Que deviennent nos plantes messicoles ?
Coquelicot, Bleuet, Muscaris, Souci, Adonis, Ibéris
jeudi 15 février 2007,
par dsne
Inventaire des plantes messicoles 2006 - 2007
Qu’est-ce qu’une plante messicole ?
Il s’agit de plantes dont l’essentiel de la répartition se situe dans les champs cultivés ou territoires cultivés : champs, vignes (cultivées ou abandonnées), mais aussi jachères, bords de route, cimetières... Les espèces patrimoniales ont été déterminées en fonction de leur statut de protection mais surtout de leur classement dans les listes régionale de la SBCO (liste rouge) et de PCN (liste des espèces déterminantes).

- Legousia
- Mathieu Boullant
Le constat
Actuellement, tous les botanistes s’accordent pour constater une tendance forte à la régression pour une grande majorité de ces plantes. Leur spectaculaire déclin correspond au développement de l’agriculture moderne. La consultation des flores anciennes (Faye. L. 1885 ; Lloyd, 1886) indique que des espèces aujourd’hui considérées comme étant très rares ou disparues, étaient à l’époque encore très abondantes (Gallot, 2003). Ainsi, plus de 60% des plantes considérées comme des « messicoles strictes » en France sont ainsi considérées comme « étant en situation précaire ».
Selon Christian Lahondère, la région Poitou-Charentes serait la région qui aurait perdu le plus grand nombre d’espèces ces dernières années. Yves Baron (1989) a réalisé une étude comparative(1901-1987) portant sur 54 espèces de moissons sur calcaire, 8 espèces de moisson sur silice et 2 espèces des vignes. Sur les 64 espèces, 37 sont en régression et 19 sont considérées comme disparues...
L’intérêt ornithologique de nos plaines est reconnu et des mesures pour les préserver se mettent en place. Les plantes qui accompagnent les cultures sont un autre patrimoine, également en voie de disparition. Depuis quand n’avez-vous pas vu de Nielle des blés ? Une autre façon de voir les paysages de plaine !
Pourquoi les préserver ?
La conservation des plantes messicoles répond au souci actuel de la préservation de la biodiversité. La Convention de Rio (13 juin 1992) ratifiée par la France, prévoit pour les pays contractants la mise en place d’une politique précise de conservation. En particulier, l’article 6 de ce texte demande l’élaboration de stratégies, plans ou programmes nationaux tendant à assurer la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique.
Après l’inventaire des stations de Fritillaire pintade en Deux-Sèvres, nous avons de nouveau besoin de vous pour réaliser cet inventaire et faire en sorte que ce cortège de plantes soit sauvegardé.
Le projet d’action régional
Quel avenir pour les plantes messicoles en Poitou-Charentes ?
Le contexte national
Un Plan National d’Action a été instauré en 2000 et comporte trois volets :
La connaissance scientifique : il est important d’améliorer notre connaissance actuelle sur le statut des espèces concernées et de motiver les naturalistes à s’intéresser aussi aux zones cultivées ;
La conservation in situ (actions de gestion spécifiques, encouragements pour l’utilisation de certaines pratiques agricoles..., conventions de gestion avec des conservatoires...) ;
La conservation ex situ (constitution d’une collection conservatoire de semences).
Les causes de régression identifiées sont presque toutes liées à l’évolution des pratiques agricoles (Olivereau, 1996) : le tri et la provenance des graines ; l’utilisation de semences sélectionnées ; les amendements ; l’abandon de certaines techniques culturales ; l’emploi des herbicides ; l’introduction de nouvelles espèces ; l’urbanisation.
Pour un plan d’action régional « Messicoles en Poitou Charentes »
Les objectifs principaux de notre action vont viser d’une part, à bien identifier des zones encore intéressantes pour les messicoles et envisager les moyens de pérenniser cette présence, et d’autre part, à restaurer des secteurs accueillant peut-être sous la forme de jachères messicoles ou autre. L’ensemble de nos actions nécessitera un partenariat important avec l’ensemble des acteurs du monde rural et comportera un volet important d’information et de formation autour de ce thème.
Une telle action s’étalera sur 3 années au cours desquelles, les actions suivantes seront entreprises :
Lister les plantes messicoles (indigènes et « invasives ») connues en Poitou-Charentes et définir les espèces prioritaires (cf. liste page suivante)
Recherche bibliographique sur les inventaires menés et les stations connues comme riches et commencer à préciser le statut de chacune des messicoles (près de 900 données récoltées fin mars)
Organisation d’un week-end de formation régionale en Deux-Sèvres (14 mai 2006) à destination des bénévoles associatifs et des partenaires
édition d’une plaquette de présentation du projet et de sensibilisation
Inventaire par département des messicoles encore présentes
Information auprès des acteurs du monde rural sur les messicoles ;
Expérimentation de jachères messicoles dans chaque département ; récupération de graines ?

- Ammi majus
- Nicolas Cotrel
COMMENT VOUS POUVEZ PARTICIPER ?
1/ L’inventaire
plusieurs méthodes vont être utilisées :
prospection sur des carrés échantillons (7x10km)
des différents paysages de plaine avec contacts
des espèces « signal » (Bleuet, Coquelicot,
Adonis, Ibéris, Muscari, Souci...)
prospection sur les parcelles connues comme
riches pour inventaires botaniques précis
prospection sur des exploitations « bio »
récolte de données ponctuelles collectées par les
naturalistes et le grand public.
2/ Sensibilisation
Parlez du projet autour de vous et essayer de sensibiliser particulièrement les agriculteurs, des collectivités et les personnes possédant des milieux susceptibles d’accueillir ces plantes (vignes, vergers...) à leur fragilité. En nous tenant au courant des « accueils » plutôt favorables, cela pourrait aboutir ensuite à créer des sites pilotes ou à transmettre particulièrement le bilan de l’inventaire
Coordination régionale : Nature Environnement 17
Julien Montepini
20 rue Bastion Saint Nicolas ; 17000 La Rochelle
Tél : 05 46 41 39 04
n.environnement17@free.fr
Coordination départementale : Deux-Sèvres Nature Environnement, Nicolas Cotrel
Téléchargez la liste des plantes messicoles :

- Liste des plantes messicoles
- 25Ko
Cette liste comprend 123 espèces, dont 8 graminées. Elle a été définie à partir de la liste du plan d’action national Messicoles et à partir du contexte régional. Les plus faciles à reconnaître sont le Bleuet, l’Adonis, le Coquelicot, le Scandix peigne de Vénus, la Queue de souris, le Glaïeul d’Italie, le Pied d’Alouette ... et même si certaines de ces espèces vous paraissent communes, il est important de nous les signaler pour disposer d’un maximum d’informations sur leur répartition et donc avoir assez de recul sur leur statut.

- Renoncule des champs
- Mathieu Boullant
Le repérage sur le terrain en utilisant des espèces « signal », c’est à dire visibles de loin et signalant éventuellement des sites où d’autres espèces de ce cortège sont présentes, peut faciliter grandement la prospection. Il s’agit en l’occurence du Coquelicot, Souci, Muscaris, Adonis, Ibéris amer, Bleuet
Si vous vous penchez sur les autres espèces, et que vous rencontriez des difficultés d’identification, il ne faudra alors pas hésiter à photographier la station et la (ou les) plante à problème et à nous le signaler rapidement au local afin d’essayer d’organiser une sortie spécifique avec un botaniste pour identifier l’ensemble des espèces présentes appartenant au cortège des messicoles.
Téléchargez la fiche d’inventaire des plantes Messicoles :

- Fiche d’inventaires des Plantes Messicoles Poitou-Charentes
- 39Ko
Les plantes messicoles en Deux-Sèvres
Bilan de la prospection 2006 -

- Bilan intermédiaire de l’inventaire 2006
- 425Ko
Rappel du contexte
Les objectifs généraux du projet à long terme porté par Poitou-Charentes Nature sont multiples, et leur réalisation s’étalera sur plusieurs années :
réaliser un état des lieux des messicoles en Poitou-Charentes
cibler les secteurs à forte diversité en messicoles ;
réaliser des opérations particulières (gestion de certains espaces) avec le milieu agricole ;
encourager la réalisation de jachères messicoles indigènes ;
aboutir à une perception des messicoles moins « négative » qu’actuellement.
Pour l’ensemble de la région, les résultats actuels ont été acquis par 22 prospecteurs, effort a été à peu près équivalent dans tous les départements, sauf pour la Charente où l’effort de prospection a été le plus important.
Cet effort de prospection a permis de recenser 50 espèces messicoles en Poitou-Charentes, en presque totalité des espèces annuelles, sur les 112 de la liste de départ. Il est vraisemblable que la poursuite de cet effort dans les années à venir viendra augmenter ce chiffre. Parmi ces espèces trouvées, 6 d’entre elles sont présentes dans les quatre départements :
Adonis d’automne Adonis annua (Liste Rouge Nationale, Régionale, et notée « A rechercher » dans la liste de prospection),
Bleuet Centaurea cyanus (Liste Rouge Régionale, et notée « A rechercher » dans la liste de prospection),
Miroir-de-Vénus Legousia speculum-veneris (Liste Rouge Régionale),
Guimauve hérissée Althea hirsuta ,
Grémil des champs Lithospermum arvense
Peigne-de-Vénus Scandix pecten-veneris.
Cet inventaire a permis de découvrir des espèces notées « à rechercher » dans la liste de prospection (7 pour la Charente, 2 pour la Charente-Maritime et 10 pour la Vienne) dont 5 pour les Deux-Sèvres : Adonis annua, Centaurea cyanus, Biforia radians, Papaver agermone, Papaver hybridum
Cinq espèces notées disparues dans les départements où elles ont été trouvées ont été redécouvertes dont 3 pour les Deux-Sèvres : Myagre perfolié Myagrum perfoliatum (1 station), Pavot argémone Papaver argemone (1 station) et Renoncule des champs Ranunculus arvensis

- Pensée
- Mathieu Boullant
Résultats 2006 en Deux-Sèvres
Quadrats échantillons :

- Ammi majus
- Nicolas Cotrel
Trois quadrats ont été mis en place sur le Thouarsais (Carte IGN 1625 E, SE), la plaine du Marais Poitevin (Carte IGN 1528 O, moitié sud) et Pamproux (carte IGN 1628 E, NE) en Deux-Sèvres. Sur ces quarts de carte IGN de 6 x 10 km, choisis sur des secteurs géographiques différents et en fonction des espèces connues, l’objectif était ici de quadriller de façon systématique des secteurs afin de tenter de relever de la façon la plus exhaustive possible les messicoles présentes et leur répartition.
Lors de trois sorties dans le Thouarsais, sur les communes de St Jouin de Marnes, Marnes et Moncontour, 17 stations ont été découvertes, accueillant 15 espèces (Centaurea cyanus, Papaver hybridum, Papaver dubium, Avena fatua, Biforia radians, Viola arvensis, Adonis annua, Legousia speculum veneris, Calepina irregularis, Valerianella locusta, Althaea hirsuta, Scandix pecten-veneris, Thlapsi arvense, Lithospermum arvense). A signaler, la station de Tabouret des champs (Thlapsi arvense), uniquement signalée sur ce secteur, en bordure d’un champ de colza et les importantes et nombreuses stations de Miroir de Vénus. Ces messicoles ont été trouvées dans des jachères, friches, bordures de chemin et surtout en limites de parcelles cultivées en lin, colza, luzerne et orge.
Dans le Marais Poitevin, plus précisément la plaine d’Arçais, St Hilaire la Pallud et Sansais, 3 sorties ont permis de localiser 25 stations : jachère (1), colza (7), chemins (1), blé (3), vigne abandonnée (2), lin (1). 11 espèces y ont été contactées : Calepina irregularis, Ammi majus, Alopecurus mysuroides, Adonis annua, Avena fatua, Legousia speculum-veneris, Lithosperum arvensis, Viola arvensis, Centaurea cyanus, Calepina irregularis, Althaea hirsuta. A signaler ici l’abondance de l’Ammi élevé (Ammi majus) dans les champs de colza et de blé ainsi que dans les chaumes de maïs . Malgré un nombre plus important de stations, la richesse et la diversité spécifique des stations est bien moindre que dans le quadrat précédent : situation à confirmer en 2007.
Enfin, dans la plaine de Pamproux, 8 stations ont été répertoriées pour un total de 9 espèces : Lamium hybridum, Ranunculus arvensis, Althaea hirsuta, Stachys annua, Euphorbia exigua, Ajuga chamaepitys, Viola arvensis, Scandix pecten-veneris, Adonis annua. On peut signaler également que ce secteur semble l’un des seuls secteurs à accueillir le Glaïeul d’Italie (Gladiolus italicus), en dehors de Brioux sur Boutonne (BARON Y.).
En dehors de ces quadrats, une trentaine d’observations ponctuelles ont également été envoyées par une dizaine de personnes, dont plusieurs ornithologues (merci au GODS d’avoir relayé l’information auprès de leurs adhérents).
Merci aux bénévoles (Mathieu Boullant, Michel Chauvet, Mathieu Guillot, Odile Cardot, René Pouit, Sylvain Houlier, Vincent Aguillon, Xavier Fichet, Nadine Martin, Pierre-François Pagniez, Jean-Yves Airaud) qui ont participé à la prospection en 2006.
et... rendez-vous l’été prochain !
Nicolas Cotrel.
Les partenaires sollicités sur ce projet sont : Conservatoire Botanique National Poitou-Charentes Gironde, Association PONEMA, Société Botanique du Centre-Ouest, Conservatoire Régional des Espaces Naturels, Parc Interrégional du Marais Poitevin, Maison de l’Agriculture Biologique Charente, CNRS, Groupe Ornithologique des Deux-Sèvres, Chambres d’agriculture et ADASEA.

- Organismes financeurs
- Région Poitou-charentes, Europe

- DIREN
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