Prairies communales des « Vieilles Rivières » de Fors : Un écrin de verdure à préserver


jeudi 29 mars 2007, par dsne

SOMMAIRE

Prairies communales des « Vieilles Rivières » de Fors

Un écrin de verdure à préserver

Synthèse du diagnostic 2005 et perspectives

Le communal de Fors est mentionné pour la première fois à la fin des années 90 pour son intérêt batrachologique avec notamment une diversité d’espèces remarquable. Ces prairies naturelles sont intéressantes par leur situation géographique car, situées au coeur des plaines de Niort sud-est, elles se trouvent isolées parmi des cultures céréalières et représentent donc un îlot prairial menacé. En outre, ce site de 35 hectares situé au nord du bourg, dénommé « communal des vieilles rivières », est un des derniers communaux des Deux-Sèvres encore exploité en prairies naturelles. En 2005, Deux-Sèvres Nature Environnement a effectué un travail de diagnostic biologique, de concertation avec la municipalité et les acteurs et de propositions de gestion sur ce communal. Pour cela, il y avait donc nécessité de faire un bilan de son utilisation et de son histoire ainsi que d’un diagnostic biologique plus complet pour une valorisation de ce patrimoine naturel et culturel communal.

Historique

Historiquement, le communal fut très probablement donné par François Ier sous l’instigation des Poussard (Dynastie des Poussard dont Charles Poussard était chevalier et seigneur de Fors) qui venaient assez souvent à Fors. Depuis 1794, cet ensemble de prairies est la propriété de la commune de Fors. Il servait de pâture aux veaux, vaches et boeufs des habitants de la commune mis en pacage collectif. Une piste, sur le pourtour du communal, permettait d’y faire courir (et crotter) des juments de carosse.

Dans les années 1960-1970, un nouveau contexte économique favorise une agriculture intensive et mécanisée. Face à une forte pression locale en faveur du développement agricole, de l’aménagement hydraulique et la recherche de solutions économiques rentables, tous les communaux des Deux-Sèvres sont parcellisés et/ou affectés à la céréaliculture, transformés en base de loisirs… Pour Fors, cela s’est traduit par la parcellisation des 35 hectares en dix-huit îlots et loués sous forme de baux par des exploitants agricoles de la commune, pour une durée de 9 ans. L’origine du changement de cette pratique sur la commune semble avoir été la difficulté grandissante de rapatrier les troupeaux laitiers tous les soirs devant les risques liés à la circulation routière qui a fortement progressé à l’époque.

Gestion

Ces prairies naturelles ont conservé une méthode de gestion extensive principalement par pâturage bovin. En étant un des derniers communaux des Deux-Sèvres, le bail signé entre les 7 exploitants et la mairie a entre autres contribué à la sauvegarde de ces pratiques, notamment par une clause de non modification de l’occupation du sol. Depuis plusieurs décennies, ces prairies naturelles font l’objet du même usage agricole tout en étant accompagnées d’un bocage traditionnel (frênes têtards), dont l’intérêt paysager est reconnu et d’ailleurs classé dans le document d’urbanisme. Un projet d’étang de loisirs communal, sur la parcelle la plus humide - et donc à la fois la moins valorisable d’un point de vue agronomique mais la plus riche en habitats et espèces - a été évoqué dans le dernier document d’urbanisme de la commune.

Intérêt biologique

Le site présente une diversité d’habitats intéressante : prairies mésophiles, prairie humide atlantique, forêt alluviale de frênes, dépressions temporaires à Potamot, alignements de frênes têtards et haies champêtres. Grâce à la diversité des milieux présents, on retrouve sur le Communal de Fors un intérêt faunistique important avec notamment :

- 13 espèces de libellules dont 3 sont patrimoniales et typiques de ces milieux temporaires riches en végétation aquatique (Lestes dryade et fiancé, Sympétrum à nervures rouges)

- 8 Amphibiens, dont 4 espèces hautement patrimoniales (Rainettes arboricoles et méridionale, Triton marbré, Crapaud calamite)

Liés aux milieux aquatiques, on les retrouve sur la seule mare quasi-permanente végétalisée du site et dans les dépressions à Potamot. Du fait d’une pratique agricole raisonnée, cela a engendré un potentiel végétal adapté à un sol majoritairement calcaire et à des périodes de mise en eau temporaires (ex : Fritillaire pintade).

Une particularité du communal réside dans la présence de fourmilières engendrant la création de monticules de terre qui absorbent la chaleur du soleil afin de maintenir les nymphes à l’abri de l’humidité. La proximité de ces prairies permet à de nombreuses espèces du cortège des « oiseaux de plaine » comme l’Oedicnème criard, le Busard cendré, de profiter de la profusion d’insectes sur ce milieu.

Fragilité, menaces du site

Comme pour la plupart de nos zones humides prairiales, le maintien d’une activité d’élevage est une condition sine qua non pour le maintien des éléments caractéristiques de ces habitats et espèces. Les autres menaces résident dans la modification d’utilisation de ces parcelles tant d’un point de vue agricole (remblaiement de mares, mise en culture) que d’aménagements tels que l’apport de remblais... De façon plus insidueuse, son oubli, sa non-appropriation par les habitants de la commune constitue une menace à long terme pour ce site. Déjà, lors de ce travail, nous avons pu constater que la majorité des habitants ignorent sa situation, voire son existence.

Gestion et communication sur le site

En plus de son intérêt biologique et paysager, ce site possède une identité, un patrimoine communal fort. Même si la représentation des agriculteurs dans la vie des communes diminue en même temps que le nombre d’exploitations, il est de notre devoir commun de mettre en valeur, pérenniser ce type de milieu. Plusieurs pistes ont été proposées par l’association à la commune, certaines sont à l’étude et d’autres ont déjà été mises en place :

- article dans le bulletin municipal de 2005 de présentation du communal et des objectifs de l’étude

- réunion publique avec notamment les conseillers municipaux, les agriculteurs concernés, l’association de parents d’élèves et le centre de loisirs municipal

- plaquette de présentation historique, biologique et géographique du site. Conception et mise en page par DSNE, éditée par la commune à 700 exemplaires

- afin de découvrir les richesses du territoire forcitain, un circuit de sentier randonnée est en projet dans lequel le communal serait inscrit.

- une page spéciale sur le site internet de la commune pourrait être réalisée, en reprenant les informations de la plaquette et les articles dans le bulletin municipal.

- réalisation d’animations nature : deux en 2005 et 2006 ont déjà été réalisées sur les Amphibiens (50 personnes) et les Insectes (18 pers.)

- conception d’un programme pédagogique avec l’école primaire municipale, le communal servant de support sur plusieurs sujets (chaîne alimentaire...) Au niveau de la gestion du site, plusieurs actions mériteraient d’être réalisées avec notamment replantation et conduite en têtards de frênes en bordures nord et ouest du site, déblaiement et recreusement de dépressions temporaires ... Merci aux agriculteurs et aux élus du conseil municipal pour leur aide dans la bonne réalisation de cette étude.

Textes et photos : Nicolas Cotrel et Dimitri Mahé (stagiaire)


Une expérience à exporter sur les prairies communales du Mellois

Dans la Fleur de Carotte du printemps dernier, nous vous sollicitions pour une recherche de témoignages sur la présence de prairies communales. Depuis, grâce à une recherche en archives et une enquête envoyée aux 83 communes du Pays Mellois, nous avons pu constater que 11 des 18 communes qui possédaient des communaux lors de la deuxième moitié du XIXème siècle les ont perdus et plusieurs ont fait l’objet d’une reconversion en cultures sur tout ou partie de leur surface lors de la deuxième moitié du XXème siècle. 4 sites ont donc été retenus en raison de leur surface, leur intérêt biologique et l’accord des municipalités. Il s’agit des communes de Secondigné-sur-Belle (« Chaumes de Montchevrier »), Séligné (« Communal des Bouasses »), Mairé L’Evescault (« Les Grands Bois ») et Hanc-Bouin (Vaines pâtures de Hanc, Bouin et Villemanan). Ceci représente un total de près de 400 hectares dont plus de la moitié sont encore en prairies.

En 2007, un travail important de diagnostic biologique (faune, flore, habitat) et culturel (enquête ethnographique effectuée auprès d’une vingtaine de personnes par l’association CERDO), de communication et de sensibilisation sera effectué sur ces sites, dans le même esprit que sur le Communal de Fors. Il devrait être poursuivi en 2008 sur ces sites par la mise en place de mesures de gestion et de sensibilisation pour une gestion « durable » des 4 sites retenus, une enquête sur les prairies et autres milieux pâturés communaux sur le reste des Deux- Sèvres, une journée de restitution de l’ensemble des résultats obtenus et la création de moyens de sensibilisation et de communication (exposition sur les communaux des Deux-Sèvres, fiches techniques de gestion, presse, animations...).

Ce projet devrait être soutenu par le Pays Mellois, le Conseil Général des Deux-Sèvres, le Conseil Régional Poitou-Charentes, l’Agence de l’eau Adour- Garonne et la Fondation de France.

Nicolas


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