Chères « Jachères Fleuries »


jeudi 16 mars 2006, par dsne

Chères « Jachères Fleuries »

« Nos créations célèbrent par leur artificialité, le reniement de la nature, et sa domination » François Terrasson - La peur de la nature - édition Sang de la Terre

Fin Septembre 2005, la société Nova-Flore propo sera une visite de terrain sur des parcelles semées en « Jachères Fleuries » dans le Loudunais (86). Moi- même, dans le cadre du rôle d'animateur-conseil en environnement qui m'est confié par la communauté de communes Val-du-Thouet, j'utilise et encourage l'utilisation des mélanges de graines florales qui per mettent d'agrémenter des espaces verts dans un esprit « champêtre ». De nombreuses raisons rendent cette pratique très séduisante et même pertinente à bien des égards.

L'éveil des consciences face au manque d'eau en 2005, et l'identification des menaces stigmatisées par l'éducation au développement durable depuis quel ques années, préparent un succès grandissant pour ces « méthodes de fleurissement et de végétalisation alternatives » aux dehors plutôt alléchants. Mais, adopter massivement, sans précaution, une nouveauté quelle qu'elle soit, présente souvent des dangers, que l'on découvre parfois trop tard...La réflexion et la vigilance sont de mise, et au sujet des semis directs de ces « gazons/prairies/jachères fleu ris », la recherche de fournisseurs de conseils et/ou de graines qui se différencient est très instructive. (Voir notamment http://jardinnaturel.nnbavaisis.org et le site de www.pixiflore.com par exemple).
Ces réflexions, je pense utile de les partager, et je confirme qu'il y a bien « prairie fleurie et... prairie fleurie ». Au delà des connaissances scientifiques, le bon sens et la curiosité peuvent inciter à une certaine prudence.

Pour moi aussi, l'utilisation de mélan ges en semis directs se pose aujourd'hui comme une technique alternative de fleuris sement à encourager, notamment dans les « espaces verts » ruraux ou péri-urbains, ou comme phase intermé diaire dans l'aménage ment de sites pertur bés (nouveaux tracés routiers...). Dans une logique d'économie et de préservation de la ressource en eau, d'optimisation et d'extension du fleurissement de communes modestes, de diversification dans l'évocation d'identités paysagères, dans un recours moindre aux engins motorisés, etc...
- Pas ou peu d'engrais,
- Pas de traitement « phytosanitaire »
- Pas ou peu d'arrosage,
-Une préparation du sol tous les un à deux ans
-Une à deux fauches par an
-Aspects évolutifs et esthétiques sur plusieurs mois au minimum
-Choix grandissant au niveau des gammes (coloris, hauteurs, durées, aptitudes, biodiversité...).
Ces atouts sont indéniables.

Cependant, le caractère « écologique » de certaines compositions utilisées reste relatif, car souvent élaboré avec une recherche d'impact esthétique prépondérante (commercialement le plus porteur) .
Les fournisseurs, encore peu nombreux, proposent souvent des mélanges qui incluent des variétés horticoles (cultivars) ou des espèces absentes de la flore européenne « naturelle » spontanée (coquelicots et bleuets horticoles, cosmos, escholitzias, rudbeckias, phacélie etc...). Le risque potentiel, encore peu évalué, est donc de provoquer des perturbations génétiques dans la flore environnante, et « d'ouvrir les vannes » pour des espèces qui pourraient se révéler un jour invasives...(à moins qu'il y ait là une réponse incontrôlée mais finalement « positive », face aux changements climatiques, mais ça, c'est un autre débat !)

De plus, les jachères et gazons fleuris restent une forme de « culture intentionnelle » susceptible de modifier les variations de « disponibilités alimentaires » normales en fonction de chaque contexte originel. Les interactions climat/végétation naturelle/activités humaines/faune sont complexes... La pérennité d'un biotope « établi » suppose le respect de « règles » qui régissent les populations d'insectes, donc d'oiseaux, etc... Le couvert végétal et ses caractéristiques les conditionnent...
Le potentiel mellifère de ces surfaces est par exemple souvent revendiqué. L'attractivité pour les insectes butineurs, et au fil de la chaîne alimentaire, pour une large palette faunistique, semble évidente. Alors, dans « la promotion » amorcée du concept des « jachères fleuries », il me semble important d'introduire dès maintenant une certaine vigilance, des « garde-fous » au niveau des surfaces consacrées par exemple, des contenus en fonction de l'environnement local...
Est-il trop tôt pour se poser ces questions ? Je ne le crois pas.

Sous prétexte de « progrès agricole », les bocages ont été massivement disloqués. A force d'inondations, on mesure maintenant l'un des effets pervers les plus visibles de ces changements extrêmes... (faits et chiffres, documentation rassemblés par Solagro : www.solagro.org)
Pour anticiper sur cette nouvelle donne, voilà un sujet d'étude de choix pour les naturalistes !
A défaut, on peut imaginer qu'une « rupture de cycle » après plusieurs années de « jachère fleurie » inconsidérées sur un territoire donné, pour une raison X, provoque un jour une hécatombe dans une population de tel ou tel insectivore, qui avait fini par « s'habituer » à ce « super-vivier » sous « perfusion » et s'était implanté à proximité, en conséquence... Dans un scénario « catastrophe » (il s'en voit tous les jours) l'insectivore en question serait par exemple la dernière colonie connue de Chiroptère trucmuche, ou de Lépidoptère machin... à l'échelle d'un département... Bref, vaste sujet n'est-ce pas !? Peut-être à développer dans un futur Bistrot Scientifique au Centre Pédagogique du Lac du Cébron !

Sylvain Houlier.

Qu'est ce qu'une jachère ?

Ce système a été imposé par la Politique Agricole Commune pour limiter les productions agricoles. Cela induit la mise en gel de x % de la Surface Agricole Utile (SAU) de l'exploitation.
Pendant l'année, ces surfaces « gelées » ne reçoivent ni engrais, ni travail du sol. Seul un broyage en fin de saison, sans but de production, est effectué.

Environnement et Faune sauvage

Depuis 1993, une dérogation a été signée entre la Chambre d'agriculture, les représentants agricoles et la fédération des chasseurs. L'objectif de cette variante est de « donner gîte et couvert au gibier ainsi qu'à toute la faune sauvage ». Ce dispositif est aidé financièrement par le Conseil Régional et le Conseil Général, la Fédération de chasse fournissant les semences. En 2005, 1500 hectares ont été contractualisés (1100 ha en 2004). Le mélange classique de semences est composé de céréales (avoine et sarrasin ou blé noir) et de crucifères (chou) ou à partir de fétuque, ray-grass et trèfle.

Option fleurie

Cette « option » a germé dans la région Centre il y a plus de 5 ans afin d'avoir une « variante plus esthétique et plus porteuse en terme d'embellissement du territoire ».
En 2004, 5,5 hectares répartis sur 11 parcelles dans les plaines de Niort, Melle et Thouars (Source : Courrier de l'Ouest 28/08/04). En 2005, cette surface a été multipliée par 4,5 avec pas moins de 25 hectares répartis en 50 parcelles dans 40 communes (C.O. 11/08/05).

Nicolas Cotrel.
Deux-Sèvres Nature Environnement 34 - 2 Décembre 2005

[ Imprimer cet article ] [ Haut ]
 
 
 
Contributions



   
 

 
 
Retroliens

 

 
 

M-à-J : lundi 1er décembre 2008 -

Contact
 

 
  Envoyer à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)



[ Imprimer cet article ]
 

   


Vous pouvez afficher les publications de Deux Sèvres Nature Environnement sur votre site.


Deux Sèvres Nature Environnement 2008
 Contact | En résumé | Plan du site | Admin

Membre actif du RPAPN : http://www.biodiversite-poitou-charentes.org/
Site mis en ligne avec SPIP,
Squelette GNU/GPL disponible sur bloOg

 


HEBDOTOP : Classement de sites