropolluants sont des molécules de synthèse n'existant pas à l'état naturel.
L'ensemble des analyses effectuées montre que, depuis 1984, les concentrations en micropolluants chimiques dans les coquillages décroissent, à l'exception des teneurs en lindane qui sont plus élevées dans le département de Charente-Maritime.
En Poitou-Charentes, les teneurs en mercure mesurées dans les huîtres (proches de 0,3 mg/kg de poids sec) sont dans la moyenne haute des autres valeurs observées sur les côtes françaises. Dans les sédiments du bassin de Marennes-Oléron, les teneurs en mercure caractérisent une présence non négligeable (concentration de 0,43 µg/g de poids sec) de mercure dans les sédiments superficiels. Néanmoins, ces concentrations sont plus faibles que dans d'autres secteurs fortement industrialisés des côtes françaises métropolitaines. Sur le littoral charentais, les principales sources sont "vraissemblablement diffuses" (DDASS et al., 1999).
Les teneurs élevées en cadmium, (supérieures à 4 µg/g de poids sec de coquillage), constatées sur les huîtres et moules des sites de prélèvements du bassin de Marennes-Oléron, sont corrélées avec la proximité de l'estuaire de la Gironde. Les rejets ont pour origine l'ancienne usine de traitement de "blende" (sulfures métalliques donnant du zinc et du cadmium) de "Vieille Montagne" de Decazeville en Aveyron. Celle-ci a rejeté, jusqu'en 1986, dans un affluent du Lot, par l'intermédiaire de ses terrils non conformes, d'énorme quantité de métaux (60 kg/j de cadmium au début des années 1980) (DDASS et al., 1999).
Les teneurs en plomb, cuivre et zinc mesurées dans le cadre du RNO sont faibles (très inférieures aux normes en vigueur).
En conclusion, les teneurs en métaux lourds constatées dans certains organismes marins témoignent d'apports non négligeables et de certaines disparités spatiales qui obligent à déterminer des secteurs plus ou moins contaminés :
Les seuls produits suivis dans les organismes vivants sont le DDT et le lindane. Bien que le DDT soit interdit depuis plus de 25 ans, sa présence est encore détectée à des concentrations heureusement très faibles, à l'exception du secteur proche de l'agglomération rochelaise.
Les teneurs en lindane dans les coquillages du littoral picto-charentais sont les plus élevées des données recensées sur le territoire national. En effet, avec des valeurs en moyenne comprises entre 10 et 20 µg/kg (poids sec), et des maximas dépassant les 100 µg/kg, les données constatées se démarquent largement de la moyenne nationale qui se situe aux alentours de 5 µg/kg (poids sec), quoique bien en deçà des seuils toxiques.
Par ailleurs, suite à des mortalités de moules observées en baie de l'Aiguillon, la DDAF 17 a effectué divers dosages de produits phytosanitaires en 1984 et 1985. Un seul herbicide (le métoxuron de la famille des urées substituées) était identifié dans les mollusques à des teneurs variant entre 14 et 68 µg/kg. Des travaux supplémentaires effectués sur le canal du Curé ne permettaient pas de déceler les herbicides recherchés. Seul le lindane était détecté dans les eaux du canal à des niveaux variant entre 10 et 24 µg/L.
En 1987, d'autres mesures effectuées par l' IFREMER (Durand) ont permis la détection de certains composés de la famille des urées substituées dans les eaux du canal dont certains correspondaient à des produits utilisés sur le bassin versant.
Ainsi, ces travaux analytiques tendaient à mettre en évidence une contamination des eaux douces du canal du Curé par les produits herbicides utilisés pour le traitement antiparasitaire des céréales. De telles substances pouvaient donc se retrouver dans la partie sud de la baie de l'Aiguillon. Cependant, cette présence ne suffisait pas à expliquer les mortalités observées chez les moules, d'autres hypothèses comme les variations brutales de salinité pouvaient également être avancées.
Les 2 "séries" de contaminants que sont les PCB et les HAP ne présentent pas des niveaux préoccupants sur le littoral du département charentais. Toutefois, ils sont régulièrement suivis sur l'ensemble du littoral (en 10 points) dans le cadre du réseau RNO.
Le suivi bactériologique des eaux littorales du département de la Charente-Maritime est assuré conjointement par la Cellule Qualité des Eaux Littorales (CQEL) de la DDE 17 et par la DDASS 17. Ainsi la CQEL 17, dans le cadre de ses réseaux internes assure entre autres le suivi de la frange littorale, des estuaires et des ports. La DDASS quant à elle assure le suivi des eaux de baignade au cours des périodes balnéaires. L' IFREMER assure le suivi des zones de production conchylicoles.
Les points de mesure du réseau DDE/CQEL sont répartis selon des positionnements stratégiques définis de la façon suivante : des points de suivi dits "masse d'eau" sur la frange littorale, des points dits "estuaires" dans les eaux saumâtres, ainsi que des points dans les ports. Les résultats d'analyses des coliformes fécaux, réalisés en 1996 - 1997 et présentés ci-dessous, sont exprimés en Unités pour 100 ml d'eau analysée (U/100 ml). Depuis cette période, les tendances restent les mêmes.
Le réseau de surveillance microbiologique du littoral charentais (REMI) a été mis en place en avril 1989. Les objectifs quantifiés du REMI sont :
Le suivi de la contamination des eaux conchylicoles se fait par l'analyse bactériologique des coquillages filtreurs (huîtres et moules). Les paramètres suivis sont les coliformes fécaux. Quant au dispositif d'intervention et d'alerte, sont recherchés quantitativement les coliformes fécaux (E. coli) et qualitativement les salmonelles. les résultats de ce réseau sont utilisés pour l'application des arrêtés relatifs au classement de salubrité et à la surveillance des zones de production et des zones de parcage des coquillages vivants.
A côté de la surveillance exercée dans le cadre du REMI, la DDASS 17 exerce le contrôle de la pêche à pied de loisir. Ce réseau a pour objectif de surveiller les gisements de pêche à pied de loisirs les plus fréquentés mais également les plus exposés à des risques sanitaires. Pour l'année 2002, les prélèvements étaient assurés conjointement avec la CQEL de la DDE 17.
Par ailleurs, certains gisements naturels exploités par des professionnels sont également fréquentés par des pêcheurs amateurs, les résultats du réseau REMI complètent alors ceux du réseau de suivi de pêche à pied de loisirs de la DDASS.
Les niveaux de contamination en coliformes fécaux définissent ainsi différentes zones allant de la classe A (bonne qualité : zones dans lesquelles les coquillages peuvent être récoltés pour la consommation humaine directe) à la classe D (zones dans lesquelles les coquillages ne peuvent être récoltés ni pour la consommation humaine directe, ni pour le reparcage, ni pour la purification).
La qualité bactériologique des coquillages est bonne sur la quasi-totalité du littoral charentais, la majorité des zones étant en classe A, à l'exception des zones :
Concernant le suivi sanitaire de la pêche à pied de loisir pour les années 2001 et 2002, il ressort que « les gisements des bivalves fouisseurs (coques) présentent une qualité sanitaire moindre que celle des gisements de bivalves non fouisseurs (huîtres, moules et pétoncles). Le fait d'être enfouis sur les parties hautes de l'estran, et leur métabolisme nutritionnels les exposent en premiers aux arrivées polluantes d'origine terrestre, notamment microbiologiques ». Ainsi, sur les 18 sites suivis, il résulte que : (DDASS et DDE-CQEL, 2002)
Une autre forme de contamination d'origine biologique, identifiée sur les côtes françaises dans les années 1980, n'a cessé depuis de prendre de l'ampleur. Le Réseau de surveillance du phytoplancton et des phycotoxines (REPHY) a été créé par l' IFREMER en 1984, suite à l'observation de nombreuses intoxications de type diarrhéique chez les consommateurs de coquillages des côtes bretonnes en 1983 et 1984. Régulièrement, au printemps et au cours de l'été, les coquillages peuvent être rendus impropres à la consommation, du fait de la présence d'algues phytoplanctoniques productrices de toxines (notamment le Dinophysis sp.).
Le REPHY est un réseau national dont la couverture est assurée par 12 laboratoires côtiers qui se répartissent le littoral français (200 points de mesure). Il a pour objectifs :
Le réseau de prélèvements en Charente-Maritime et Vendée (partie Sud) comporte 8 points de mesure et permet si nécessaire de fermer provisoirement les secteurs à risques tant que l'espèce phytoplanctonique (et sa "toxine" afférente) est présente. Le littoral charentais a connu 3 périodes de fermeture :
La présence des phytoplanctons est régulièrement détectée dans les eaux du littoral, néanmoins les niveaux d'alerte étaient rarement atteints. Toutefois, depuis 2002, l'abaissement des seuils de détection a conduit à une fermeture des zones mytilicoles du pertuis Breton.
Moins dangereuse pour l'homme, la prolifération des crépidules et des sargasses est préoccupante.
La population de crépidules est en progression constante et gêne les exploitations ostréicoles. L'expansion de ces mollusques est suivie et s'accompagne de recherches visant à définir les moyens de lutte et les valorisations possibles (amendement calcaire, alimentation animale).
Les sargasses occupent toute la côte atlantique et prolifèrent de façon spectaculaire dans les zones abritées. La prolifération de ces algues constitue un problème, notamment lors de la période de reproduction (taille maximum des individus). Elle entraîne de nombreuses nuisances pour l'activité ostréicole, pour la pêche à pied ou au filet, pour la plaisance et la baignade : "création de barrages freinant les mouvements naturels de la marée […], recouvrement des casiers posés par les pêcheurs, inaccessibilité de certains sites, difficulté de naviguer pour les petites embarcations, […]" (DDASS et al., 1999). La densité de ces algues semble s'être stabilisée depuis environ 5 ans et les professionnels de la mer, en l'absence de réelle solution, acceptent les inconvénients.
Voir sur l'Environnement en Poitou-Charentes : les éléments de Contexte régional associés
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