Un chantier bénévole de sauvegarde de l’ancienne carrière du Puits d’Enfer
jeudi 22 mai 2008,
par dsne
Un
chantier bénévole de sauvegarde et de restauration
de
l’ancienne carrière du Puits d’Enfer
10
et 11 novembre 2007
Le
week-end du 10-11 novembre, Deux-Sèvres Nature Environnement
et la Société Française d’Orchidophilie
Poitou-Charentes-Vendée ont organisé, en collaboration
étroite avec la Société des carrières
Kleber Moreau et l’association Le Recalour, un chantier de
bénévoles pour la restauration d’un espace
naturel remarquable du Poitou-Charentes : l’ancienne carrière
du Puits d’Enfer à Exireuil.
La
Carrière : un peu d’histoire
L’exploitation
du site a débuté en 1972 et concernait la micro-diorite
sous la forme d’une exploitation dite « à flanc de
coteau ». Le fonds de carrière, situé au pied
d’un front de taille de 35 mètres, présente un
sol recouvert de graviers, partiellement recolonisé par la
végétation suite à l’arrêt
d’exploitation depuis les années 1980. Son pourtour
s’est boisé d’aulnes, de frênes et de chênes
avec un ourlet buissonnant d’aulnes et de saules.
En
2005, la société Kleber Moreau, ayant racheté la
carrière quelques années auparavant, ne voulant plus
l’exploiter, déclare la fin des travaux d’exploitation
sur son ensemble. Le recensement entre 1997 et 2001 de plantes
protégées et l’autorisation d’extension de
leur site de Donia à proximité (Saivres) sont à
l’origine de ce choix (Vacher, mai 2005). Une « remise en
état » a ensuite été effectuée fin
2005- début 2006 : création de trois terrils par apport
de produits de scalpages locaux servant également à
recouvrir les dalles de béton ayant servi aux concasseurs...
Entre 2001 et 2005, DSNE et la Société Française
d’Orchidophilie - Poitou-Charentes Vendée ont informé
et négocié avec le Préfet, l’entreprise et
les différents services de l’Etat concernés la
non-remise en exploitation du site pour la préservation de son
intérêt écologique (cf. bulletin 31-2, 2002). Le
site est actuellement interdit d’accès, pour des raisons
de sécurité.
Son
intérêt écologique
L’arrêt
d’exploitation depuis plus de 20 ans permet à un biotope
très particulier de se développer : affleurements
rocheux, excavations soumises à des inondations temporaires
qui ont permis le développement d’une flore et d’une
faune très originales. La présence d’une
résurgence et d’un écoulement de la nappe
phréatique entraîne une inondabilité importante
du milieu (jusqu’à 50 cm d’eau, de l’hiver à
la fin de printemps), en grande partie à l’origine de
cet intérêt écologique. Une roselière
s’est développée sur la partie nord. Trois
petites mares, isolées de l’écoulement principal,
sont dispersées. L’endroit est prospecté depuis
2000 pour son intérêt botanique, des inventaires
complémentaires (plantes, insectes, amphibiens) ont été
menés en 2006- 2007 par DSNE et la SFO PC-V pour affiner
l’état des lieux et mieux prendre en compte l’ensemble
de la biodiversité avant le lancement de travaux.
Orchidées
Cette
ancienne carrière abrite les deux espèces de Spiranthe
présentes en France : Spiranthes aestivalis, la Spiranthe
d’été et Spiranthes spiralis, la Spiranthe
d’automne. La Spiranthe d’été bénéficie,
du fait de sa rareté, du plus haut niveau de protection
(protection nationale), reconnu également au niveau européen
(annexe IV de la Directive Habitats- faune-flore). Au caractère
exceptionnel de sa présence, puisque c’est la seule
station connue des Deux-Sèvres, s’ajoute son imposant
effectif, avec plus de 2 000 pieds observés lors de sa
découverte. Il se pourrait d’ailleurs qu’il
s’agisse de l’une des plus importantes stations
françaises, voire européennes, pour cette espèce.
Une
autre orchidée que l’on trouve abondamment sur le site
(environ 500 pieds) est l’Epipactis des
marais,
Epipactis palustris. Cette magnifique orchidée figure sur la
Liste Rouge de la Flore menacée en Poitou-Charentes (SBCO,
1998) et celle des espèces déterminantes en région
(PCN, 2001). Il s’agit de l’unedes seules, et la plus
importante des stations présentes en Deux-Sèvres.
La
présence de ces deux espèces a entraîné
son classement dans les 15 sites prioritaires du Poitou-Charentes par
la SFO. Le cortège d’orchidées ne se limite pas à
ces 3 seules espèces. On rencontre également 6 autres
espèces sur le site : Orchis bouffon, Ophrys abeille, Orchis à
fleurs lâches, Orchis mâle, Ophrys araignée et
Orchis bouc.
Faune
Six
espèces d’Amphibiens ont été observées
comme se reproduisant sur la carrière de la Piochère,
principalement sur le fonds de carrière inondable et cinq
d’entre elles présentent un intérêt
européen et national et deux sont particulièrement
sensibles en Poitou-Charentes : la Grenouille rousse (Rana
temporaria) et le Triton marbré (Triturus marmoratus).
22
espèces de libellules ont été observées
sur les mares et zones humides temporaires, dont 5 patrimoniales pour
le Poitou-Charentes : Aeschne paisible (Boyeria irene), Aeschne mixte
(Aeshna mixta), Agrion nain (Ischnura pumilio), Cordulégastre
annelé (Cordulegaster boltoni) et Orthétrum bleuissant
(Orthetrum coerulescens). 23 espèces de papillons de jour ont
été recensées sur le chemin d’accès
et la carrière du Puits d’enfer. La colonisation par
différents organismes (faune, flore) d’une carrière
telle que celle du Puits d’Enfer peut permettre l’installation
d’espèces pionnières patrimoniales, puisqu’elles
sont inféodées à des milieux récents et
souffrent de la concurrence. C’est, en effet, la raréfaction
de leur habitat qui est souvent la cause de la disparition de tels
organismes. La présence d’espèces patrimoniales
représente une chance et un devoir de les conserver. En
synthèse, et malgré la superficie limitée du
site, sur les 17 espèces patrimoniales recensées à
ce jour dans la carrière du Puits d’Enfer :
-
7 relèvent de l’intérêt européen
(dont la Spiranthe) ;
-
6 ont un statut de protection (5 / national, 1 / régional) ;
-
15 sont d’intérêt patrimonial départemental
à régional.
Un
partenariat pour sauvegarder ce patrimoine naturel
Après
une période où la carrière faisait l’objet
d’un projet de réouverture d’exploitation et de
nombreux échanges entre les associations de protection de la
nature et l’exploitant, un accord a été trouvé
(une convention de partenariat devrait d’ailleurs être
signée en décembre) pour la préservation de
cette station remarquable. Ce milieu est cependant menacé à
moyen terme par la dynamique de végétation et notamment
la colonisation du fonds de carrière par les aulnes et les
saules. Un chantier a été mis en place suite aux
préconisations tirées de la réalisation du
diagnostic. Un rapport de synthèse a été réalisé
pour l’occasion. Plusieurs ateliers se sont mis en place lors
du chantier organisé les 10 et 11 novembre derniers afin de
répondre à un maximum d’enjeux sur le site :
-
la colonisation par les espèces ligneuses (principalement
aulne, saule et bouleau) doit avant tout être limitée,
par l’élimination manuelle des jeunes semis d’arbres
et l’arrachage des arbrisseaux ;
-
certains arbres étant trop développés pour être
éliminés manuellement, une intervention plus lourde a
été nécessaire : le dessouchage avec un cheval
de trait (cf. encart) permet une intervention douce (en comparaison
d’une intervention mécanique lourde) et une bonne
suppression des systèmes racinaires des aulnes et saules,
essences à fort pouvoir de régénération ;
-
le débroussaillage d’un roncier sur l’une des
faces d’un terril, colonisé par les Spiranthes d’automne
;
-
l’élimination de deux secteurs colonisés par des
plantes exogènes (Cotoneaster, Herbe de la pampa)
-
un décapage de petites placettes (quelques mètres
carrés) colonisées par des mousses où aucune
autre végétation ne peut se développer, en vue
de tester son effet sur la colonisation par les orchidées.
-
un essai d’arrachage de touffes de Phragmites bordant la
roselière a été effectué afin de contenir
le développement de la roselière sur le fonds de
carrière
-
une revalorisation des jeunes pousses d’aulnes et de saules a
été effectuée avec le syndicat de rivière
local (Syndicat Mixte à la Carte) pour de la replantation de
ripisylves afin de restaurer et stabiliser les berges dégradées.
Une centaine de plants a été fournie à cette
collectivitépour un chantier portant sur un linéaire de
120 mètres, chez un particulier, à
Saint-Martin-de-Saint-Maixent.
Ce
chantier, qui a mobilisé pas moins de 30 bénévoles
associatifs, a été pilote à plus d’un
titre en raison de ce partenariat original et efficace entre les
associations de protection de la nature et une entreprise de
carrière, l’utilisation de techniques originales
(dessouchage avec un cheval de trait, récupération des
arbres déracinés par le syndicat de rivière
pour restauration de berge à Saint-Martin de-St-Maixent) et la
mobilisation de bénévoles associatifs pour une
sauvegarde d’un espace naturel remarquable, biotope de deux
orchidées protégées et site de reproduction d’au
moins six espèces d’Amphibiens.
Un
documentaire spécifique devrait d’ailleurs être
monté par l’étudiant de l’IFFCAM (Institut
Francophone de Formation au Cinéma Animalier de Ménigoute)
présent sur le site, dont le sujet de film est justement la
recolonisation biologique des anciennes carrières
Un
grand merci à tous les bénévoles ayant participé
à ce chantier :
-
Claude Martin (CdC), David-Alexandre Barret, Florian Migault,
Isabelle Badenhausser, Jacques Potiron, Jean-Claude Jude, Jérôme
Lallemand, Julien Ventroux, Julien Verdavoir (IFFCAM), Laurent
Chaigne, Manu, Michel Allard, Michel Chauvet, Mickaël Guillon,
Nadine Martin, Neil Wilding, Olivier Collober, Philippe Rouillier,
Rémy, Romain Bissot, Romain Rabiller, Sandrine Bracco, Thomas
Luzzato, Sébastien Billaud, Stéphane Bichon, Stéphane
Vétier, Sue Wilding, Thony Martins, Vincent Furstoss... et
Hermine !
-
à l’association Le Recalour pour son intervention très
appréciée par tous les participants, tant pour
l’efficacité d’Hermine, la complémentarité
de cette action avec l’intervention manuelle et le plaisir de
travailler à côté d’un cheval
-
et à la Société Kleber Moreau S.A., et plus
particulièrement Messieurs Granet et Pineau, pour
l’autorisation d’accès et de chantier, et le
souhait exprimé de préserver ce site naturel, en lien
avec les acteurs locaux que sont les associations.
Romain
Bissot, Nicolas Cotrel, Matthieu Guillot
Précisions
sur l’intervention d’un cheval de débardage pour
le dessouchage
Plusieurs
avantages sont à mettre au crédit de la traction
animale :
-
absence de dégâts (tassement, ornières,
glissements...) sur le sol
-
nuisance des gaz d’échappement et du bruit des
tracteurs, sur ce type de site confiné, pour les bénévoles
travaillant sur le chantier
-
maniabilité plus importante
Lors
du projet de Valorisation et d’entretien de la carrière
Kléber-Moreau de Saint- Maixent, DSNE et la SFO ont fait appel
au service de l’association Le Recalour.
Plus
exactement Hermine et Thony ainsi que 2 adhérents de l’asso
(Bichon Stéphane et Vetier Stéphane) ont apporté
leurs contribution à ce chantier. Du haut de ses 1,68 m au
garrot pour un poids d’environ 750 à 800 kg, notre
cheval de trait « Hermine » est intervenu lors du
dessouchage des aulnes et saules qui menaçaient le maintien de
nos rares orchidées.
Longtemps
en péril, les chevaux de trait reconquièrent de plus en
plus notre espace rural. Que se soit pour l’entretien par
pacage de milieux naturels fragiles, ou la recrudescence des
activités de loisirs de plein air (balades en calèche
que nous proposons), nous recherchons également à
développer le débardage à cheval. Cette activité
novatrice pour l’association nous permet d’envisager
grâce au soutien des partenaires comme DSNE, la SFO et le GODS
la création d’un nouveau service inexistant pour le
département des Deux Sèvres.
Nous
espérons bien évidement reconduire ce type
d’intervention et élargir nos partenariats.
Thony
Martins