Exposition des richesses naturelles des Deux-Sèvres, Vouillé 2005 : Mycologie : l’année la plus mauvaise
jeudi 16 mars 2006,
par dsne
Exposition des richesses naturelles des Deux-Sèvres, Vouillé 2005
Mycologie : l'année la plus mauvaise
On s'y attendait : alors que les rivières étaient encore
à sec à la mi-octobre, les champignons ne pouvaient pas
être abondants sous bois. Et les chiffres le confirment :
pour le nombre d'espèces présentées, l'année la plus
mauvaise avait été... 2004, avec 168 espèces seulement,
alors que la moyenne sur 14 ans était de 229 (302 en
1998). Mais en 2005 ce fut bien pire : nous n'avons
même pas atteint la centaine ! Dont une trentaine venues de l'ile d'Oléron et de Rochefort grâce à nos amis
Guy Dupuy, Pascal Bobinet et Jean Robert.
Si l'exposition de Vouillé avait été seulement mycologique, il est certain qu'au début d'octobre nous
aurions pris la décision de l'annuler, la pénurie étant
tout à fait prévisible, ce qui s'est d'ailleurs produit
trois années de suite à Niort dans les années 80.
Comme à Thouars, où l'exposition de champignons a
été supprimée en 2005, pour la 4e année consécutive.
Les activités pluridisciplinaires de Deux-Sèvres
Nature Environnement permettent heureusement
d'avoir autre chose que des champignons à présenter en tant que « Richesses naturelles » des Deux-Sèvres. Les géologues ne craignent pas la sécheresse,
et bien d'autres curiosités sont indépendantes du
temps qu'il fait. Mais l'évolution du climat est évidente, et fâcheuse, pour les mycologues : chaque
année la pluie arrive trop tard, et la saison ensuite
est bien courte. Alors que notre exposition reste
fixée au 3e week-end d'octobre : c'était jadis l'époque où l'on pouvait récolter la plus grande variété
d'espèces, mais c'est maintenant une très mauvaise
date, non seulement parce que c'est devenu trop
tôt pour les champignons, mais aussi parce que chaque année se tiennent à la même date la « coulée
verte » de Niort, le salon de l'habitat, le salon des
collectionneurs, etc... Cette concurrence effrénée,
et en 2005 la perspective de la pénurie de champignons, ont raréfié également les visiteurs, moitié
moins nombreux que l'année précédente, alors que
depuis deux ans un effort de renouveau dans la présentation semblait attirer un public plus vaste.
Changer la date, les responsables de la partie mycologique y pensent depuis plusieurs années. Mais cela
se révèle impossible : nous bénéficions à Vouillé d'une
salle magnifique, immense, avec une salle annexe pour
les travaux de détermination, un très vaste parking
et d'un accès facile, il serait fort difficile de trouver
la même chose ailleurs aux mêmes conditions. Et à
Vouillé la salle est retenue d'une année sur l'autre, il
n'y a pas d'autre date disponible...
Bien pire qu'en 1976 !
Paradoxalement, les amateurs de champignons
qui ne recherchent que les quelques espèces comestibles, pour les mettre à la poêle, ont pu avoir l'impression que 2005 était une excellente année. Car
dans la deuxième quinzaine d'octobre les « coulemelles » et les rosés des prés se sont mis à fructifier
en très grande abondance, et de belles récoltes de
cèpes étaient également signalées. Mais la diversité
n'était pas au rendez-vous : les quelques pluies
d'octobre ont pu suffire pour réveiller les myceliums dans les prairies et les bordures d'allées sous
bois, mais en forêt le volume des précipitations est
resté très insuffisant et elles étaient beaucoup trop
tardives, des genres entiers n'ont produit aucune
espèce.
Jusqu'à présent, quand on parlait d'année de
sécheresse, la référence était 1976. En fait seule la
période estivale avait été marquée par une absence
de précipitations, compromettant les récoltes et les
herbages des paysans : on se souvient de « l'impôt
sécheresse » ! Mais j'ai vérifié dans mes notes de
l'époque que le printemps 1976 avait été excellent
pour les morilles et les tricholomes de la St-Georges, et après la sécheresse estivale la pluie était revenue en abondance dès le 1er septembre, puis du 9
au 14, et en octobre une hygrométrie normale avait
permis de très bonnes récoltes, l'exposition mycologique de Niort les 16 et 17 octobre 1976 avait
présenté 209 espèces. Cette bonne saison s'était
prolongée jusqu'à fin novembre. Alors qu'en 2005
nous avons eu un hiver sans pluie, ce qui ne s'était
jamais vu dans notre région, un début de mois de
mars glacial suivi d'une période de très forte chaleur, anormale, mais toujours sans eau, quelques
averses en avril et en mai, puis en juillet, séparées
par de longues périodes d'une sécheresse qui sévit
encore en novembre ! Et d'après les météorologues,
ces longues absences de la pluie risqueraient dans
un proche avenir de n'être plus exceptionnelles
mais fréquentes... Des perspectives peu encoura
geantes pour les amateurs de champignons !
870 espèces en 14 ans
Pour en revenir à l'exposition mycologique 2005,
le bilan n'est cependant pas entièrement négatif.
D'abord nous avions fait, comme les deux années
précédentes, un gros effort d'information, par des
panneaux abondamment illustrés de photos en
couleurs, et des textes faciles à lire et à comprendre.
Nous avons pu constater que ces panneaux retenaient longuement l'attention de nombreux visiteurs.
Le thème retenu cette année était l'originalité des
champignons des forêts de Chizé, Aulnay et autres bois
situés aux confins des Deux-Sèvres et des deux Charentes, vestiges de l'ancienne « Sylve d'Argenson » : des
cartes tirées d'une excellente brochure de notre ami
Denis Chapacou permettaient de situer cet immense
massif qui s'étendait jadis de la forêt de Benon près de
La Rochelle à Mansle près d'Angoulême. Ces documents
expliquaient aussi pourquoi la société mycologique du
sud du département s'appelle « du massif d'Argenson ».
Malgré la pénurie, nous avons identifié en 2005
quatorze espèces ou variétés de champignons qui
n'avaient jamais été présentées auparavant à Vouillé,
des trouvailles peu spectaculaires mais intéressantes à
étudier pour les mycologues. Nous avions aussi quelques récoltes remarquables, comme Agaricus bernardii, énorme psalliote poussant dans les prés salés à
proximité de l'Océan, le magnifique Phaeolus schweinitzii, polypore pouvant servir à teindre la laine (deux
apports de Jean Robert), la « vesse de loup géante »
(Langermannia gigantea), qui n'est pas rare mais qui
étonne toujours les profanes, de même que la clavaire
crêpue (Sparassis crispa).
1 : Les listes d'espèces étaient informatisées depuis 1992, soit 14 ans,
mais en 1991 déjà l'exposition avait eu lieu à Vouillé.
Sur le plan scientifique, le plus intéressant est la
récapitulation immédiate, grâce à un programme
informatique très élaboré, de toutes les espèces ou
variétés présentées à Vouillé depuis quatorze ans.
Dès la fin de l'exposition l'ordinateur a sorti une
liste de 19 pages, comportant 870 taxons, classés
par Classes, Sous-classes et Ordres, avec l'année ou
les années où chacun a été répertorié. On peut ainsi
repérer, du premier coup d'oeil, les champignons
les plus communs dans notre région -les dix qui
ont été exposés chaque année sans exception -et
tous ceux qui n'ont été vus qu'une seule fois ou 2
ou 3 années seulement.
Ma dernière expo
J'aurais préféré terminer sur une année plus
fructueuse, mais j'ai assumé pour la dernière fois en
2005 la responsabilité de la partie mycologique de
l'exposition des « Richesses naturelles » des Deux-
Sèvres, j'en avais informé les collègues plus d'un an
à l'avance.
Depuis 15 ans1 en effet j'étais mobilisé chaque
année à Vouillé le 3e week-end d'octobre, ce qui
m'empêchait notamment d'aller voir ce que font les
amis des autres villes de la région, où l'exposition
mycologique se tient à la même date. Et puis il faut
savoir de temps en temps changer les cadres pour
que la maison reste attractive... De nouveaux responsables apporteront des idées, un style différent,
des présentations inédites. Déjà le bureau de la
Société Mycologique du Massif d'Argenson a décidé
de s'impliquer davantage, à partir de 2006, dans
l'exposition de Deux-Sèvres Nature Environnement.
Je garderai d'excellents souvenirs de ces expositions annuelles, notamment des grands moments
de convivialité des premières éditions, avec Gaston Bonnin, Pierre Drouhet (c'est doublement à
ce dernier que nous devons le privilège de disposer de cette magnifique salle), Jacques Fouet,
Gaëtan Robert ; ceux qui nous ont quittés comme
Paul Caillon ; les dévoués collaborateurs que sont
toujours Raymond Braconnier et André Ayrault ;
les précieux renforts apportés par Michel Hairaud,
André Merlet, Annie Gaillard, Cyril Pouclet, Patrice
Tanchaud, etc. ; l'efficacité de Thomas Luzzato et
Julie ; les éléments féminins qui assurent l'accueil
et le comptage des visiteurs ; les sympathiques
Vouilletais du club « Marche et découverte » et bien
d'autres que je risque d'oublier.
Je suis persuadé que notre association saura renouveler l'attrait de l'exposition annuelle, pour que
les visiteurs soient toujours plus nombreux -après
« l'accident » de 2005 -à venir découvrir les « Richesses naturelles des Deux-Sèvres », et notamment
les champignons...
Guy Fourré
La liste des 10 espèces
les plus souvent rencontrées :
Fausse girolle (Hygrophoropsis aurantiaca)
Armillaire de miel (Armillaria mellea)
Pleurote terrestre (Hohenbuehelia geogenia)
Hypholome en touffes (Hypholoma fasciculare)
Amanite citrine (Amanita citrina)
Amanite tue-mouches (Amanita muscaria)
Coprin chevelu (Coprinus comatus)
Lépiote élevée (Macrolepiota procera)
Polypore du bouleau (Piptoporus betulinus)
Trametes bossu (Trametes gibbosa)
Une surprise dans cette liste : la présence du
Pleurote terrestre, peu connu et considéré
généralement comme assez peu commun, mais fidèle à
ses stations, notamment en forêt de Chizé sous hêtres.
Et c'est un excellent comestible !
ATELIER HYMENOPTERES SOCIAUX
Une nouveauté cette année à l'exposition de Vouillé :
une animation un peu particulière avec un passionné
d'insectes. Ce stand a eu beaucoup de succès.
Les visiteurs ont pu y observer une ruchette peuplée
d'abeilles attentives à leur reine ainsi qu'un cadre vitré
où évoluait toute une colonie de fourmis : la reine
était présente ainsi que les ouvrières et les gardiennes.
Beaucoup de questions furent posées et chacun est
reparti avec un brin de connaissances en plus sur nos
insectes sociaux.
Pour ceux qui ont manqué cette nouveauté, l'animation autour de ces insectes sera reconduite l'année
prochaine.
David Dyczkowski.
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