Plaidoyer pour les plantes messicoles
mardi 17 juillet 2007,
par dsne
Galerie photo des plantes messicoles
Plaidoyer
pour les plantes messicoles
Les
plantes compagnes des cultures sont souvent méconnues, parfois
même dénigrées.
Elles
font pourtant partie de notre patrimoine, aussi bien naturel que
culturel. Élément essentiel à l’intérêt
écologique et esthétique de nos campagnes, ce
patrimoine souffre néanmoins d’une érosion
préoccupante. Les mesures en faveur de la biodiversité
se limitent trop souvent à quelques sanctuaires. Il serait
judicieux de les appliquer à de plus vastes espaces, comme le
sont les terres arables, occupant actuellement le tiers du territoire
métropolitain français.
Vous
avez dit « messicoles » ?
Étymologiquement,
les plantes messicoles habitent les moissons (messis signifie
moisson, et colere, habiter).
Ainsi,
au sens strict, ces plantes occupent les champs de céréales
d’hiver (blé, orge, avoine, seigle). Cependant, on
généralise souvent le terme « messicole »
aux espèces inféodées aux terrains cultivés,
supportant également plantes sarclées, vignes,
jachères...
Une
espèce messicole ne peut se maintenir dans les milieux
naturels et de ce fait, les plantes se trouvant indifféremment
dans les terrains cultivés ou dans les milieux plus stables
(friches, prairies...) ne sont pas considérées comme
telles.
Des
compagnes de longue date
Les
premières plantes messicoles sont arrivées au
Néolithique avec les céréales, avec qui elles
partagent la même origine : le Proche et Moyen Orient. Là-bas,
elles occupent les sols pauvres, rocailleux et instables. Ces espèces
ont depuis évolué sous nos contrées avec l’Homme
et ont vraisemblablement divergé des types sauvages.
Une
biologie et une écologie particulières...
Sous
l’influence des pratiques culturales, les espèces dont
la présence s’est pérennisée ont un cycle
biologique proche de celui des céréales.
Ces
espèces sont le plus souvent des thérophytes, ou
plantes annuelles, dont la graine constitue l’organe de
persistance. Ainsi, elles se trouvent adaptées aux milieux
remaniés, comme le sont les sols régulièrement
retournés des parcelles agricoles, à tel point que leur
développement est tributaire de cette activité
anthropique. En effet, elles ne peuvent s’établir sur
des sols occupés par une végétation dense. Pour
ces mêmes raisons, on observe parfois ces plantes sur les
accotements récents des routes. La période principale
de germination s’étale de l’automne, au moment des
semis des céréales, jusqu’au printemps. Pour
permettre la survie de leur espèce, ces plantes dépensent
une énergie considérable pour se plier au même
impératif : fructifier avant les moissons. Notons qu’à
l’instar des céréales, une vernalisation
(stimulation par une période de froid) apparaît
indispensable à la floraison de certaines espèces,
comme celles du genre Adonis. Le cortège en messicoles
dépend ainsi fortement du type culture, du fait des pratiques
qui lui sont associées, ainsi que des propriétés
physico-chimiques du sol (texture, pH...).
Un
constat inquiétant
En
1999, une enquête nationale, portant sur 101 taxons messicoles,
révéla une situation précaire pour 57 d’entre
eux (disparus de plus de la moitié des départements où
ils étaient présents avant 1970), qu’un tiers
(30) était « à surveiller », et que
seulement une dizaine était encore abondante. La région
Poitou-Charentes et le département des Deux-Sèvres
n’échappent pas à ce désastre. Elle ferait
même partie des régions ayant perdu le plus d’espèces
au cours de ces dernières années...
Les
racines du mal
Les
plantes messicoles appartiennent à un plus large ensemble
d’espèces que les agronomes qualifient d’adventices,
végétaux qui se développent accidentellement
dans les cultures, plus communément appelées «
mauvaises herbes ». Ainsi, considérées comme
indésirables, elles subissent les assauts d’un arsenal
chimique imparable. Il est indéniable que le développement
excessif de certaines espèces peut se révéler
problématique dans une culture, mais l’abondance tolérée
d’une espèce, au-dessus de laquelle une réponse
est déclenchée, est généralement bien
en-deçà du seuil réel de nuisibilité.
Les
causes de régression identifiées sont presque toutes
liées à l’intensification des pratiques
agricoles. Elles concourent à l’élimination des
plantes messicoles d’une façon directe (tri des
semences, traitements herbicides...) ou indirecte, par des
modifications du milieu dans le but de le rendre plus fertile. Ces
dernières tendent à homogénéiser les
propriétés des sols et banalisent ainsi la flore
adventice qui s’y développe. Parmi elles, on peut citer
le drainage, la fertilisation (minérale ou organique), ainsi
que divers autres amendements. La simplification des rotations, ainsi
que la disparition des jachères spontanées, au profit
de jachères semées et entretenues par broyage,
constitue également un changement des plus défavorables
aux plantes messicoles.
Pourtant,
la flore adventice participe à la complexification des
agro-écosystèmes, les rendant plus stables face à
une perturbation. En effet, la prolifération d’un
parasite peut naturellement se réguler par le biais de réseaux
trophiques existant sur une parcelle. Depuis trop longtemps,
l’agriculture s’est obstinée à ne maintenir
qu’une seule « variété » de plante
par champ, alors que c’est dans la diversité qu’elle
trouvera son salut. Des programmes de recherche, actuellement en
cours, portent sur les interactions positives entre plantes cultivées
et sauvages. Espérons que l’agriculture puisse en
profiter avant leur disparition…
Un
programme de sauvegarde existe !
Poitou-Charentes
Nature et ses associations affiliées (Deux- Sèvres
Nature Environnement, Charente Nature, Vienne Nature, Nature
Environnement 17…) participent au plan d’action en
faveur des plantes compagnes des cultures, déclinaison
régionale du plan national instauré en 2000 par le
Ministère de l’écologie.
Les
objectifs de ce programme sont multiples et complémentaires.
D’une part, il vise à mieux connaître la
distribution de ces plantes, se développant au niveau de
vastes étendues, généralement sous-prospectées
par les botanistes. D’autre part, il a également pour
but de mettre en place des programmes de conservation, grâce au
concours du monde agricole, des collectivités, des organismes
scientifiques (CNRS, INRA), des conservatoires... Par ailleurs, la
sensibilisation, l’éducation et la formation autour de
ce thème occupent une place essentielle de ce programme.
L’heure est encore aux
prospections, se faisant sur la base d’une liste de
référence de 116 espèces messicoles,
potentiellement présentes en Poitou-Charentes. Certaines
d’entre elles sont dites « prioritaires », d’autres
méconnues, voire supposées éteintes (même
si l’espoir de les revoir persiste encore chez certains !).
Des
résultats déjà intéressants...
Depuis
le début du programme d’inventaire, qui débuta en
2006, une quarantaine d’espèces de la liste de référence
a été observée sur le département des
Deux-Sèvres. Parmi elles, la distribution des espèces
les plus reconnaissables, comme le Bleuet (Centaurea cyanus),
la Goutte de sang (Adonis annua) ou le Miroir de Vénus
(Legousia speculumveneris) s’est sensiblement améliorée,
grâce à l’effort des bénévoles, que
nous saluons une fois de plus.
Des
espèces rares, non revues depuis plusieurs dizaines d’années,
furent également retrouvées, comme le Myagre perfolié
(Myagrum perfoliatum) ou le Buplèvre à feuilles
ovales (Bupleurum subovatum).
Les
recherches se poursuivent !
La
recherche de plantes des champs à l’échelle d’un
département nécessite un effort considérable.
Aussi, nous vous invitons à participer à l’effort
de prospection, quel que soit votre niveau en botanique !
Cette
recherche peut largement se limiter aux bordures, voir aux «
coins » de champs, secteurs potentiellement les plus riches,
puisqu’ils échappent en partie aux traitements.
Une
station de Bleuets représente une donnée toujours
intéressante. De même, la localisation d’une
parcelle potentiellement riche (une culture ratée, une
jachère...) pourrait nous permettre de nous y rendre et d’en
dresser un inventaire botanique. Les jachères fleuries, semées
de variétés horticoles, sont évidemment
proscrites... attention aux imposteurs !
Romain
Bissot,
Chargé
d’études botaniques à DSNE.
Bibliographie
sommaire :
JAUZEIN
P., 2001. Biodiversité des champs cultivés :
l’enrichissement floristique. Agriculture et biodiversité
des plantes. Dossier de l’environnement de l’INRA, n°21,
43-64.
JAUZEIN
P., 2001. L’appauvrissement floristique des champs cultivés.
Agriculture et biodiversité des plantes. Dossier de
l’environnement de l’INRA, n°21, 65-78.
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