SAGE Boutonne : une victoire pour les associations
mardi 17 juillet 2007,
par dsne
SAGE
Boutonne : une victoire pour les associations
Les
Associations « SOS Rivières et Environnement » et
APIEEE (Association de Protection, Information et Etude de l’Eau
et de son Environnement) ont gagné leur recours au Tribunal
Administratif contre le projet de Schéma d’Aménagement
et de Gestion des Eaux (SAGE) du Bassin de la Boutonne. Ils nous
livrent ici le courrier qu’ils ont fait parvenir suite à
cette condamnation aux Préfets, aux élus départementaux
et aux institutions publiques environnementales, entre autres.
À
Mesdames et Messieurs les Présidentes / Présidents,
Mesdames et Messieurs les Directrices / Directeurs, des Services et
Organismes Responsables et Financeurs du SAGE Boutonne
Madame,
Monsieur,
Ce
courrier vous est adressé suite à une importante
décision de justice, une « Première » au
niveau national dans le domaine de la gestion de l’eau : en
effet, par jugement du 15 février 2007, le Tribunal
Administratif de Poitiers vient d’annuler l’arrêté
préfectoral du 9 décembre 2005 du préfet de
Charentemaritime approuvant le SAGE Boutonne.
Le
Tribunal Administratif a annulé l’arrêté
préfectoral au motif que de graves irrégularités(1)
avaient été commises tout au long de la
procédure. Le Commissaire du gouvernement lors de l’audience
a approuvé les arguments des associations, de forme et de fond
(à son avis, le motif d’erreur manifeste d’appréciation
paraissait aussi fondé). Le jugement retient entre autres
toute une série de manquements dans le dossier de l’enquête
publique (certains documents non élaborés ne pouvant y
être produits), le fond est donc concerné autant que la
forme. En fait, le Tribunal a condamné l’ensemble, forme
et fond ; et le SAGE Boutonne, qui en était au stade de la
mise en oeuvre, n’est plus applicable.
Pourquoi
et comment en est-on arrivés là ?
Un
bref rappel historique n’est pas inutile :
Le
bassin Boutonne est classé en zone vulnérable et en
zone de répartition des eaux ; il figure dans le plan de
gestion de la rareté de l’eau, etc... Autant dire qu’il
cumule tous les problèmes de gestion de l’eau,
quantitatifs et qualitatifs.
(1)
à noter que les irrégularités de forme relevées
par les juges se poursuivent dans le déroulement des travaux
de la Cellule Locale de l’Eau (CLE) !
C’est
pourquoi un SAGE Boutonne est entré en phase d’émergence
dès 1995 ; puis les étapes état des lieux et
diagnostic ont été réalisées et
approuvées à l’unanimité. A partir des
scénarii (où en fait un seul choix, celui du maintien
de l’agriculture industrielle, a été présenté),
l’élaboration du SAGE, de 1999 à 2004, a été
plus laborieuse, des divergences importantes entre les «
acteurs » de l’eau apparaissant sur les mesures devant
constituer le SAGE.
Nous
tenons à souligner la non-prise en compte des observations des
associations (par exemple la nécessité d’une
évaluation économique des mesures), tout au long de
l’élaboration, ainsi que l’avis très
réservé de la Commission du Milieu Naturel Aquatique de
l’Agence de l’Eau Adour-Garonne (25 juin 2004).
La
CLE a néanmoins validé le SAGE, une première
fois le 21 mars 2003, puis une seconde fois le 4 juillet 2005 ; et
enfin le préfet de Charente-maritime l’a approuvé
le 9 décembre 2005.
L’explication
des difficultés de l’élaboration de ce SAGE et
des étapes suivantes tient en quelques mots : de nombreux
membres de la CLE n’avaient (et n’ont encore) qu’une
préoccupation, celle d’aboutir à stocker l’eau
afin de maintenir l’irrigation des grandes cultures, du maïs
essentiellement. Encore aujourd’hui, la présidence de la
CLE et le maître d’ouvrage (SYMBO / UNIMA) manifestent de
l’intérêt surtout pour la gestion quantitative de
l’eau et la création de retenues de substitution. Un
SAGE doit-il se résumer à cela ? Quand sera t-il tenu
compte de la Directive Cadre Européenne sur l’eau ?
Et
maintenant ? Quel avenir pour le SAGE Boutonne ?
Nous
sommes étonnés que, à notre connaissance et tout
au long de l’élaboration, aucun des financeurs ou
service de l’Etat n’ait alerté le président
de la CLE du SAGE sur les risques encourus par le faible respect de
la procédure démocratique. Par exemple, l’examen
de scénarii différents proposés à
l’analyse de l’ensemble des membres de la CLE, plutôt
qu’un seul scénario de soutien au modèle en
place, aurait permis un réel débat sur le fond des
problèmes rencontrés à l’échelle du
bassin versant. Nous nous adressons en premier aux financeurs.
Au
vu de cette décision de justice, nous avons l’honneur de
vous demander, d’abord et dans l’immédiat, de
stopper tout financement nouveau supplémentaire concernant le
SAGE Boutonne tant que des décisions nouvelles ne seront pas
prises. Après cet échec, le contenu du SAGE doit être
réexaminé par la CLE, puis toute la procédure
doit être reprise (validation, consultations,...). Par
expérience, nous savons que certains élus vont se
limiter, solution de facilité qui évite d’examiner
les véritables problèmes et ses propres certitudes, à
accuser les associations requérantes et les juges d’être
responsables de cette situation nouvelle.
Cette
annulation est révélatrice des blocages de la gestion
de l’eau en bassin Charente, et de l’incapacité
des élus et acteurs économiques locaux à
s’engager réellement dans la gestion durable de
ressources de plus en plus limitées.
Il
ne nous appartient évidemment pas de décider de
l’avenir de ce SAGE ; cependant, au titre de membres à
part entière de la CLE, nous n’entendons pas rester
écartés des décisions qui seront prises quant à
cet avenir.
Nous
espérons enfin que l’on comprendra que les principaux
problèmes (quantitatifs et qualitatifs) de l’eau dans ce
bassin sont dûs pour l’essentiel aux excès de
l’irrigation (agriculture intensive) et que l’on amorcera
fermement un virage clair et lisible dans l’exploitation des
ressources naturelles.
Pour
cela, il nous paraît indispensable :
-
que la procédure soit réactivée afin d’aboutir
à un vrai « SAGE » sur le bassin, conforme à
la Loi (nous ne voulons pas la « mort » du SAGE !)
-
que des responsables plus ouverts au pluralisme soient désignés
pour mener cette élaboration collective ;
-
que la CLE prenne et garde l’entière maîtrise de
la mise en oeuvre pour l’élaboration et le suivi du
SAGE.
Veuillez
agréer, Madame, Monsieur, l’expression de notre
considération distinguée.
Fait
à Saint Jean d’Angély, le 26 février 2007
Le
président de SOS rivières, Bernard Sabourault
Le
président de l’ APIEEE, Daniel Barré
Destinataires
de ce courrier :
1-
Directement concernés par le financement du SAGE :
-
Monsieur Jean François-Poncet, Président du Comité
de bassin Adour-
Garonne
-
Monsieur Marc Caffet, Président du CA de l’Agence de
l’eau Adour-
Garonne
-
Monsieur le Préfet de région Poitou-Charentes
-
Madame la Présidente du Conseil régional de
Poitou-Charentes
-
Monsieur le Préfet du département de Charente-maritime
-
Monsieur le préfet du département des Deux-Sèvres
-
Monsieur le Président du Conseil général de
Charente-maritime
-
Monsieur le Président du Conseil général des
Deux-Sèvres
-
Monsieur le Directeur / DRAF Poitou-Charentes
-
Monsieur le Directeur / DIREN Poitou-Charentes
2-
Copie pour information :
-
Ministère de l’Ecologie et du Développement
Durable / Direction de
l’Eau
-
Monsieur le Préfet coordonnateur du bassin Adour-Garonne
Toulouse
-
Monsieur Philippe Sénégas, DIREN-délégué
de bassin Adour-Garonne
Toulouse
-
Agence de l’eau Adour-Garonne / Toulouse :
Monsieur
Vincent Frey, Directeur de l’Agence de l’eau
Adour-Garonne
Monsieur
Claude Miqueu, président de la commission Planification
Monsieur
Marcel Ménier, président de la commission des
Interventions/
CA
Monsieur
Jean Launay, président de la commission Programme et
finances
Monsieur
Vincent Hammel, directeur, délégation de Bordeaux
-
Monsieur le président de l’ EPTB / Institution du fleuve
Charente
-
Monsieur le président de France Nature Environnement
-
Monsieur le président de Poitou-Charentes Nature
-
Mesdames et messieurs les représentants des APNE au comité
de bassin
Adour-Garonne
-
Tous membres titulaires et suppléants de la CLE
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