Pollution lumineuse nocturne
jeudi 16 mars 2006,
par dsne
Pollution lumineuse nocturne
C'est le titre d'un long article de Robert Lévesque
dans le n° 29 - 1 de notre bulletin de juin 2000.
Il rappelle que la « pollution lumineuse » est le
résultat de la diffusion de la lumière par les molécules
d'air, la vapeur d'eau et les poussières en suspension
dans l'atmosphère et qu'elle produit un halo blanchâtre orangé qui inonde le ciel au-dessus de nos villes.
Elle est due à la mauvaise qualité de l'éclairage
extérieur et à la pollution atmosphérique qui diffuse la
lumière.
Malgré la charte adoptée par l'UNESCO en 1993
reconnaissant le ciel nocturne « patrimoine universel
de l'humanité » pour les générations futures, l'homme
risque bientôt de ne plus avoir conscience de la nuit.
Tous les êtres vivants sont soumis à l'alternance
jour/nuit, c'est le cycle circadien, succession chaque
jour de la lumière et de l'obscurité.
Le jour, les végétaux chlorophylliens captent l'énergie de la lumière solaire et par un processus biochimique, ils fabriquent de la matière organique qui sera à la
base de toutes les chaînes alimentaires. Ce phénomène
est la photosynthèse qui se manifeste extérieurement
par l'absorption du gaz carbonique de l'air et le rejet
d'oxygène. Cet enrichissement de l'atmosphère en
oxygène a fait dire que les forêts sont les « poumons
de la Terre » (un hectare de futaie libère 12 à 20 tonnes d'oxygène par jour). On sait depuis que les vrais
poumons sont les océans (les algues unicellulaires, par
exemple, produisent 20% de l'oxygène de la planète).
Cet oxygène est utilisé par les animaux pour la respiration qui est un besoin vital permettant aux cellules
des êtres vivants de remplir différentes fonctions de
leur métabolisme, dont la croissance.
Les végétaux ont également besoin d'oxygène pour
vivre. Mais ce phénomène est masqué le jour par
la photosynthèse. La nuit, en l'absence de lumière
solaire, la fonction respiratoire domine. La nuit joue
alors un rôle réparateur indispensable.
Les animaux ont aussi un rythme d'activité qui suit
l'alternance jour/nuit, qu'ils soient diurnes ou nocturnes.
L'influence néfaste de la pollution lumineuse
nocturne sur les animaux a été observée par Robert Lévesque dans l'environnement de sa maison construite
dans la banlieue de Niort au bord d'un coteau boisé
dans la vallée du Lambon.
Naturaliste averti, spécialiste de l'étude des papillons, il a pu observer pendant vingt ans, avant
l'installation de l'éclairage public dans son quartier, un
grand nombre d'espèces d'insectes.
Les premières lampes mises en place étaient des ballons de 250 Watts à vapeur de mercure. En deux ans,
la quantité d'insectes retenus par les pièges ou sur les
murs blancs « était diminuée par trois ». Au bout de dix
ans, plus de la moitié des espèces avait disparu. Mais
d'autres insectes, parasites des cultures des jardins,
avaient augmenté leurs effectifs. Dans le même temps,
on observait à l'Île de Ré, d'importantes colonies de
Processionnaires du Pin autour des localités éclairées
par des ballons fluorescents. L'influence de l'éclairage
public n'est pas la même pour tous. Mais quand il est
absent, comme c'est le cas en amont de la vallée du
Lambon, la partie non éclairée devient une réserve
pour la faune.
Au bout de dix ans, les ballons à mercure ont été
remplacés par des ballons à vapeur de sodium (lumière orangée). Robert Lévesque vit alors réapparaître des
espèces qu'il ne retrouvait plus. Cet éclairage moins
polluant pour la vie animale justifiait son combat pour
modifier l'éclairage public dans la ville de Niort.
Simone Marseau.
L'importance de l'éclairage public dans les villes
pour la faune et pour les citoyens a été traitée dans le
numéro 228 d'octobre 2005 du bulletin de Charente
Nature, dans un important dossier intitulé « Sauvons la nuit ».
Avec l'autorisation de la rédaction de Charente
Nature et de son auteur Serge Roy, nous reproduisons
un résumé de l'article sur l'installation et le rôle de
l'éclairage public.
D'après l'article de Serge Roy
Éclairer... ou ne pas éclairer
La décision d'éclairer une zone demande une réflexion de la part de la collectivité.
Qui décide ?
- Pour les routes nationales, hors agglomérations,
c'est une décision nationale.
- Pour les routes départementales et les ronds-
points, hors agglomérations, c'est une décision du
Conseil Général.
- Pour les agglomérations, la décision revient aux
élus locaux. Le code général des collectivités locales
fait obligation aux maires d'assurer la commodité et la
sûreté du passage dans les rues, quais, places et voies
publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, la signalisation...
Éclairer est-il nécessaire ?
La première raison invoquée est la sécurité : « Plus
d'éclairage entraîne moins d'accidents ».
Des observations et des résultats statistiques sur
plusieurs années semblent démontrer le contraire.
Au Royaume-Uni, les conséquences de l'éclairage
des ronds-points sur la fréquence des accidents ont été
évalués sur plusieurs années. L'ensemble des résultats
révèle qu'il n'y a pas de différence significative constatée entre le jour et la nuit du taux d'accidents corporels par million de véhicules au niveau des ronds-
points, qu'ils soient éclairés ou non.
En Belgique, une étude similaire a été faite sur
l'éclairage des autoroutes par le Ministère de l'Equipe
ment et des Transports. Le rapport révèle que l'éclairage le long des autoroutes n'apporte pas plus en
matière de sécurité routière. S'il accroît la visibilité du
conducteur, celui-ci se sentant en sécurité roule plus
vite. De plus, les poteaux d'éclairage représentent des
obstacles dangereux.
On observe aussi une dégradation de l'efficacité
visuelle, due à l'éblouissement des lampes (fatigue de
l'oeil, contraction de la pupille), une visibilité réduite
(écrasement des reliefs, allongement des ombres, déformation des silhouettes perçues).
Par ailleurs, l'éclairage des rues ne protège pas des
cambriolages (statistiques de la police et de la gendarmerie). Et puis, nous savons que les arbres ont besoin
de l'obscurité pour leur métabolisme.
Les choix technologiques
L'éclairage coûte cher aux collectivités. Des économies sont possibles dans le choix des sources
d'énergie (éolienne, photo-voltaïque), de la forme des
lampadaires, des lampes utilisées.
Les lampes à vapeur de sodium (lumière orangée),
à basse ou haute pression, remplacent les lampes à
vapeur de mercure (lumière blanche), car elles ont
un meilleur rendement lumineux. Elles sont moins
polluantes pour l'observation astronomique. Et pour
réaliser plus d'économies, il faut éviter d'éclairer le
ciel et diffuser la lumière vers le sol (voir schémas).
Ces choix auront pour conséquences :
-La diminution de la pollution lumineuse
- L'économie d'énergie pour les collectivités.
Article résumé par Simone Marseau.
Différents critères pour
un bon éclairage.
Extrait du dossier «Protégeons
la beauté du ciel nocturne»
de P. Démoulin.
Deux-Sèvres Nature Environnement 34 - 2 Décembre 2005
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