BIOLOGIE DES AMPHIBIENS
ORIGINE ET EVOLUTION:
Les Amphibiens ou Batraciens sont les tétrapodes (animaux vertébrés possédant ou dont les ancêtres ont possédé, des pattes) actuels les plus primitifs. Ils sont les témoins d'un événement majeur dans l'histoire des vertébrés qui s'est produit il y a 360 millions d'années : le passage de la vie aquatique à la vie terrestre. D'ailleurs, l'origine grecque de ce mot signifie « double vie » (amphi : double ; bios : vie). En effet, dans beaucoup de groupes d'Amphibiens, le développement passe par un stade larvaire aquatique, puis par une métamorphose radicale qui permet à l'adulte de respirer à l'air libre et de se déplacer à terre.
Ils représentent toutefois chez les vertébrés dans le monde, la plus grande diversité des modes de reproduction et de développement. Ainsi, on les retrouve sur l'ensemble des régions du globe, à l'exception de certaines îles océaniques et des régions désertiques extrêmes.
Les LissAmphibiens sont les représentants actuels des Amphibiens. Ce sont des vertébrés, de petite taille, ectothermes (dont la température du corps dépend de la température du milieu environnant), pourvus (sauf exceptions), de deux paires de membres et de poumons, et dont la peau est glandulaire, dépourvue d'écailles, de poils ou de plumes contrairement aux autres vertébrés.
La classe des Amphibiens actuels est divisée en trois groupes, généralement considérés comme des ordres, dont deux sont présents en Europe : les Anoures et les Urodèles. Le troisième ordre est appelé Gymnophiones ou Apodes (du grec : a : sans et podos : pattes) et ne se rencontre que dans les régions tropicales.
L'ordre des Urodèles (du grec : uros : queue et deilos : visible) comprend les Tritons et les Salamandres, qui, une fois le stade larvaire terminé, conservent leur queue.
L'ordre des Anoures (du grec : a : sans et uros : queue) regroupe les crapauds, les grenouilles et les rainettes, dont la queue régresse après la métamorphose jusqu'à disparaître complètement.
PARTICULARITES ANATOMIQUES
Les quatre pattes des Amphibiens sont les homologues exacts des nageoires paires des poissons dont ils dérivent. Ils portent 5 doigts aux membres postérieurs et seulement 4 aux membres antérieurs. Le squelette est dépourvu de sternum et les côtes ne constituent pas de véritable cage thoracique. Enfin, les débouchés digestif, génital et urinaire se rejoignent en un seul orifice : le cloaque.
La peau :


Leur peau nue et lisse ne bénéficie d'aucune protection du type poil, plume ou écaille. De plus, cette peau est visqueuse et humide en permanence. Très fine, elle contribue à la respiration grâce aux échanges gazeux qui s'effectuent sur toute sa surface.
L'épiderme contient des cellules glanduleuses regroupées en ampoules et qui déversent leurs sécrétions par un pore à la surface de la peau. Ces cellules peuvent s'enfoncer dans le derme ou si elles sont groupées en glandes importantes, elles peuvent également faire saillie à l'extérieur de la peau sous forme de granulations ou de pustules (crapauds).

Les glandes :
Les glandes muqueuses (ou mucigènes) : de taille uniforme, elles sont réparties sur tout le corps (ventre et dos). Elles sécrètent un mucus qui permet de maintenir en permanence l'humidité de la peau et la protège des agressions extérieures. Ce mucus permet ainsi aux Amphibiens de pouvoir rester un certain temps hors de l'eau et même de résister à un ensoleillement sans que la peau ne se dessèche. En effet, le mucus va produire de la fraîcheur par évaporation et permet ainsi à l'animal de contrôler sa régulation thermique lors de fortes chaleurs.

Glandes parotoïdes
Les glandes granuleuses : Elles sont plus volumineuses que les précédentes et, une fois groupées, elles apparaissent sous la forme de pustules à la surface du corps, voire de glandes plus volumineuses, telles les glandes parotoïdes situées à l'arrière de la tête chez les crapauds et salamandres. Ces glandes granuleuses permettent aux Amphibiens une sécrétion volontaire d'un venin qui leur sert de protection contre les prédateurs ; mais celui-ci possède aussi des propriétés antiseptiques et antibiotiques très utiles aux Amphibiens qui ne possèdent pas un système immunitaire très performant.
N.B. : Il faut rappeler que ce venin, même s'il peut être parfois très toxique, ne peut être inoculé d'aucune manière : il n'agit que par contact avec les muqueuses. Les Amphibiens sont donc totalement inoffensifs pour l'homme qui les manipule ; il faut juste se laver les mains avant de se toucher les yeux ou la bouche !
Les chromatophores : ce sont des cellules vivement colorées qui se situent entre le derme et l'épiderme. C'est le regroupement de ces cellules colorées qui est responsable des colorations souvent vives des Amphibiens. Par la contraction ou au contraire la dilatation de ces cellules, beaucoup d'Amphibiens peuvent ainsi changer de couleur en un instant.
CYCLE VITAL

Les Amphibiens comme leur nom l'indique (amphi : double et bios : vie) possèdent un cycle vital à deux phase : une phase aquatique et une phase terrestre. Ce cycle complexe les oblige à effectuer plusieurs migrations annuelles entre les gîtes terrestres hivernaux, estivaux et leurs biotopes de reproduction aquatiques. Ainsi, la larve est aquatique alors que le juvénile poursuit sa croissance pour atteindre la maturité sexuelle en milieu terrestre. Ce qui signifie que le déroulement du cycle complet de développement de l'animal implique un changement radical d'habitat et une métamorphose à l'issue de laquelle toutes les fonctions vitales sont profondément modifiées pour permettre l'adaptation au nouvel environnement.
Même les Amphibiens les plus aquatiques quittent l'eau après la métamorphose. Ainsi, les juvéniles de sonneurs par exemple, sont terrestres et vivent sur les bords du site de reproduction jusqu'à maturité plutôt que dans l'eau.
Après avoir atteint l'âge adulte, l'Amphibien recherchera un site de reproduction aquatique. Celui-ci peut se trouver à proximité de l'habitat terrestre ou peut en être assez distant selon les espèces, de plusieurs centaines de mètres (Tritons) à plusieurs kilomètres (Crapauds et Grenouilles rousses).
La migration pré-nuptiale conduit les adultes de leur site d'hivernage vers leurs sites de reproduction. Elle est très concentrée dans le temps et dans l'espace. En général, les mâles sont plus précoces que les femelles pour cette migration ; il recherchent en effet les meilleures place sur le site de reproduction pour émettre leur chant qui attirera les femelles.
La migration post-nuptiale entraîne les individus des sites de reproduction vers les quartiers d'été, distants parfois de plusieurs kilomètres, où les adultes se sédentarisent.
A la fin de la belle saison, certaines espèces, notamment le crapaud commun, effectuent une migration automnale vers leur site d'hivernage pour se rapprocher des sites de reproduction.
MENACES :
Les Amphibiens sont un des taxons faunistiques les plus menacés à l'échelle mondiale (on peut considérer actuellement qu'une espèce sur trois est en régression !). Cependant, à l'heure actuelle, le fort déclin connu dans les années 1940 jusqu'au début des années 1970, semble avoir tendance à s'atténuer légèrement en Europe de l'ouest.
De nombreux facteurs participent à ce déclin parmi lesquels :

La destruction et la modification des habitats :
Comme beaucoup d'animaux, les Amphibiens souffrent de l'assèchement des zones humides et des petits points d'eau comme les mares qui ont régressé de 50 à 75% en un siècle en France. Cette régression provient en majorité de facteurs humains : conversion des pâtures en cultures intensives (comblement des mares abreuvoirs), arasement des haies, rectification des cours d'eau, baisse des nappes phréatiques (drainage, pompage pour irrigation), reboisement et embroussaillement spontanés, dégradation générale des milieux aquatiques (curage, endiguement).

Fragmentation et insularisation des milieux :
La destruction des habitats entraîne leur fragmentation en petites parties de plus en plus distantes les unes des autres. Ainsi en découle inéluctablement un morcellement des populations qui les occupent. Les populations locales peuvent être réduites de cette manière en petits groupes qui, en dessous d'un certain effectif, sont voués à disparaître à plus ou moins court terme. En effet, la circulation des individus entre les populations locales est rendue difficile, voire impossible par l'intensification de l'agriculture, l'urbanisation et la multiplication des infrastructures (routes...).

Pollution de l'atmosphère, des sols ou des eaux :
Les différentes sources de pollutions telles que les pluies acides, les polluants industriels ou les composés azotés peuvent agir de façon extrêmement néfaste à différents stades de vie ou de développement des Amphibiens : perturbations du développement des embryons et des larves, modifications du fonctionnement hormonal ou des propriétés membraneuses des cellules nerveuses, mortalité des têtards...

Destruction directe d'animaux :
Certaines espèces sont particulièrement exposées aux risques que présente la circulation routière, car elles se déplacent sur de plus longues distances que d'autres. Ainsi les routes provoquent de véritables hécatombes sur les populations de Crapauds communs et Salamandres tachetées pour ne citer que ces deux espèces.
La pêche de Grenouilles rousses pour la consommation des cuisses a aussi un impact important sur les populations de cette espèce d'une part, amis aussi sur les milieux qu'elle fréquente : destruction par piétinement, destruction volontaire d'autres espèces considérées comme en compétition (Crapauds, Tritons...). La pêche aux Grenouilles vertes, limitée en France, n'entraîne quant à elle pas les mêmes excès.

Interactions dues aux espèces introduites par l'homme :
Certains Reptiles (tortues aquatiques), Amphibiens (Xénope du Cap, grenouille-taureau), Poissons (salmonidés, gambusies), et Crustacés (écrevisses américaines) ont été acclimatées en Europe. Ces animaux peuvent interagir avec les populations locales d'Amphibiens de diverses manières : en exerçant une prédation directe, en les concurrençant dans l'exploitation des ressources alimentaires, en éliminant les herbiers aquatiques indispensables aux larves (poissons herbivores ou écrevisses en forte densité).
