Pour que vivent les civelles
jeudi 22 mai 2008,
par dsne
Pour
que vivent les civelles
Depuis
plus de 25 ans (voir bulletins de notre association de mars 1980,
mars 1981, mai 1988) Deux-Sèvres Nature Environnement se
préoccupe de la « surpêche » des alevins
d’anguilles appelés civelles ou pibales dans l’estuaire
de la Sèvre Niortaise et de la raréfaction des
anguilles dans le Marais Poitevin.
Dans
son dossier « civelles » (bull. n°9 mars 1980) M.
Berny-Tarente pense que « la pêche traditionnelle,
prélèvement sélectif et modéré,
dégénère en pillage incontrôlé ».
L’activité
est lucrative car la demande est forte de la part des espagnols et
surtout des japonais. Dès 1936 (journaux de l’époque)
des maraîchins clairvoyants se demandaient si la pêche à
l’échelon industriel n’allait pas entraîner
une diminution du nombre des anguilles dans tout le bassin de la
Sèvre Niortaise.
Depuis
les années 1980 les populations d’anguilles ont chuté
de 75% et le seuil de sauvegarde de l’espèce n’est
plus assuré.
Si
des décisions ne sont pas prises immédiatement
l’anguille européenne (Anguilla anguilla) seul poisson
pêché à tous les stades de sa vie, est condamnée,
victime du pillage de ses alevins.
Biologie
Le
cycle biologique de l’anguille a été décrit
par l’ichtyologue danois J. Schmidt (1877-1933). Il a découvert
le lieu de ponte des anguilles européennes dans la mer des
Sargasses, au large des îles Bermudes, au nord-est de
l’archipel des Antilles. L’anguille, poisson d’eau
douce, ne peut se reproduire que dans la mer, ce qui entraîne
une double migration :
-
descente vers la mer : quand les anguilles deviennent sexuées
vers l’âge de 8 à 14 ans pour les mâles, de
10 à 18 ans pour les femelles, leur ventre devient argenté.
Ce
sont les anguilles d’avalaison qui descendent le cours des
rivières et partent vers l’Océan Atlantique à
partir de l’automne. Elles sont de grande taille (30 à
50 cm pour les mâles, 40 cm à 1 m pour les femelles).
Elles « disparaissent » quand elles arrivent à la
mer.
-
montée vers l’eau douce : les anguilles n’ont
qu’une seule aire de ponte dans la partie centrale de la mer
des Sargasses. Les oeufs éclosent à une profondeur de 1
000 m, de mars à juillet, se transforment en larves
transparentes qui remontent à la surface, les leptocéphales.
Celles-ci sont passivement entraînées par les courants
de surface et atteignent les estuaires des rivières d’Europe
en deux ans et demi. À la suite d’une série de
transformations ou « métamorphoses » elles
deviennent des civelles ou pibales (de 7 à 9 cm de long),
elles remontent le cours des rivières de l’automne au
printemps, se pigmentent, se regroupent par millions pour former un
cordon de plusieurs kilomètres de long qui progresse à
contre-courant, la nuit. Elles deviennent des anguillettes, puis des
anguilles jaunes pendant leur croissance (5 à 6 ans pour les
mâles, 10 ans pour les femelles) avant de devenir argentées
et de répondre à l’appel du large.
Des
mesures de protection L’anguille est considérée
comme une espèce menacée dont la phase de déclin
inquiète les scientifiques et les pêcheurs. Bien qu’elle
soit un excellent indicateur de la richesse du milieu et de la
qualité de l’eau elle n’est pas citée comme
espèce prioritaire dans le document d’objectifs Natura
2000 du Marais Poitevin, car non inscrite à l’Annexe II
de la Directive « Habitats Faune Flore » (espèce
d’intérêt communautaire, justifiant la désignation
de Zones Spéciales de Conservation : Natura 2000).
Elle
est citée comme une espèce patrimoniale( 1) colonisant
tout le réseau hydraulique et comme ressource alimentaire de
la Loutre d’Europe. À ce titre, l’analyse de son
déclin est semblable à celui des autres espèces
de poissons du Marais Poitevin, c’est-à-dire :
-
difficulté de franchir les ouvrages hydrauliques donc
d’atteindre les zones favorables à la reproduction ou à
la croissance des espèces ;
-
détérioration du réseau hydraulique ;
-
problème d’assec annuel sur certains cours d’eau ;
-
détérioration de la qualité de l’eau et de
l’habitat ;
-
pathologies apportées, parasites ;
-
méconnaissance de la pression de la pêche (pour
l’anguille, manque de moyens efficaces pour lutter contre le
braconnage des civelles).
Dans
ce document d’objectifs, la protection de l’ichtyofaune,
c’est-à-dire les poissons, a pour objectif «
d’intégrer la démarche Natura 2000 à la
problématique « faune piscicole » sur le Marais,
afin d’accroître les possibilités de circulation
et de migration des espèces à l’échelle
des bassins versants de la Sèvre niortaise, du Lay et de
l’Autize au moyen de passes à poissons. »
Actuellement
seule l’anguille est prise en compte pour l’installation
des passes à poissons. Interdiction de la pêche de
loisir de la civelle sur le bassin de la Loire, les côtiers
vendéens et la Sèvre niortaise :
C’est
un arrêté préfectoral du 6 novembre 2006 qui
pérennise l’interdiction de la pêche à la
civelle par les amateurs sur l’ensemble du territoire concerné
et harmonise les dates d’ouverture et de fermeture de cette
pêche par les professionnels (du 1er décembre au 15
avril).
C’est
le Comité de gestion des poissons migrateurs du bassin de la
Loire, des côtiers vendéens et de la Sèvre
niortaise (COGEPOMI) qui a proposé cet arrêté.
Présidé par le Préfet de la Région Pays
de la loire, ce Comité est compétent pour les cours
d’eau compris dans le bassin Loire Bretagne.
Les
mesures prises se sont révélées efficaces. Elles
permettent de maintenir la population d’anguilleset de lutter
contre le braconnage. Une interdiction de la pêche de la
civelle est demandée pour cinq ans en France :
C’est
l’Association française des établissements
publics de bassins qui vient de décider à l’unanimité
de demander un moratoire européen de 5 ans sur la pêche
à la pibale (Sud-Ouest du 16 avril 2007).
Après
des années de braconnage, d’anarchie, de pillage de
notre patrimoine halieutique, il est temps de prendre des mesures de
protection efficaces pour que les civelles (ou pibales) colonisent
nos rivières et deviennent de jeunes anguilles qui grandiront
avant de s’échapper vers l’Océan.
Simone
Marseau