La Forêt domaniale de Chizé en Réserve Biologique Intégrale


jeudi 29 mars 2007, par dsne

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La Forêt domaniale de Chizé en Réserve Biologique Intégrale

Le classement en réserve biologique intégrale est une décision importante pour la préservation et l’étude de ce massif boisé. C’est donc l’occasion de faire un point sur les implications de ce classement, sur le site et à l’échelle française, et parler des projets d’étude sur ce site.

La Réserve biologique intégrale : un nouveau statut

Classé comme réserve nationale de chasse et de faune sauvage, le Massif de Chizé-Aulnay devait également rejoindre le réseau de sites Natura 2000 en tant que Zone Spéciale de Conservation. Proposé en 2002, ce site devrait (devait ?) atteindre 17 000 ha (dont 59 % en Deux-Sèvres). La justification biologique vient du fait qu’on y retrouve les surfaces les plus étendues et les plus représentatives au niveau régional de l’habitat « hêtraie calcicole sud-occidentale », habitat inscrit à l’annexe I de la Directive Habitats. Un remarquable cortège floristique associé à la hêtraie est présent, avec des populations importantes d’espèces rares ou en station unique au niveau régional (Belladone, Atropa belladona). Des habitats, plus ponctuels, comme des pelouses sèches semi-naturelles avec faciès d’embuissonnement sur calcaire portent des espèces remarquables comme le Damier de la succise (Euphydryas aurinia), la Laineuse du prunelier (Eriogaster catax). La présence de 5 Chiroptères d’intérêt communautaire, du Triton crêté, etc. complètent l’argumentaire. Par arrêté du 26 septembre 2006 est donc créée la réserve biologique domaniale intégrale de la Sylve d’Argenson (Forêt de Chizé) sur les départements des Deux-Sèvres et de Charente-Maritime. Elle couvre une surface de 2 579 hectares et représente donc la plus grande RBI de France. L’objectif de ce type de classement, ne concernant que les forêts d’Etat et des collectivités territoriales, est de « permettre la libre expression des processus d’évolution naturelle des écosystèmes, à des fins d’accroissement et de préservation de la diversité biologique, ainsi que d’amélioration des connaissances scientifiques » (article 2).

Le forêt sera donc laissée en évolution libre (déjà 190 ha expérimentés depuis 1993) avec l’arrêt de toute exploitation forestière, hormis la sécurisation des axes de circulation et l’élimination des espèces exotiques. Un accompagnement des générations actuelles sera mené pour que le Hêtre représente moins de 50% des arbres. La circulation des véhicules sera fermée sur la plus grande partie de la RBI (actuellement 76 km de routes). Un abaissement des populations de Chevreuil par de très fortes pressions de capture sur les trois prochaines années et un contrôle sévère des populations de Sanglier seront organisés, ce dernier étant depuis 2003 fortement contaminé par le « cochonglier ». Enfin, une mise en commun de toutes les bases de données naturalistes et expérimentales se rapportant à la RBI est prévue. DSNE suivra cette procédure en siégeant au Comité Consultatif au nom de Poitou-Charentes Nature.

Nicolas

(Source : arrêté préfectoral du 26/09/06)

Quelle place pour les RBI en France ?

Avec seulement 5 200 ha de forêts métropolitaines intégralement protégées, la France occupait en 2002 l’une des dernières places d’Europe (d’après le WWF). Dans le cadre du contrat de plan passé avec l’Etat, l’ONF s’est engagé à mettre en place des réserves biologiques intégrales (RBI) dont trois de « grande » taille : les sites de Chizé (2579 ha) et du Vercors (2183 ha) ont finalement été désignés, le troisième projet n’étant toujours pas officialisé (massif des Maures ?).

Cet effort « surfacique » ne doit pas occulter les graves menaces qui pèsent aujourd’hui sur les dernières parcelles domaniales encore âgées et naturelles. Pour mobiliser des ressources nouvelles, le futur contrat de plan Etat-ONF prévoit explicitement la coupe des peuplements « vieillissants ou peu accessibles ». Claude ROY, coordonnateur interministériel pour la valorisation de la biomasse, préconise de récolter le bois des forêts « trop âgées » ou « inexploitables ». Dans le cadre d’une gestion durable, FNE souhaite au contraire que les derniers peuplements sub-naturels de France soit listés et intégralement protégés. La définition des réserves forestières françaises devrait aussi être rapprochée des standards de l’UICN (coupes exclues dans les parcs nationaux et les réserves naturelles).

France Nature Environnement

(extraits de la Lettre du Hérisson, juillet 2006)

Une étude sur les Lépidoptères de la Forêt de Chizé

Cet inventaire sur les Lépidoptères, diurnes et nocturnes, en Forêt de Chizé a pour objectifs de faire l’inventaire des espèces dans la Forêt Domaniale qui reste en exploitation ainsi que dans la Réserve Biologique Intégrale de la Sylve d’Argenson pour ensuite pouvoir comparer et essayer d’analyser les résultats.

Les objectifs généraux de l’étude sont donc d’étudier l’évolution naturelle du hêtre en limite de son aire naturelle (hêtraie de plaine parmi les plus méridionales d’Europe), répondre aux interrogations quant au dépérissement du hêtre et son avenir en évolution naturelle et en tirer des enseignements pour la sylviculture à venir du hêtre à Chizé et dans un plus large contexte biogéographique. Le dernier aménagement de Chizé (en cours) indiquait encore très clairement qu’il fallait « faire une place prépondérante au hêtre »… Cela permettrait également d’étudier, plus largement, l’évolution spontanée des écosystèmes forestiers et leur renaturation après arrêt d’exploitation, sur un site d’une dimension inédite et bénéficiant de possibilités de comparaison avec la moitié du massif de Chizé qui continuera d’être exploitée. Faire de Chizé un site pilote et un pôle d’expertise sur les problématiques essentielles serait aussi un objectif affiché de gestion des équilibres sylvo-cynégétiques en RBI, de la définition des équilibres naturels de référence aux modalités pratiques de la régulation. Enfin, cela permettrait de profiter de cette dynamique pour réaliser sur le site de Chizé tous types d’études spécialisées (par delà les états initiaux et suivis « standards »), restant à définir avec les partenaires potentiels (actuels ou futurs) avec pour seule limite le respect des principes de gestion des RBI.

Antoine Guyonnet

Site d’Antoine Guyonnet : www.papillon-poitou-charentes.org

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