Mobilisation contre les plantes invasives en France


jeudi 29 mars 2007, par dsne

SOMMAIRE

Mobilisation contre les plantes invasives en France

Dans le bulletin n°29 fasc. 2 de décembre 2000 nous avions évoqué l’introduction en France de plantes et d’animaux étrangers dans différents écosystèmes et l’accélération du phénomène due à la multiplication des échanges entre les pays. Nous nous posions alors la question de savoir si l’invasion biologique d’espèces exogènes dans un milieu naturel était un facteur d’accroissement de la biodiversité ou une menace pour la protection de la nature. De nombreuses études démontrent que la présence d’espèces invasives dans les différents milieux entraîne une perte de la diversité biologique et peut avoir des conséquences économiques et sanitaires aussi graves que des conséquences écologiques. Ce phénomène est considéré au niveau international comme la deuxième cause d’appauvrissement de la biodiversité immédiatement après la destruction des habitats.

Au début des années 1980 un programme international de recherche relatif à l’écologie des invasions biologiques a été lancé sous l’égide du SCOPE (Scientific Committee on Problems of the Environment). À la conférence de Rio, en 1992, la Communauté scientifique s’était inquiétée de l’accélération du processus d’extinction des espèces menacées par l’action de l’homme et l’introduction d’espèces envahissantes sur certains territoires. Depuis 20 ans de nombreuses publications scientifiques, des colloques (en particulier sur les plantes introduites volontairement), des revues de vulgarisation, des articles de journaux ont permis de développer une prise de conscience des pouvoirs publics et de l’opinion face aux dangers et aux conséquences négatives de la présence de plantes « venues d’ailleurs ». Devant l’ampleur de ce phénomène le Ministère de l’Écologie et du Développement Durable a engagé « une réflexion globale sur les invasions biologiques destinée à élaborer, mettre en oeuvre et évaluer des politiques publiques curatives mais surtout préventives ». Ce travail est coordonné par le Professeur Serge MULLER de l’Université de Metz. Une première synthèse de l’état des lieux et des connaissances sur les espèces de plantes dites « invasives » sur le territoire métropolitain français a été publiée par le Museum National d’Histoire Naturelle sous la référence : MULLER S. (coord.) 2004 Plantes invasives en France, Museum National d’Histoire Naturelle, Paris, 168 p. (Patrimoines naturels, 62)*.

Cet ouvrage publie les résultats des données recueillies auprès de spécialistes. Pour chaque plante étudiée, le même plan est suivi (caractères, origine...) accompagné de la cartographie départementale de distribution de l’espèce. Ces espèces, qui ont été importées volontairement ou par hasard sous l’influence de l’homme, peuvent être définies comme :

- espèces introduites : celles qui apparaissent de manière au moins fugace à l’état sauvage.

- espèces naturalisées : celles qui s’étendent naturellement. Pour l’Europe elles sont soit européennes (espèces indigènes sur une partie de l’Europe), soit exotiques (espèces originaires d’un autre continent).

Des critères quantitatifs ont été établis (Richardson et al., 2000) relatifs à la vitesse annuelle d’expansion pour définir une plante invasive. Le concept nouveau de transformateur a été introduit pour les espèces invasives qui changent le caractère, la forme ou la nature des écosystèmes sur une partie significative de son aire de répartition. Ces espèces ont des impacts écologiques importants sur les écosystèmes qu’elles colonisent.

Trois plantes invasives de notre département

L’Ambroisie à feuilles d’armoise

(Ambrosia artemisiifolia, L.)

C’est une composée à floraison estivale dont les nombreuses petites fleurs mâles vert pâle forment un épi terminal, les fleurs femelles sont localisées à l’aisselle des feuilles supérieures. C’est une espèce annuelle qui germe dès le mois d’avril, qui se développe en juin juillet. Elle fleurit début août jusqu’à la fin septembre. Les fruits à maturité en octobre novembre produisent de nombreux akènes. Originaire d’Amérique du Nord, elle a été mentionnée pour la première fois en France en 1865 dans la vallée de la Loire. Elle a rapidement colonisé l’ensemble de cette vallée et ses affluents ainsi que celle du Rhône. Depuis plusieurs années elle est présente en Poitou Charentes. Sa présence a été signalée dans des territoires différents par des associations de protection de la nature, la SBCO et des observateurs isolés. Michel CAILLON, dans un article publié par Poitou- Charentes Nature, a fait le point sur l’extension de l’Ambroisie dans notre Région pour l’année 2006. Il a d’abord pris en compte les indications transmises par les capteurs de pollens d’ATMO Poitou Charentes depuis 1998, puis les enquêtes nationales de l’Agence Française de Protection des Végétaux et les publications du Centre Technique Interprofessionnel des Oléagineux Métropolitains. Il a fait lui même des investigations sur le terrain et lancé à partir de juin 2006 une enquête, en partenariat avec la SBCO, sur la répartition de l’espèce, son abondance et sa fréquence de réapparition pluriannuelle.

Les résultats de cette enquête, malgré une faible participation, confirment l’installation de l’Ambroisie dans le Sud des Deux-Sèvres (17 communes ont été répertoriées dans un rayon de 20 km autour de Chef-Boutonne). Ils confirment également les nuisances créées par son invasion :

- l’Ambroisie colonise principalement les cultures de tournesol dont le rendement peut baisser jusqu’à 75%.

- les parcelles mises en jachère après une culture de tournesol contaminée deviennent de véritables « prairies à Ambroisies », car les semences enfouies dans le sol ont une grande longévité.

- les moissonneuses batteuses constituent des vecteurs de dispersion des graines d’Ambroisie.

- des parcelles de colza, de blé d’hiver, de maïs et de millet peuvent être aussi contaminées.

- les grains de pollen produits en grande quantité et de très petite taille (20 à 25 µm), disséminés par le vent, ont un grand pouvoir allergisant. Des conjonctivites ont été observées chez des conducteurs de moissonneuses.

Des dispositions peuvent être envisagées pour contrôler, stopper sa propagation, peut-être l’éradiquer car l’Ambroisie devient un polluant biologique nuisible à la santé de l’homme, aux cultures (production de tournesol et de colza), à la reconstitution des mileux naturels :

- connaître avec précision les zones contaminées (enquêtes régulières, informations dans les zones contaminées auprès de publics concernés)

- renouveler les pratiques agricoles : abandon des jachères, éliminer l’Ambroisie par l’arrachage, la fauche avant la floraison, le broyage, un traitement herbicide efficace et sélectif (sauf pour le tournesol qui appartient à la même famille que l’Ambroisie).

Il faut empêcher l’extension de l’Ambroisie car elle peut compromettre dans notre Région la production du tournesol qui est la principale source d’oléagineux et de biocarburant.

Simone Marseau

le Séneçon du Cap

Senecio inaequidens, D.C.

Cette plante qui nous vient d’Afrique du Sud s’est progressivement installée en Europe au siècle dernier et en France à partir de 1935 d’abord dans la région de Calais puis dans le Tarn. Depuis une trentaine d’années, la progression de l’espèce est spectaculaire, favorisée, semblerait-il, par les voies de communication et par la modification anthropique des milieux. Son aire de répartition s’étend désormais à la quasi totalité du territoire français avec des records d’abondance dans le nord et dans la région méditerranéenne où elle est devenue très problématique. Dans l’ouest, Senecio inaequidens est présent en quelques points dans la vallée de la Loire, aux sables d’Olonne et à la Tranche-sur-mer (« Atlas Floristique de la Loire-Atlantique et de la Vendée », Pierre Dupont, SILOE, 06/2001) et surtout dans les départements Bretons et dans la Vienne où l’espèce semble être déjà bien implantée. En revanche, il n’est pas mentionné dans les départements du Maine-et-Loire, de la Charente et des Deux-Sèvres (« Plantes invasives en France », Patrimoines Naturels n°62, Serge Muller, Publications scientifiques du Museum, 30/12/2004). Cela ne signifie pas pour autant qu’il soit encore absent de ces départements comme en témoigne la constatation, cet été, d’une station de plus d’une centaine de pieds à l’entrée d’une carrière en exploitation située sur la commune de Saint-Marc-La- Lande (Gâtine), ce qui pourrait être la première illustration du tempérament envahisseur de ce Séneçon dans les Deux-Sèvres armoricaines (aucune mention dans l’ouvrage « Flore et végétation du Massif Armoricain », H. des Abbayes, Tome 1 ; Flore vasculaire, Presse Universitaire de Bretagne, 1971) et peut-être même dans le département. Or, cette station se trouve sur la vallée de l’Autize (site Natura 2000), ce qui soulève une série de questions complémentaires : quelles seraient les incidences provenant d’une expansion éventuelle de cette plante, toxique pour le bétail, dans les prairies permanentes destinées au pâturage et à la fauche ? le cas échéant, comment intervenir sur les milieux colonisés compte tenu de la sensibilité environnementale du secteur ?

Un suivi tout particulier pourrait être entrepris localement pour mesurer l’évolution de la station, pour évaluer les nuisances occasionnées et pour proposer, si nécessaire, un plan d’action.

Olivier Collober

Ce Séneçon se reconnaît à ses feuilles étroites et épaisses, à dents courtes et régulières, à son port en boule et à ses nombreux capitules de couleur jaune citron. C’est une espèce pérenne dont la durée de vie est courte (5 à 10 ans) mais qui est très prolifique. Un plant présente 80 à 100 capitules qui fleurissent entre mai et décembre et produisent plus de 10 000 graines qui ont une durée de vie de deux ans et sont disséminées par le vent, l’eau, les animaux, les véhicules.

La germination rapide et massive de l’espèce s’échelonne du printemps à l’automne.

Le Séneçon du Cap n’a pas été signalé comme plante invasive dans le département des Deux-Sèvres par M. MULLER. Depuis 2004, cette plante d’origine méditerranéenne, a continué sa colonisation en s’adaptant à tous les sols, secs ou humides, calcaires ou acides, et à des milieux très divers comme les talus de routes, les bords de voies ferrées, les jachères, les pâturage, les cultures. Elle diminue la valeur pastorale des prairies car elle est toxique pour le bétail qui ne la mange pas. C’est une « mauvaise herbe » dans les vignobles méditerranéens, « véritable peste » dans le Sud de la France, dixit P. Dupont dans son Atlas Floristique de la Loire-Atlantique et de la Vendée. L’arrachage des pieds de Séneçon avant la fructification, le labour des vignobles, le désherbage par des produits phytosanitaires peu toxiques, la surveillance des espaces nus dans les prairies surpâturées sont des méthodes de contrôle voire d’éradication de cette plante qui se révèle très invasive. Une lutte biologique pourrait être envisagée depuis la découverte récente d’une rouille spécifique sur le Séneçon du Cap dans les Pyrénées Orientales.

Le Myriophylle du Brésil

Myriophyllum aquaticum, (Vell.) Verd.

C’est une plante amphibie, fixée, formant des herbiers immergés ou émergés dont les tiges noueuses peuvent atteindre 3 à 4 m de longueur. Les feuilles sont vert clair et forment des lanières fines verticillées par 4 ou 6. Dès qu’elle est partiellement émergée cette espèce peut se distinguer des myriophylles indigènes. Originaire d’Amérique du Sud cette espèce a été introduite sur tous les continents. En France elle semble pour l’instant limitée à la façade atlantique après avoir été introduite près de Bordeaux pour des raisons ornementales. Elle a été observée dans plusieurs sites du Marais Poitevin et sur le Dolo à Bressuire, dans des milieux humides, inondables, de préférence peu profonds, à faible courant et bien éclairés.

Sa reproduction est uniquement végétative par l’allongement et la fragmentation des tiges. C’est un mode de propagation très efficace. Les fragments de tiges peuvent subsister plusieurs jours avant de donner un autre pied. Elle colonise ainsi rapidement des réseaux de fossés, des bordures de plans d’eau, des milieux stagnants ou à faible courant. Par son invasion dans certaines zones humides le Myriophylle du Brésil crée diverses nuisances :

- réduction de la biodiversité (il peut, comme en Vendée, dominer la Jussie).

- risques accrus d’inondation, réduction des capacités de drainage des réseaux de fossés

- gêne pour la navigation ou la pêche.

Pour l’éradiquer, des travaux d’arrachage mécanique ont été réalisés ainsi que le recours à des herbicides. Leur application semble donner une durée d’action plus importante pour des coûts inférieurs. Des traitements ont été effectués au glyphosate en Vendée et en Loire Atlantique. Des techniques biologiques ont été expérimentées dans d’autres pays : la carpe chinoise au Portugal, un coléoptère spécifique (du genre Lysathia) en Afrique du Sud. Comme pour les autres plantes invasives il faut recenser les zones contaminées pour pouvoir agir et limiter la profilération de ce Myriophylle.

Comment limiter les espèces invasives ?

Avoir une meilleure connaissance des espèces invasives : les premières listes d’espèces invasives ont été établies dans la région méditérranéenne. La résolution adoptée par l’ensemble des participants au colloque « plantes introduites et plantes envahissantes » en octobre 1996 au Museum d’Histoire Naturelle de Nice (voir bull. 29-2 de DSNE déc. 2000) a été le départ d’une prise de conscience par les botanistes de la nécessité de regrouper les informations. Des listes d’espèces pourraient être établies et constituer la base de travaux plus détaillés. Des programmes de recherche sont lancés et financés par le Ministère depuis l’année 2000, soit sur les conséquences de l’invasion d’une espèce (Senecio inaequidens en région méditerranéenne) ou de plusieurs plantes exotiques (invasion des écosystèmes sur l’île de La Réunion). Ces programmes permettront des avancées importantes sur les espèces concernées, mais les connaissances resteront fragmentaires. Il faut agrandir le champ d’action en sollicitant les Conservatoires, les Collectivités, les Associations, les groupements de défense contre les ennemis des cultures, l’Agence française de protection des végétaux. Ces données réunies permettraient de mieux cerner les connaissances au niveau national.

Informer et sensibiliser le public aux dangers des espèces invasives :

Il faudrait informer de façon rigoureuse les jardineries, les aquariophiles, les paysagistes, des conséquences désastreuses de l’invasion et de la dissémination de certaines espèces ornementales, et faire connaître au grand public et aux médecins certaines plantes urticantes ou allergogènes. Une proposition de liste de plantes avérées et potentielles a été publiée en 1999. Elle pourrait servir pour établir une réglementation de la commercialisation et des activités qui favorisent la dissémination des plantes invasives.

Utiliser des méthodes de contrôle (ou d’éradication) des espèces invasives par une diversité de techniques :

- mécaniques : arrachage, extraction, fauche, récolte.

- chimiques : utilisation d’herbicides ciblés employés seuls ou en complément d’une autre technique.

- écologiques : comme l’assèchement pour juguler l’invasion de la Jussie.

- lutte biologique : n’est qu’à ses débuts car elles nécessitent des moyens importants.

Ces différentes méthodes nécessitent la mise en place d’une gestion coordonnée entre les différents acteurs concernés par la lutte contre ces plantes colonisatrices.

Simone Marseau

Remerciements à Michel Caillon pour la communication de son article sur l’Ambroisie.


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