L’accueil des bourdons chez soi


jeudi 16 mars 2006, par dsne

L'accueil des bourdons chez soi

Dans le dernier bulletin, nous avons évoqué la vie des bourdons et le rôle essentiel qu'ils ont dans la pollinisation. Ces espèces sont en raréfaction suite à l'évolution récente de l'agriculture (utilisation massive d'insecticides, régression des surfaces en prairies, disparition des haies...). Il serait cependant illusoire d'imaginer dans notre pays un retour à l'agriculture d'autrefois, si favorable aux bourdons. Leur protection effective passe donc par des mesures visant à atténuer les effets négatifs des méthodes intensives.

Une espèce ne peut se maintenir que si elle dispose d'un territoire de vie suffisant. La survie des bourdons passe donc dans beaucoup de régions par le maintien ou l'aménagement de zones refuges. Fort heureusement, une colonie de bourdons n'a besoin que d'un territoire restreint pour vivre. En conservant des micro-sites les plus naturels possibles comme les bords de route et de chemin, les talus des voies de communication, des réseaux de haies, de bandes boisées et de bosquets, les vieux murs, les clairières et lisières de forêts, on peut raisonnablement espérer à long terme le maintien des bourdons.

Maintenant, étudions les possibilités d'accueillir ou nourrir des colonies de ces pollinisateurs infatigables chez soi. Les petits ruisseaux faisant les grandes rivières, chacun peut apporter sa propre pierre à l'édifice en favorisant chez soi les bourdons. Le premier effort à consentir (mais en est-ce vraiment un ?) est d'arrêter d'utiliser les nombreux insecticides et herbicides chimiques qui peuplent les rayons des commerces spécialisés. Les solutions alternatives existent, surtout dans le cadre d'un jardin d'agrément qui n'a pas de rôle économique (références bouquins) : utilisation de certains insecticides biologiques, traitements en dehors des périodes de floraison...

De nombreux livres conseillent d'aider les bourdons en plaçant des nichoirs à leur intention. Ce n'est pas la façon la plus efficace de les aider. En fait, les bourdons ne connaissent pas la crise du logement. Nous avons vu qu'ils étaient capables de se satisfaire d'endroits les plus inattendus fournis par l'industrie humaine. Un jardin naturel, avec des haies, des zones herbeuses respectées 24 par la tondeuse, un tas de bois, une litière de feuilles mortes, un vieux mur de pierres sèches procure largement assez d'abris et de lieux de nidification naturels.

Beaucoup de types de nichoirs ont été décrits, depuis de simples pots de fleurs enterrés jusqu'à de véritables ruchettes facilement déplaçables d'une culture à l'autre. La société allemande Schwegler commercialise une ruche à bourdons en béton de bois, à poser sur un trépied, garnie de bourre, parfaitement isolée, avec une entrée anti-courants d'air. Le système qui m'a donné le plus de satisfactions, au rapport qualité/prix très intéressant, est le « blockhaus à bourdons ». Il répond au cahier des charges du terrier de petit mammifère : un volume intérieur assez vaste et protégé de la pluie, un garnissage de bourre et un trou d'accès d'un diamètre suffisant. Le coeur du nid est une caisse en bois (non traité !) de 36 cm le longueur sur 24 cm de large et 15 cm de hauteur hors tout. Le couvercle de la caisse n'est pas cloué pour servir de trappe de visite. Ces dimensions ne sont pas le résultat d'un savant calcul, mais tiennent de la largeur de la planche qui a servi à la confection de la caisse et de la dimension de la tuile mécanique qui la recouvre en débordant légèrement pour la protéger des infiltrations. Deux trous d'aérations, bouchés par du grillage fin pour éviter les intrusions, peuvent être percés dans deux parois opposées. L'entrée se fait par un morceau de tube plastique coudé à 90° de 2,6 cm de diamètre intérieur et de 10 cm de long placé sur le côté, récupération d'une partie du tuyau d'évacuation des eaux d'un lave-main. Le coude est indispensable pour éviter une entrée directe du vent dans la caisse, les courants d'air étant peu appréciés des bourdons.

La caisse, garnie d'un vieux nid de rongeur ou à défaut d'une poignée de mousses, est posée sur deux grosses pierres pour l'isoler du sol. Elle est habillée de pierres liées entre elles avec de la terre, ou du mortier pour une plus longue durée de vie. Le tuyau de sortie est coupé en biseau et entouré de terre pour bien s'intégrer et apparaître comme un trou de terrier de rongeur. Souvent, quand le nid est occupé, les bourdons camouflent l'entrée avec des brins de mousse ou des débris de feuilles mortes. Une vaste pierre plate recouvre le tout. La construction en pierre a plusieurs fonctions : protection contre les prédateurs éventuels, isolation des fortes variations de température, habillage mieux intégré dans le paysage surtout après quelques années, lorsque les pierres se couvrent de mousse. Mes tumulus sont si bien intégrés au jardin désormais que la grosse pierre qui les couvre sert souvent d'enclume aux grives pour y casser la coquille des escargots.

Les nichoirs préconisés pour les bourdons, du plus simple au plus compliqué, sont très rarement occupés spontanément. Ils ont été généralement mis au point pour étudier les colonies, ou pour utiliser les bourdons comme pollinisateurs de certaines cultures. Très bien conçus, les colonies déjà démarrées prélevées dans la nature les adoptent sans problème. Mais les reines exploratrices ont bien peu de chance de les choisir pour fonder leur nid. Cela ne s'est jamais produit chez moi. Par contre, comme ceux que j'ai construit copient fidèlement un terrier de rongeur, ils sont régulièrement occupés par des mulots que je n'ose pas expulser de leurs petits paradis ! Peut-être un jour une colonie de bourdons finira-t-elle par s'y installer spontanément.

Bien que d'occupation spontanée très aléatoire, les nichoirs sont cependant utiles dans certains cas. Par exemple, quand un nid de bourdons s'est installé dans un endroit gênant, ou qu'il risque d'être détruit, il peut être facilement sauvé en le transférant dans un tel nichoir. Dans un cadre pédagogique, il peut être utile de disposer d'un nichoir occupé pour mieux informer le public sur ces insectes attachants. Si le but est de protéger les bourdons, il serait contradictoire de le peupler en détruisant une colonie sauvage. Mieux vaut convier une jeune reine à visiter l'appartement pour tenter de la convaincre de rester.

Des fleurs à butiner

Mais la principale difficulté rencontrée par les bourdons dans la nature, c'est le manque de nourriture à certaines périodes cruciales de l'année. En laissant largement se développer la flore sauvage au jardin, vous leur offrirez des ressources en nectar et en pollen tout au long de leur période d'activité. Vous pouvez donner un coup de pouce à la nature en semant et en plantant certaines espèces sauvages ou cultivées particulièrement appréciées des bourdons. Votre jardin doit offrir des ressources de la fin de l'hiver au milieu de l'automne pour être le plus accueillant possible. Pour les espèces cultivées, parmi les différentes variétés proposées dans le commerce, il faut toujours prendre les variétés anciennes à fleurs simples. Les fleurs trop modifiées des variétés modernes horticoles ne produisent plus, en général, ni pollen ni nectar.

Les légumineuses sont visitées par tous les bourdons pouvant se rencontrer dans les jardins. Il est donc appréciable d'en introduire dans la partie la moins fréquentée de la pelouse, qui sera fauchée une ou deux fois par an plutôt que tondue régulièrement. Sainfoin, lotier, trèfle des prés supportent la plupart des terrains, sauf s'ils sont trop acides. En situation plus sèche, l'anthyllide vulnéraire est aussi recommandé. Les superbes couleurs de ces belles fleurs roses, jaunes ou violettes égaieront votre pelouse et seront très attractives pour divers papillons dont les chenilles vivent sur ces plantes.

Des abris pour l'hiver

Enfin, pour aider les bourdons à boucler leur cycle, aménagez des sites d'hivernage des reines et respectez ceux qui existent. Laissez herbes sèches, feuilles mortes et mousse au sol, et surtout ne les brûlez pas. Au besoin, ramassez les feuilles mortes et étendez-les au pied de la haie ou sous les arbres. évitez de bêcher ou de labourer au pied des arbres, endroits privilégiés d'enfouissement des reines de plusieurs espèces. Conservez les vieux arbres creux le plus longtemps possible, et laissez la souche de ceux qui doivent être abattus se décomposer naturellement. Dans une région qui s'y prête, construisez un muret de pierres sèches exposé au nord ou au nord-ouest, et adossé si possible à un talus de terre pour offrir un excellent site d'hivernage. Un simple tas de grosses pierres ou de bûches dans un endroit à l'ombre convient également très bien.

En suivant ces quelques conseils, vous aurez la satisfaction de voir chaque année au printemps réapparaître les bourdons chez vous, qui vous signalerons ainsi le retour des beaux jours. Et vous aurez l'opportunité de réaliser des observations passionnantes tout au long de la belle saison, si les moeurs de ces insectes vous intéressent.

Extrait du livre « Les Bourdons » de Vincent Albouy
(entomologiste, président de L'Office Pour l'Information Eco-Entomologique du Poitou-Charentes), à paraître chez Eveil Nature-Belin,
qui nous a gentiment autorisé à publier cet article.

Vous y trouverez de nombreux autres renseignements sur la vie trépidante de ces insectes, l'identification des espèces ... et d'autres conseils pour leur conservation ou leur accueil.

LE BOURDON
Vincent Albouy
Collection Approche n°37
Belin/Eveil Editeur
88 p., 16 .
Contact :
Office Pour l'Information Eco-entomologique Poitou-Charentes,
Vincent Albouy,
13 chemin des Melles, 17350 Annepont.
Tél. : 05 46 91 81 13

Deux-Sèvres Nature Environnement 34 - 2 Décembre 2005

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