Galuchet : Merci à tous !
jeudi 22 mai 2008,
par dsne
Galuchet
: Merci à tous !
Un
travail de longue haleine
Deux-Sèvres
Nature Environnement et le Groupe Ornithologique des Deux-Sèvres
s’activent depuis de nombreuses années sur le marais de
Galuchet. Des heures et des heures de prospection naturaliste, de
discussions, de réflexion et de rédaction pour faire
comprendre qu’il faut absolument faire quelque chose afin de
conserver ce site exceptionnel aux portes de la Ville de Niort.
La
municipalité et plus précisément le service
Espaces Verts et Naturels ainsi que le Parc Interrégional du
Marais Poitevin prennent rapidement part à cet engouement. Il
s’organise de manière opérationnelle une gestion
d’urgence des espaces ouverts appartenant à la Ville.
Fauche, broyage, désouchages ont pour objectif de maintenir en
état le site en attendant d’aller plus loin.
Commencent
alors à s’organiser de nombreuses manifestations et
réunions comme les Journées Mondiales des Zones Humides
; un premier comité de pilotage est créé afin
d’informer et de motiver les troupes. Et ça marche ! Au
fil du temps de plus en plus de personnes et d’institutions se
tiennent informées de l’avancement du projet, le nombre
e sorties et de participants augmente. Objectif atteint : les
Niortais savent de nouveau où se trouve le marais de Galuchet
et surtout commencent à le regarder d’un autre oeil.
Chaque visiteur guidé par nos interventions perçoit non
plus une image obscure d’une nature hostile mais contemple dans
le reflet du Galuchet les traits d’une société en
fracture avec la nature. La magie du site opère et rapidement
l’originalité de ses paysages séduit. Une frange
de la population veut aller plus loin. Les Maisons de Quartier
voisines au profil pourtant très urbain participent énormément
aux animations nature : cabane dans les bois, musique verte,
herborisation, observation d’insectes… tout est bon pour
que ces chérubins s’approprient le site et apprennent à
le respecter. Les grands ne sont pas en reste non plus. Alors,
profiter d’un site et de sa biodiversité c’est
bien ; comprendre que celui-ci est fragile et dépend d’une
intervention appropriée de l’homme, est-ce une fin en
soi ?
Pourquoi
ne pas aller plus loin ? Si ce sont les générations
passées qui ont travaillé avec la nature pour nous
léguer cet extraordinaire patrimoine, quel est le comportement
à avoir aujourd’hui ? User sans en abuser est-ce
suffisant ?
En
janvier 2007, aidée par l’Agence de l’Eau,
Deux-Sèvres Nature Environnement acquiert un demi-hectare de
ce marais respectant ainsi la volonté posthume de Georges
Houmeau, ancien propriétaire de ce terrain et membre actif de
l’association.
«
Faire pour devenir Maraîchin ! »
Notre
terrain se présente sous la forme d’une terrée,
paysage singulier destiné à la production de bois de
chauffage et à la gestion de l’eau. Constitué de
bandes de terre étroites boisées de frênes
têtards, et de fossés, le site nécessite une
restauration. Sa configuration rend difficile l’accès de
machines type pelles mécaniques. Il nous reste alors la
solution de l’intervention manuelle, oeuvre collective et
écologique correspondant à nos ambitions. Nous nous
jetons à l’eau. L’ampleur du chantier nécessitant
beaucoup de main-d’oeuvre, il devient indispensable pour nous
de faire appel à des volontaires. La dimension pédagogique
d’une telle intervention apparaît rapidement comme une
évidence. Tout a commencé avec une poignée de
scouts, ayant de la motivation à revendre. Sous les conseils
de Matthieu, ils ont commencé le curage du fossé. Ce
fut la première pierre à notre édifice prévu
en 2007...
Puis,
de la main d’oeuvre des quatre coins de l’Europe est
arrivée. Le chantier de jeunes européens, animé
par Pierrot, Mathilde et Noémie, et initié par le
centre socio-culturel du marais, s’est installé à
la Ferme de Chey, lieu idéal de villégiature pour
prendre soin du marais. Là encore, on peut compter sur les
jeunes et leur motivation, en proportion variable bien entendu.
Cette
dynamique d’action, créée par l’arrivée
de cette vingtaine de jeunes, nous a permis de motiver nos bénévoles
à nous, pour travailler sur la difficile tâche du
curage. On ne peut que saluer l’énorme effort entrepris
par tout ce petit monde, qui n’a pas hésité à
se salir, pour arriver au bout des quatrevingts mètres de
fossé.
Durant
un mois nous explorerons les anciennes techniques : construction d’un
batardeau (véritable barrage de palplanches permettant de
travailler hors d’eau), manipulation des sentines et boguets
(outils traditionnels pour extraire la vase). La tâche est rude
et salissante, il est indispensable que le groupe organise
collectivement les opérations. Le chantier fonctionne à
merveille : l’application de méthodes d’après
les témoignages de nos anciens redonne vie à des
savoir-faire presque oubliés. Quatre journées seront
ouvertes à la participation du public et auront un grand
succès puisqu’au total 60 volontaires mettront les mains
(et le reste !) dans la vase. Le chantier est reconnu et largement
félicité lors de sa présentation à la
Fête du Pain (900 visiteurs).
Malgré
cela, il nous aura quand même fallu une séance de curage
supplémentaire en octobre pour terminer le bout du fossé,
avec quelques irréductibles. Nous avons été
récompensés de nos efforts cette fois-là par une
météo particulièrement clémente, alors
que, comme vous le savez, le mois d’août nous rappelait
les plus mauvais mois de février ou mars... Même si le
fossé restauré sur 80 mètres avec ses 70 à
80 cm de profondeur devient le plus grand point d’eau du
Galuchet, ce n’est que le début des travaux. Les frênes
têtards qui le bordent sont en âge d’être
bûchés, il en va de leur avenir. Donc, prolongeant la
bonne expérience du chantier de cet été, nous
organisons sur le même principe deux journées d’émondage
des têtards. Quelle satisfaction de voir que le succès
est encore au rendez-vous ! Quelques tronçonneuses, une bonne
troupe du Chaleuil dau pays niortais, assignée à la
confection de fagots (qui serviront à alimenter le four à
pain de la ferme de Chey !) et à l’accueil
pique-nique-apérocheminée à la Ferme de Chey, et
pour la dernière séance, un broyeur pour la production
de Bois Raméal Fragmenté, ont travaillé de
concert pour fignoler cet entretien de notre parcelle de terrée.
Sylvain Houlier a organisé la transformation des rameaux en
Bois Raméal Fragmenté. Cette méthode
révolutionnaire destinée à amender les sols
cultivés par l’apport de bois vert déchiqueté
a attiré la participation de nombreuses personnes qui se sont
partagé ce produit en fin de journée. Cette opération
n’aurait pas été possible sans la participation
de Thierry Picaud d’EIVE qui a mis à disposition ses
compétences et son broyeur, merci ! Et par-dessus tout la
grande récompense est la participation de riverains attirés
par l’invitation passée dans la presse. Au total 28
têtards furent taillés, le bois fut partagé entre
les personnes intéressées et une partie laissée
sur place, au profit de la flore et la faune du site. En passant,
nous en avons profité pour faire tomber deux peupliers qui
avaient tendance à étouffer les têtards. On
espère pouvoir en dévitaliser quelques uns
prochainement sans les faire tomber, de façon à recréer
de belles chandelles, habitats pour les pics et les autres espèces
qui colonisent les anciennes loges.
Quelques
dernières séances, notamment avec les BTS gestion et
protection de la nature de Melle, pour créer des abris à
faune avec le bois non utilisé auront lieu d’ici la fin
de l’année. Pour ceux qui n’ont pas eu la chance
d’assister à tous ces travaux, n’hésitez
pas à vous rendre sur place pour en constater vous-mêmes
l’étendue et peut-être que cela vous donnera des
envies pour l’année prochaine !
Nos
associations auront ainsi vu naître cette année un grand
élan de convivialité, de partage et de concrétisation
de nos idées. Ce petit bout de marais, qui renaît grâce
à la participation de chacun, aura aussi permis
l’épanouissement du maraîchin qui est en nous.
L’expérience
de ces interventions vont nous permettre maintenant de nous projeter
dans la suite de la conservation du Galuchet. Aujourd’hui, le
plan de gestion du marais et la réalisation d’une charte
des bonnes pratiques à destination des différents
propriétaires sont en cours de réalisation. Affaire à
poursuivre, et à bientôt sur le terrain car cela ne fait
que commencer !
Matthieu
Guillot, Thomas Luzzato