CIMES en visite à la décharge de Loubeau
lundi 20 mars 2006,
par dsne
CIMES en visite à la décharge de Loubeau
L'ancienne décharge de Loubeau, située au bord
de la Béronne, à trois kilomètres du centre de Melle,
inquiétait CIMES. Nous nous posions de nombreuses
questions sur la pollution engendrée par ce site, sur
les conséquences sur l'environnement local et sur les
problèmes de sécurité liés à ce type d'installation.
Le 11 Juin 2005, CIMES organisa une petite visite
de ce lieu avec, comme guide, Henry Vina, président
des 3B (association de pêche) et en présence de plusieurs associations environnementalistes deux-sévriennes, particulièrement concernées par les décharges
d'ordures ménagères.
Le but était de voir comment cette décharge était
entretenue, de faire un état des lieux et de faire prendre conscience à tous, et particulièrement aux pouvoirs publics, de la nécessité d'y faire quelques aménagements pour que les choses s'améliorent.
Petit rappel historique
Il y a plus de 20 ans, les ordures ménagères du sud
du Département devenaient de plus en plus importantes en volume. A cette époque pas de tri sélectif,
nous mettions tout à la poubelle et la seule solution
envisagée était l'enfouissement de tous les déchets,
quels qu'ils soient. Cette décharge de grande taille
avait aussi pour but de mettre fin à toutes les petites
décharges sauvages que nous trouvions partout dans
nos campagnes et qui étaient heureusement devenues
illégales. Un seul site devait permettre plus de contrôles et donc, moins de pollution potentielle en provenance de tous ces petits sites.
Chez nous, il y avait une carrière et durant des dizaines d'années, chaque soir, pour préparer le lendemain, les responsables faisaient procéder à des tirs de
mines qui fissuraient de plus en plus la masse autour
de la carrière. Cette dernière venait de fermer car des
veines d'argile commençaient à devenir plus importantes que la pierre à exploiter. De ce fait, la solution était
toute trouvée : 1 trou + 1 volume d'ordures = 1 com
blement. Compte tenu de son architecture, le front de
taille fut un support idéal pour recevoir les ordures. Et
la valse des camions commença...
Pour que ce lieu devienne décharge, un cahier
des charges fut rédigé. Le trou se combla pendant de
longues années. Le temps passa jusqu'à la fermeture
de cette décharge. Le cahier des charges prévoyait la
réhabilitation du site. La décharge fut alors recouverte,
il y a une douzaine d'années, mais nous avions les
plus grands doutes concernant sa conformité au cahier
des charges, en particulier sur son étanchéité (d'où la
pollution du site) et sur la sécurité.
Etat des lieux :
Nous entrons sur le site, sans aucun problème
puisqu'aucune protection, aucun grillage, aucune
signalisation n'en interdisent l'accès contrairement aux
préconisations préfectorales.
Nous arrivons devant trois lagunes, en contact direct
avec le sous-sol puisqu'il n'y a pas de bâchage pour
éviter la percolation des jus vers le sous-sol. On trouve
aussi une pompe avec un radeau qui promène sa crépine sur un étang de lagunage ainsi que deux puits de
réception des jus qui présentent tous les deux un jeu
de trappes qui peut être enlevé pour tout envoyer à la
rivière.
L'ensemble est rouillé, le bois des trappes est pourri
et les excédents peuvent se déverser dans la rivière
quand ils sont en volume important. Visiblement, le
site manque d'entretien et de surveillance et pourrait
s'avérer dangereux pour des gamins le prenant pour
un terrain de jeu puisque l'accès est entièrement libre.
Notons que sous la décharge, il existe une nappe
phréatique qui approvisionnait une fontaine (à
l'origine située au-dessus de l'exploitation) et qui
alimentait un étang à 200 m en contrebas. La nappe
phréatique continue encore et toujours à collecter les
eaux de pluie sur plusieurs km², et à approvisionner la
masse des détritus en décomposition au moyen d'une
résurgence placée au tiers de la hauteur des déchets.
Un terrain agricole placé directement en bordure de la
décharge vient d'être drainé et les eaux sont envoyées
en direction de Loubeau, ce qui augmente le volume
d'eau transitant au sein même de celle-ci.
Côté sécurité, au sommet de la décharge, il y a aussi
des choses à faire pour sécuriser l'abord des puits
méthaniers puisqu'aucun d'entre eux n'est totalement
protégé. Il n'y a qu'un simple grillage posé à la surface
du trou.
Communications dans la presse
CIMES avait invité la presse à participer à cette visite
et des articles sont parus dans les journaux locaux,
relatant ce que nous avions vu.
Le SICTOM, par la voix de son président, a répondu, dans la presse également, que CIMES n'avait pour
objectif que de faire parler d'elle et que tout allait bien
dans la décharge, que les normes étaient respectées
ainsi que le cahier des charges. Il faut oser !
Le 12 juillet 2005, un arrêté préfectoral, confirmant
les affirmations de CIMES, demande à ce que des aménagements et contrôles aient lieu :
-une haie destinée à masquer le site devra être regarnie,
-l'installation devra être clôturée,
-une protection des dispositifs de captage du biogaz et
des lixiviats, ainsi que des lagunes devra être prévue,
- les puits de dégazage devront être vérifiés et signalés,
-la collecte des gaz sera réalisée par des drains enfouis
dans la masse des déchets et débouchant dans des
puits verticaux à l'air libre, les mesures de sécurité devront être prises pour éviter les chutes dans ces puits,
- la qualité des eaux souterraines et superficielles sera
contrôlée par une surveillance analytique, selon de
nouvelles modalités,
- les principaux termes du bilan hydrique de l'installation seront contrôlés en cours d'exploitation,
-les eaux pluviales du centre de transfert, en sortie
du débourbeur décanteur séparateur à hydrocarbures
devront respecter les critères précisés,
-l'installation devra être mise en conformité avec les
nouvelles prescriptions avant le 31 décembre 2005.
Retour à Loubeau, le 1er octobre
Afin de faire un point sur l'avancement des aménagements prévus, nous nous sommes rendus à nouveau
sur le site de la décharge.
Qu'avons-nous constaté ? que plus de 3 mois après
la réception de l'arrêté préfectoral et 3 mois avant
la date où les travaux doivent être terminés, rien ne
paraît avoir bougé.
A l'entrée du site, les traces du récent incendie sont
très visibles (les pompiers ont dû intervenir, la végétation alentour s'en souvient encore) et les dépôts
fumants à proximité du panneau « interdiction de faire
du feu » ne sont pas là pour nous rassurer.
Aucun grillage pour entourer le site, aucune protection correcte sur les dispositifs de captage du biogaz
et des lixiviats, tout est resté en l'état. L'aspect des
lagunes est repoussant, elles paraissent encore plus
sales que lors de notre première visite, surtout en ce
qui concerne la 3e qui est vidée de son eau.
Nous nous sommes particulièrement intéressés
aux puits de captage du biogaz qui sont vraiment très
dangereux. Ces puits sont plein de gaz, l'odeur s'en
dégageant ne laisse aucun doute. Ils sont extrêmement profonds, avec des parois lisses et fermés par
une grille que n'importe quel enfant pourrait soulever.
Encore faut-il que la grille soit encore en place, ce qui
n'est pas toujours le cas puisque, au moins un des
puits est détérioré en surface et la grille qui est censée
le protéger est cassée.
En bref, tout reste à faire mais nous restons vigilants
et organiserons une nouvelle visite avant la date de
mise en conformité, c'est-à-dire, avant la fin de l'année.
Isabelle Badenhausser,
Association CIMES,
Administratrice de DSNE.
Deux-Sèvres Nature Environnement 34 - 2 Décembre 2005
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