Promenades naturalistes en Deux-Sèvres Armoricaines


jeudi 22 mai 2008, par dsne

Promenades naturalistes en Deux-Sèvres Armoricaines

Entité minérale, climatique et paysagère propre, la Gâtine a longtemps été considérée comme l’enfant pauvre des

Deux-Sèvres. Elle possède, en revanche un patrimoine biologique d’une richesse et d’une variété insoupçonnées,

hérité de ses origines armoricaines.



Pour une majorité de Gâtinais, la nature se résume à une mosaïque bocagère faite de prairies et de haies séculaires où l’eau vous croise à tout bout de champs, ici un ruisseau au cours pierreux et oxydé, là une mare ou un étang, une source ou une mouillère. D’autres insisteront sur ces chemins creusés à flanc de collines ou surplombant des vallées encaissées et des escarpements rocheux. Quelques uns remarqueront même les rares landes à ajoncs et à genêts parties sournoisement à la conquête d’un espace plus boisé, ou ces fonds mal égouttés à la végétation palustre qu’on appelle ici les naides. Peu importe, tous vous diront que la nature est bien là, omniprésente voir imposante, et donne l’impression d’une harmonie parfaite entre les éléments.

Mais pour le naturaliste, cette vision bucolique cache des réalités plus subtiles et plus secrètes. Passionné par la nature et conscient qu’elle abrite des cortèges de vies d’une infinie variété, il va vouloir identifier les espèces vivantes, observer et analyser les liens multiples qui relient chaque espèce à son habitat ou les équilibres précaires qui unissent toutes les espèces entre elles, afin de comprendre, au-delà de cette apparente harmonie, de quelle diversité est réellement composé le patrimoine naturel de la Gatîne.

Pour cela, rien de tel qu’une excursion en pleine nature accompagné par des spécialistes du règne végétal et animal. François-Jean, Madeleine, Gaëtan, Paulette, Romain, Nico, Mathieu, Marco et Philippe, ont répondu à l’invitation, bien déterminés à faire des découvertes. Le rendez-vous est donné, ce sera le dimanche 10 juin, au programme de la journée, deux sites sélectionnés pour l’occasion : un ensemble de prairies autour d’un étang et une ancienne carrière d’argile…

« Le propos de cette première chronique sur la Gâtine n’est pas de publier une liste complète des espèces rencontrées à l’occasion de nos promenades, mais plutôt de recenser et de montrer quelques sites (privés !) représentatifs des habitats, de la flore ou de la faune que l’on peut rencontrer dans ce Pays, et, occasionnellement, de zoomer sur certaines espèces remarquables. »

10 h 30 – 13 h 00 ; La plaine des Forges de Saint- Marc La Lande Pour cette première étape, nous nous engageons sur les terres qui entourent le vieil étang monacal. Les pluies abondantes en cette fin de printemps retarderont la fauche pour plusieurs semaines encore. D’apparence homogène, la physionomie végétale de la prairie naturelle masque pourtant des ensembles bien distincts, qui s’échelonnent par paliers successifs.

La prairie mésophile, que nous abordons en premier, est richement fleurie en Oenanthe pimpinelloides, Leucanthemum vulgare, en Rumex et en graminées élevées, Anthoxanthum odoratum, Holcus lanatus, ici et là, Vicia tenuifolia, Vicia sativa, les centaurées du groupe nigra, Malva moschata, Ranunculus acris, Senecio jacobaea, Trifolium campestre apportent des touches de couleurs vives dans cet ensemble à dominantes blanches et crème. Déjà, les entomologistes identifient quelques lépidoptères de la tribu des Melitaeini. Par endroits, la présence de Hypochoeris radicata, Luzula campestris, Myosotis discolor, Myosotis ramosissima, Trifolium dubium, nous indiquent un substrat plus acide. Philippe relève Lotus angustissimus qui passe généralement inaperçu au côté de son cousin Lotus uliginosus. Au fur et à mesure que nous progressons vers l’étang, les graminées se font plus discrètes. En abordant la prairie hygrophile, les cortèges changent et l’ambiance générale passe au vert. Achillea ptarmica, Ajuga reptans, Cirsium palustre, Lotus uliginosus, Lychnis flos-cuculi, Ranunculus acris contrastent dans cette formation où nous croisons quelques Hespéries et Zygènes. Un étage plus bas, l’odeur de la Menthe aquatique annonce un sol plus engorgé où se développent également Cirsium dissectum, Galium palustre subsp. elongatum, Juncus acutiflorus, Lythrum salicaria et Ranunculus flammula.

Nous remontons un peu l’ancien lit de l’étang qui, de nos jours, échappe totalement à l’immersion. La végétation acidophile de la prairie oligotrophe à Molinie, Molinia caerulea, y est installée. Certaines espèces évoqueraient même l’espoir de voir apparaître un jour la lande humide si la fauche ne venait régulièrement entraver la dynamique naturelle. Nous notons les espèces les plus représentatives : Anacamptis laxiflora, Carum verticillatum, Cirsium tuberosum, Genista anglica, Lobelia urens, Molinia caerulea, Potentilla erecta, Scorzonera humilis, Scutellaria minor, Succisa pratensis, Pedicularis sylvatica. Francois-Jean remarque une potentille dont les fleurs ont quatre ou cinq pétales qui s’avèrera être Potentilla anglica. Cette petite rosacée inscrite en liste rouge régionale n’avait pas été signalée dans notre Département depuis des décennies.

Nota : La potentille d’Angleterre peut facilement être confondue avec la tormentille (P. erecta) dont elle se distingue par ses fleurs plus grandes et moins nombreuses, le nombre variable des pétales, ses feuilles pédonculées, et, en automne, sa tige radicante au niveau de certains noeuds.

Un peu plus en amont, à la faveur d’un sol plus filtrant, nous apercevons des espèces de la prairie mésoxérophile siliceuse telles qu’Agrostis capillaris, Ormenis nobilis, Luzula multiflora subsp. congesta et Veronica officinalis, déjà concurrencées par la végétation ligneuse de la lande sèche formée par Cytisus scoparius, Ulex europaeus et Pteridium aquilinum.

Nous poursuivons en direction de l’eau. Sur la zone d’atterrissement, une large ceinture de couleur pourpre, quasi mono-spécifique, constituée par Agrostis stolonifera et Eleocharis multicaulis se heurtent latéralement aux grandes cariçaies (Carex vesicaria) et jonchaies (Juncus effusus et J. conglo- meratus) bien établies qui résistent à l’envahisseur.

Ces formations assurent une transition avec les hélophytes qui colonisent les abords de l’étang.

Sur la marge soumise à l’alternance des inondations et des exondations, le substrat devient par endroits semi-tourbeux. Les associations des pelouses oligotrophes acides se succèdent et s’organisent en fonction de la durée d’immersion. Nous relevons la plupart des espèces amphibies vivaces caractéristiques parmi lesquelles la délicate Baldellia ranunculoides subsp. repens, Eleogiton fluitans, Galium debile, Juncus articulatus, Juncus bulbosus, Hydrocotyle vulgaris, Hypericum elodes au parfum épicé, Veronica scutellata puis Eleocharis palustris et Ludwigia palustris au contact de l’eau. Un gazon de Littorella uniflora occupe les affleurements et les sables schisteux. Alors que nos entomologistes s’intéressent aux odonates et aux orthoptères, nous remarquons les roselières constituées par Schoenoplectus lacustris et Sparganium erectum subsp. erectum, les massifs de Lycopus europaeus, et sur la zone littorale quelques hydrophytes à feuilles flottantes dont Trapa natans, Polygonum amphibium et Potamogeton natans. Ensemble, nous décidons d’arrêter là notre prospection des espèces aquatiques, il est déjà 13 h.

13 h 00 – 14 h 00 :

Le déjeuner sur l’herbe permettra d’échanger sur cette matinée et d’aborder des questions de dynamique de la végétation et de gestion des milieux. Au café, Paulette nous gratifie comme de coutume de ses délicieuses galettes à l’angélique. Alors que Marco et Mathieu, évoquent, quelque peu dépités, les incidences des intempéries sur les coches de ce début d’année, Philippe nous précipite dans le monde du birdwatcheur avec l’histoire du Vanneau sociable. Le temps de prendre le café, nous poursuivrons notre promenade naturaliste pour découvrir durant l’après-midi le paysage inhabituel et la beauté singulière des « Blanchères de Viennay ». La suite dans notre prochain bulletin...

Olivier Collober



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M-à-J : lundi 1er décembre 2008 -

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