Que penser des carburants d’origine végétale ? (1/2)
mardi 17 juillet 2007,
par dsne
Que
penser des carburants d’origine végétale ?
Réelle
alternative à la consommation d’énergies fossiles
ou vaste supercherie, les avis divergent... Nous vous livrons ici
deux points de vue, différents mais complémentaires :
le premier a été rédigé par notre
fédération régionale Poitou-Charentes Nature et
formulé comme propositions à l’attention du
Conseil Régional Poitou-Charentes. Le deuxième est un
extrait d’un article de l’association Kokopelli qui a été
mis en ligne sur Internet.
Carburants
d’origine végétale en Poitou-Charentes :
propositions pour une excellence environnementale et une agriculture
durable
Contexte
général
La
Directive communautaire n° 2003/30/CE du 8 mai 2003 sur «
l’utilisation de biocarburants ou autres carburants
renouvelables dans les transports » (2003) vise à
promouvoir l’utilisation des carburants d’origine
végétale dans les Etats membres de l’Union
Européenne. L’objectif consiste à incorporer des
carburants d’origine végétale dans l’essence
et le diesel, à hauteur de 5,75 % du volume de combustibles
fossiles destinés au transport. Le gouvernement français
souhaite développer les cultures visant à produire les
dérivés à adjoindre aux carburants pétroliers(1)
(cf. les annonces récentes du ministre de
l’Agriculture). Plusieurs études, dont une réalisée
par l’ADEME et le ministère de l’Industrie,
quantifient les rendements énergétiques de différentes
cultures. Il en ressort que le colza et le tournesol arrivent
largement en tête au regard de ce critère.
Contexte
régional
La
région Poitou-Charentes souhaite soutenir le développement
des carburants d’origine végétale, notamment par
le soutien à des investissements dans des unités de
transformation / production. La matière première
devrait être fournie par les agriculteurs cultivant une partie
de leurs terres dans cet objectif.
Propositions
de Poitou-Charentes Nature
Préambule
Le
développement des cultures pour la production de carburants
d’origine végétale sur des surfaces importantes
en Poitou-Charentes peut présenter des impacts négatifs
sur les paysages, la biodiversité et les ressources en eau, si
cette politique n’est pas engagée et développée
dans un esprit d’excellence environnementale et de durabilité.
En effet, la perte de biodiversité est importante en
Poitou-Charentes, ne serait-ce que par la disparition des zones
humides. Mais tous les milieux sont concernés :
forêts,
bocages, plaines cultivées, pelouses sèches.
Avec
140 captages d’eau potable fermés au cours des 10
dernières années, une longueur moyenne de cours d’eau
asséchés de 2 500 km en 2005 et 80% de son territoire
en zone vulnérable au titre de la Directive Nitrates, le
Poitou-Charentes accuse une détérioration généralisée
des ressources en eau. La politique agricole est la cause principale
de la perte de biodiversité et de la dégradation des
ressources en eau.
Le
développement de cultures pour la production de carburants
d’origine végétale doit s’inscrire dans une
politique volontariste visant à rationaliser l’usage des
transports (développement des transports en commun accessibles
à tous pour diminuer l’utilisation des modes de
transport individuels de marchandises ou de personnes), condition
sine qua non pour réduire l’augmentation de
l’effet de serre. La mise en place de cultures pour la
production de carburants d’origine végétale en
Poitou-Charentes doit permettre à la « ferme
Poitou-Charentes » d’obtenir un bilan énergétique
positif, par la diminution de la consommation des ressources
pétrolières. L’obtention de l’autonomie
énergétique des exploitations agricoles doit être
un objectif prioritaire en Poitou-Charentes, pour des raisons de
sécurité alimentaire, mais également pour
permettre aux agriculteurs de maîtriser cette nouvelle
production par la mise en place de filières courtes dans
lesquelles ils ne sont pas traités comme un simple maillon
d’une chaîne de production / transformation /
distribution.
(1)
2 filières existent actuellement : production d’huile
pour adjonction au diesel,
distillation
pour obtenir de l’éthanol à adjoindre à
l’essence.
Efficacité
et autonomie énergétique et protéique de
l’agriculture
Proposition
n° 1 :
Accroître
l’efficacité énergétique des exploitations
agricoles en incitant les agriculteurs et les Coopératives
d’Utilisation du Matériel Agricole (CUMA) à faire
vérifier leurs tracteurs et autres machines sur banc d’essai
une fois tous les 24 mois.
Proposition
n° 2 :
Augmenter
l’autonomie énergétique des exploitations
agricoles en diminuant les consommations de ressources pétrolières
par :
-
la diminution des surfaces cultivées ;
-
la mise en place de techniques simplifiées de travail du sol
(formation obligatoire des agriculteurs) ;
-
et par l’introduction de légumineuses dans les rotations
culturales (fixation naturelle de l’azote qui évite le
recours aux intrants chimiques).
Proposition
n° 3 :
Favoriser
les cultures ayant le rendement énergétique le plus
favorable (colza – tournesol) et en particulier le tournesol
(cf. étude Ademe / Ministère de l’Industrie,
2004).
Proposition
n° 4 :
Favoriser
les cultures permettant de faire d’une pierre deux coups. La
production de carburants d’origine végétale
pourrait laisser des sous-produits qui pourraient être
valorisés dans l’alimentation animale par exemple
(tourteau riche en protéines assurant une plus grande
autonomie protéique de la ferme Poitou-Charentes).
Carburants
d’origine végétale et préservation des
ressources
en eau
Proposition
n° 5 :
Promouvoir
des cultures ayant le moins d’impact négatif sur les
ressources en eau. Ces cultures doivent supporter des conditions
hydriques défavorables pour éviter toute irrigation et
doivent permettre aux agriculteurs d’éviter d’avoir
recours aux traitements chimiques pour éviter les pollutions
diffuses. Le tournesol apparaît comme le mieux adapté,
le colza, extrêmement gourmand en intrants, n’apparaît
pas comme une bonne alternative écologique.
Carburants
d’origine végétale et biodiversité
Le
développement des cultures pour la production de carburants
d’origine végétale dans les plaines cultivées
du Poitou-Charentes risque de réduire très fortement
les surfaces en jachères. Or, cellesci revêtent une
importance cruciale pour la biodiversité et peuvent donner
lieu à des contrats de sauvegarde de la biodiversité de
plaine, à travers l’application des mesures
agro-environnementales (MAE) co-financées par l’Union
Européenne dans le cadre de la politique Natura 2000. Il y a
sur certains territoires un risque fort de concurrence entre ces 2
politiques (MAE/carburants d’origine végétale)
qu’il faut anticiper.
Proposition
n° 6 :
Mettre
en place un plan régional « Jachère Environnement
» visant à inscrire les jachères dans une
stratégie régionale de sauvegarde de la biodiversité
dans les espaces agricoles, en particulier dans les sites Natura 2000
« Oiseaux de plaine ». Ce plan régional pourrait
être élaboré et suivi par un comité
technique et réunir sans exclusive la chambre régionale
d’agriculture, la fédération des coopératives,
Poitou-Charentes Nature, la fédération régionale
des chasseurs, l’ONCFS, les collectivités locales…
Proposition
n° 7 :
Privilégier
le tournesol car c’est la culture pouvant être la plus
favorable à la biodiversité, moyennant quelques
adaptations techniques (binage). Le tournesol étant précédé,
dans la rotation culturale par une céréale, le maintien
du chaume de cette céréale (après la moisson
jusqu’au semis du tournesol) pourrait favoriser grandement la
biodiversité, notamment les oiseaux granivores.
Proposition
n° 8 :
Interdire
toute utilisation de semences OGM ou traitées aux produits
rémanents comme le gaucho dans la mise en place de cultures
pour la production de carburants d’origine végétale.
Evaluation
environnementale des carburants d’origine végétale
Proposition
n° 9 :
En
vue d’une évaluation des incidences (étude
d’impact stratégique), le comité technique
proposé plus haut (cf. proposition n°6), en tant
qu’instance de démocratie participative, permettrait à
toutes les parties en présence de s’exprimer et de
fournir les bases d’un travail d’évaluation de
cette politique.
Envoyé
par Poitou-Charentes Nature à Ségolène Royal,
Présidente du Conseil
Régional
Poitou-Charentes et élus régionaux.
[
Imprimer
cet article ] [
Haut ]