Retour a l'index Biologie des Amphibiens


MYTHES ET LEGENDES SUR LES AMPHIBIENS :

Grenouille



Elle est décrite dans la Bible comme l'une des dix plaies d'Égypte, un fléau, une punition divine. Pourtant, la grenouille est vénérée dans l'Antiquité égyptienne. La grenouille est un des attributs des sorcières, comme le crapaud, elle sert à évoquer les esprits maléfiques.
Les médecins du Moyen-Age pensent que le ventre de le femme abrite une bête mystérieuse ayant l'apparence d'une grenouille, et qui est à l'origine des douleurs menstruelles.
Dans la littérature anglo-saxonne, des recueils modernes de magie racontent que tuer une grenouille porte malchance, car elle abrite l'âme d'un enfant mort très jeune, comme le montre le cri de petit homme qu'émet une grenouille lorsqu'elle est blessée.

Certains recueils modernes d'ésotérisme, dont la source est inconnue, rapportent que garder sur soi les os de la patte droite d'une grenouille verte rongée par les fourmis permet de se faire aimer ; utiliser les os de la patte gauche produit l'effet inverse !
Une grenouille qui entre dans une maison est de bon augure.
Les grenouilles disparaissent en hiver et semblent se multiplier au printemps, c'est pourquoi elles sont associées à l'idée de résurrection et de multitude. Elles sont en effet symboles de fertilité, liés aux éléments fécondants : la terre et l'eau. Ainsi en Égypte, un hiéroglyphe de têtard signifie multitude. La déesse Haquiet, à tête de grenouille, préside à la création des dieux et de leur double.
Au siècle dernier, on croyait que l'évaporation solaire soulevait les oeufs de grenouilles et de crapauds de l'eau des marais. Les oeufs survivaient dans les vapeurs des nuages, s'y développaient, puis se métamorphosaient en grenouilles ou crapauds. Ils redescendaient alors sur terre avec les pluies.


Histoires régionales :

Au XVII ème siècle, existait l'usage de mettre une grenouille de buisson dans un pot de terre neuf et de l'enterrer au milieu d'un champ afin d'empêcher les oiseaux de manger ce qu'on y avait semé.
Dans la Gironde, celui qui tue la grenouille de rosée (Rana agilis) attrape la fièvre.
En Poitou, on se fait suivre par celle qu'on aime en mettant une grenouille verte dans une boite percée de petits trous, et que l'on abandonne dans une fourmilière ; on reprend au bout de quelques jours ce qu'il reste de la boîte, on le broie avec soin et on jette la poussière sur la personne sur laquelle on veut opérer le maléfice.

Hildegarde de Bingen, XII ème siècle : Le livre des subtilités des créatures divines
Ch. V : La Grenouille (de frosch)

« La grenouille est froide et un peu aqueuse ; elle ne détient pas de forces aussi mauvaises que le crapaud. Si on est atteint de goutte quelque part, sauf à la tête, on prendra une grenouille qu'on étouffera dans l'herbe ; on mettra un linge chaud sur le membre sur lequel s'acharne la goutte et on mettra la grenouille morte sur le linge, pendant un petit moment : la maladie disparaîtra de cet endroit pendant une année ou la moitié d'une année. »

Ch.VI : La grenouille verte (De laubfrosch)

« La grenouille verte est plus chaude que froide. Elle se développe grâce à l'air par lequel les arbres produisent leur verdure et leurs fleurs, c'est le moment où les esprits aériens tendent des pièges aux hommes plus qu'en d'autres temps, parce que les pensées de l'homme sont plus portées à la vanité du jeu et du rire. Et, tout comme la verdure des arbres croît alors, de même les hommes se livrent à l'idolâtrie et à beaucoup de sottises à l'aide de cette vermine, grâce à des procédés diaboliques. Si quelqu'un veut empêcher que les procédés diaboliques ne réussissent par l'intermédiaire de cette grenouille, il faut la jeter dans une source vive, pour qu'elle en soit toute humide ; après quoi plus personne ne pourra s'en servir à des fins diaboliques. Comme remède, elle ne vaut rien. »

Crapaud

La pestilence de son haleine est considérée comme dangereuse, voire mortelle. Morsure, urine et bave de crapaud sont connues pour être venimeuses.
Sa pupille est censée faire s'évanouir ceux qu'il fixe du regard. Sa seule vue peut provoquer des spasmes, des convulsions et même la mort.
Le mot crapaud vient du vieux français « crape » qui signifie « ordure », le crapaud n'étant qu'une « ordure vivante ». De plus ils serait considéré comme la réincarnation de pêcheurs, ainsi condamnés à se traîner sur le ventre dans les endroits les plus sales, ne sortant que la nuit pour cacher leur laideur.
Pour éloigner cet animal de cauchemars, on peut brûler de vieux cuirs.
Le crapaud est fréquemment associé aux maléfices préparés pour nuire au bétail.
Le crapaud est aussi un suppôt de Satan ; les sorcières le portent d'ailleurs sur l'épaule pour pouvoir consulter ce dernier. Au Moyen-Age, il entrerait d'ailleurs dans maintes préparations de breuvages utilisés en sorcellerie. A tel point que les inquisiteurs considéraient la seule présence d'un crapaud à proximité d'une habitation comme une preuve suffisante pour accuser le propriétaire des lieux de sorcellerie et le faire condamner (avec tout ce que cela impliquait...).
Des sculptures romanes montrent des crapauds qui sortent de la bouche des démons, symbolisant ainsi la noirceur de leurs paroles.

Une future mariée qui rencontre un crapaud sur le chemin de l'autel y verra le signe d'un mariage heureux.
Il est aussi un symbole d'éternité, que les souverains mérovingiens auraient choisi en le prenant comme emblème protecteur.
Une autre croyance étrange indique qu'une pierre précieuse, la « crapaudine » située dans le crâne des crapauds, est un puissant talisman.

Histoires régionales :

En Normandie, le crapaud est considéré comme l'ami de l'homme, car il avertit les gens endormis en forêt lors de l'approche d'un serpent.
A Spa (Belgique, province de Liège), le crapaud est l'ami de l'homme et l'ennemi de la femme ; dès qu'il en aperçoit une, il se gonfle et offre tous les signes d'une violente colère.
En Bas Languedoc, le crapaud suspendu vivant par une patte de derrière au poulailler tue les mites ou les poux.
Les marins bordelais en plaçaient un dans les navires pour éloigner les rats. Les habitants de la Montagne Noire (sud du Massif Central) croyaient chasser les souris d'un lieu quelconque en y déposant un crapaud enfermé dans une cruche. On croyait en Poitou, au début du XIX ème siècle, que si un homme fixait longtemps un crapaud, il finissait par le tuer, mais le contraire pouvait aussi arriver.
Dans le Cher, le crapaud exerce sa fascination sur les ruches : il se place devant une ruche, ouvre la gueule et les abeilles s'y précipitent.
On croit dans la Gironde et en Provence que le crapaud rend aveugle celui aux yeux duquel il urine, et en Poitou, que de jeunes crapauds naissent dans l'oeil où l'urine s'est introduite.
On dit dans le Bas Maine, que si on blesse un crapaud sans le tuer raide, il reviendra la nuit, monter sur la poitrine du meurtrier et l'étouffera ; la même superstition existe dans les Landes et en Haute Bretagne, où l'on dit que bien des années après, le batracien mutilé vient se venger, ou même jeter du venin sur la tombe de son ennemi.
Dans le Finistère, où le crapaud est détesté, on l'empale au moyen d'une baguette aiguisée, et on l'expose dans un lieu apparent.
En Vendée, il faut s'abstenir de tuer les crapauds dans les jardins parce qu'ils empêchent la brume de nuire aux plantes.
Suivant une croyance des environs de Quimper, qui semble en contradiction avec l'opinion générale, on ne doit jamais tuer un crapaud parce que dans son vilain corps peut se trouver l'âme d'un ancêtre qui a été mise par Dieu pour expier ses pêchés ; quand ces animaux viennent avec insistance près des hommes, c'est qu'ils demandent des messes.
Les sorcières du Béarn, au moyen d'un crapaud, préparaient un filtre pour pervertir les jeunes filles.
Au XVI ème siècle, d'après le médecin Mizauld, on faisait dire à une femme tout ce qu'elle avait de secret en lui mettant le coeur d'un crapaud sur la mamelle gauche pendant qu'elle dormait.
En Poitou, le crapaud était placé dans la chambre du patient pour absorber le mauvais air. A Marseille, on l'introduit dans la chambre du fiévreux pour qu'il attire à lui le mal ; plus il est gros et hideux, plus grande est la dose qu'il aspire de la malignité de la fièvre.
Dans l'Ain, pour faire disparaître les névralgies, on le maintient pendant une nuit sur la tête.
Dans la Gironde, on frictionne les verrues avec un crapaud vivant.
En Wallonie (Belgique), pour ne pas transpirer des mains, il faut tenir dans chacune d'elles un crapaud jusqu'à ce qu'il expire.
A Marseille, un crapaud mort placé dans la poche préserve du mal de dents.


Le crapaud dans la littérature :

Hildegarde de Bingen, XII ème siècle : Le livre des subtilités des créatures divines
Ch.IV : Le crapaud (De credda)

« Le crapaud a en lui une grande chaleur et une grande âcreté ; semblable aux vents dangereux qui accompagnent les éclairs, le tonnerre et la grêle, il a, dans sa verdeur, une sorte d'habileté diabolique. Il cherche à demeurer dans la terre et sous la terre ; il cherche à rester à proximité de l'homme, et parfois se tient tout près de l'homme, véritable danger pour celui-ci.
Si un homme a des scrofules, il prendra un foie de crapaud, le roulera dans la terre humide et, avec cette terre humide, il ira l'enterrer dans un autre sol, pendant neuf jours ; le dixième jour, il reprendra le foie, enlèvera la terre humide dans laquelle celui-ci aura été roulé et la fera sécher dans une marmite ; puis il la mettra sur les scrofules qui ne seront pas ouvertes, pendant trois jours et celles-ci disparaîtront certainement, à moins que l'homme en question ne doive mourir, ou que Dieu ne veuille pas sa guérison. Si les scrofules se sont ouvertes, alors on réchauffera au feu la terre susdite et on la mettra dans un linge qui a déjà reçu de la sueur humaine : on mettra d'abord une toile d'araignée sur les plaies, puis on placera par dessus ce linge, dans lequel on aura mis de la terre  ; quand il aura perdu sa chaleur, on le réchauffera et on le remettra par dessus : on répétera cela deux ou trois fois, pendant trois nuits, et les scrofules sécheront. Cette terre sera bien mise dans un linge de lin, à cause de la pureté du lin, car le lin attire en lui les lividités, ce que la laine ne fait pas ; et il faut prendre un linge usagé, parce que celui-ci doit être plutôt chargé de sueur que neuf : il faut qu'il y ait de la sueur humaine, afin que tout ce qui est putréfié cherche à fuir cette sueur, qui a une odeur fétide : en effet, bien souvent, c'est le mal qui chasse le mal. »

Ch. VII : Le Crapaud sonneur (De harume)

« Le crapaud sonneur est froid : la chaleur qu'il a en lui n'est qu'infection et poison. Mais ce poison n'est pas assez fort pour que l'homme en soit grièvement blessé. La médecine ne trouve rien en lui. »

Salamandre

Au Moyen-Age, elle est traditionnellement considérée comme un animal diabolique. Tuer une salamandre peut rapporter 100 jours d'indulgence, des pièces d'or, ... On lui attribue des pouvoirs mystérieux toujours liés au feu. Pour cette raison, elle fut associée aux secrets des alchimistes. Elle était censée traverser le feu sans se brûler, cracher du feu sur ses ennemis et entretenir ce feu ; paradoxalement, on pensait aussi qu'elle pouvait éteindre un incendie si on la jetait dedans (il faut traiter le mal par le mal).
Elle inspire une véritable terreur ; elle attaquerait en sautant au visage ou sur les membres où elle resterait fermement accrochée. Elle provoque la mort par envenimation en mordant ou en projetant son venin à distance, ou par son regard à condition qu'elle ait vu l'homme avant d'avoir été vue.
La salamandre est aussi considérée comme étant un démon incube qui abuserait des femmes pendant leur sommeil.
Elle infecterait de sa bave les fruits, l'herbe ou l'eau qu'elle touche, et gâte le vin des caves.
Elles sont associées aux démons au Moyen-Age aussi à cause de leur peau noir et jaune vif, et surtout à cause des réactions du liquide qu'elles sécrètent sur l'organisme humain.

Histoires régionales :

La salamandre qui dans un grand nombre de dialectes du nord et de l'ouest de la France, est désignée sous le nom de « sourd », passe pour n'avoir point d'ouïe et l'on dit en proverbe, d'un homme : il « oit » dur comme un sourd en Haute-Bretagne ou en Normandie, « il est sourd comme un mourron. »
Suivant un préjugé très répandu, lorsqu'un sourd a mordu, on ne peut lui faire lâcher prise. En Basse Normandie, le sourd saute au visage de celui qui l'attaque et y demeurent attaché ; si on l'arrache, il emporte le morceau et l'on meurt ; il faut tacher de le faire démordre, soit en lui offrant du lait, soit en approchant de lui un fer rouge, soit en lui montrant un crapaud, son ennemi, il quitte alors l'homme pour se jeter sur lui.
En Lorraine, celui qui a été mordu par une salamandre doit faire autant de pèlerinages que cet Amphibien a de points sur le dos. On disait autrefois qu'il lui fallait autant de médecins qu'elle avait de taches sur le corps, et, dans le Jura, on assure qu'il est nécessaire de pratiquer autant d'incisions sur la partie lésée que l'animal a de points jaunes sur le dos.

Hildegarde de Bingen, XII ème siècle : Le livre des subtilités des créatures divines
Ch. VIII : La salamandre (De moll)

« La salamandre est plus chaude que froide, mais sa chaleur se refroidit vite ; son venin est porteur de mort. Par elle-même, la salamandre ne fait pas beaucoup de mal à l'homme, mais les hommes sont tués par son poison s'ils en avalent. Le reste de ce qui est en elle ne vaut rien pour la médecine. »


Retour a l'index Biologie des Amphibiens