Avant qu’il ne soit trop tard
jeudi 22 mai 2008,
par dsne
Avant
qu’il ne soit trop tard
«
L’homme a oublié qu’il était d’abord
et avant tout un animal, qu’il fait partie
d’un
tout dont l’intégrité lui est indispensable pour
vivre : la faune et la flore, et
la
Terre qui en est l’habitat. » (Professeur Dominique
Belpomme, Avant qu’il ne
soit
trop tard)
Invité
au mois de mai 2007 par l’association Nyangon, association
environnementaliste du nord Deux-Sèvres, le professeur
Belpomme a fait une conférence sur les intrants chimiques en
agriculture et les risques sanitaires qu’ils font courir aux
populations.
Le
professeur Belpomme est professeur de cancérologie et
praticien à l’hôpital européen Georges-
Pompidou ; il préside l’ARTAC (Association pour la
Recherche Thérapeutique Anticancéreuse) et la Société
européenne de santé environnementale ; il est également
auteur de plusieurs ouvrages dont le dernier, Avant qu’il ne
soit trop tard, où il met en garde contre « les
impostures sociétales visant à nous faire croire que
les activités humaines ne retentissent pas sur notre état
de santé et qu’au nom du progrès technologique
l’homme peut tout se permettre » et où le
professeur prône une autre politique de recherche et de santé.
Le 7 mai 2004, lors d’un colloque organisé par l’ARTAC
à Paris, de nombreux scientifiques et médecins de renom
signèrent l’Appel de Paris, déclaration
internationale interpellant les pouvoirs publics sur les dangers
sanitaires de la pollution chimique.
Le
professeur Belpomme est bien connu pour ses ouvrages sur les maladies
créées par l’homme et en particulier le cancer
mais ici, il étend sa réflexion à la nécessité
d’oeuvrer pour la survie de l’espèce humaine qu’il
juge en danger d’extinction si rien n’est fait très
vite.
Ecologie
sanitaire et santé environnementale
La
prise en compte de la dégradation de l’environnement et
de ses répercussions sur la santé – qu’il
appelle l’écologie sanitaire – et l’étude
des causes environnementales des maladies – qu’il nomme
santé environnementale – doivent être développées
ce qui nécessite un changement radical des mentalités
et des méthodes dans les domaines de la santé et de la
recherche. L’échec des différents « Plan
cancer » (américain en 1971, européen en 1985,
français en 2003) montre bien que le problème n’a
pas été abordé sous le bon angle ; si des
progrès ont pu être faits dans le dépistage, la
lutte contre les addictions, les traitements nouveaux et mieux
supportés, il reste que le nombre de malades ne diminue pas et
que l’on voit même de plus en plus de cancers chez les
jeunes. Il faut « une complète réorientation du
plan, en l’axant prioritairement sur la prévention
environnementale ».
Hormis
le cancer qui ne régresse pas, on constate que d’autres
maladies sont soit persistantes comme le paludisme, soit réémergentes
comme la tuberculose, soit émergentes telles le sida, le
chikungunya, la grippe aviaire… Ces maladies sont dues au
mauvais état de l’environnement et principalement au
réchauffement climatique. De nombreuses maladies sont
provoquées par la pollution, qu’elle soit physique,
chimique, biologique, car « les causes de nos maladies ne sont
pas dans notre corps, mais dans l’environnement ». La
pollution physique est celle générée par les
rayonnements (radioactivité, rayonnements ultraviolets,
radiations électromagnétiques pulsées), la
pollution chimique est due à la mise sur le marché de
nombreux produits toxiques, au développement considérable
de l’industrie, à l’industrialisation de
l’agriculture, à l’accroissement excessif des
transports routier, aérien et maritime et la pollution
biologique est la conséquence de celles-ci.
Pollution
physique :
La
radioactivité occasionne leucémies, lymphomes, cancers,
sarcomes… pouvant survenir 10 à 20 ans après une
exposition.
Les
ultraviolets solaires sont à l’origine de cancers de la
peau (mélanomes). L’effet des UV solaires se trouve
aggravé du fait de la diminution de la couche d’ozone
stratosphérique.
Les
radiations électromagnétiques pulsées (REMP)
provoquent des manifestations neuro-sensorielles, des anomalies de la
reproduction, des cancers. « Habiter à moins de 600 m
d’une ligne à haute tension augmente significativement
le nombre de leucémies chez l’enfant ». En ce qui
concerne les téléphones portables ou sans fil, il
n’existe pas de preuve scientifique avérée de
leur nocivité sauf chez les enfants de moins de 8 ans car «
leur boîte crânienne n’est pas complètement
formée ».
Pollution
chimique :
La
pollution chimique est partout, à l’extérieur
aussi bien qu’à l’intérieur des bâtiments.
Poussières provenant de la combustion de produits fossiles,
métaux lourds, composés organiques volatils, gaz
naturels en excès (CO2, méthane, protoxyde d’azote),
polluants organiques persistants (pesticides, dioxines…) à
l’extérieur, tabagisme passif, fibres d’amiante,
poussières, biocides, pesticides, produits ménagers à
l’intérieur, sont autant d’éléments
à effet toxique aigu ; de plus, ces polluants sont souvent des
gaz à effet de serre contribuant à la destruction de
l’ozone stratosphérique.
Les
produits chimiques nocifs sont aussi dans nos aliments ; ils
proviennent de l’activité agricole ou de l’incinération
des déchets : nitrates, pesticides, dioxines et métaux
lourds ; « l’incinération constitue un procédé
de traitement des déchets extrêmement dangereux du point
de vue sanitaire ». Six substances ou groupes de substances
doivent être retirées du marché : certains
aldéhydes, plusieurs phtalates, plusieurs éthers de
glycol, le bisphénol A, le mercure et le brome et ses dérivés
organiques. Des alternatives existent. Certains additifs de nos
aliments provoquent des allergies, une prise de poids ou sont
potentiellement cancérigènes.
Dégradation
biologique :
Elle
résulte des deux précédentes ; la pollution
physico-chimique est non seulement la cause de problèmes de
santé publique mais entraîne des désordres
écologiques conduisant à la disparition des espèces,
à la détérioration des écosystèmes
et à l’émergence ou la réémergence
de maladies infectieuses. Elle est à l’origine de la
dégradation biologique de l’environnement et de
l’apparition de nos maladies : l’effet immuno-suppresseur
des rayonnements et de certaines substances chimiques.
«
Notre santé est intégralement tributaire du bon état
des écosystèmes ». « Au-delà d’une
certaine limite, une telle pollution biologique rendra toute vie
normale impossible sur terre ».
Concernant
les OGM, organismes génétiquement modifiés, le
professeur est très critique ; « nous cherchons à
modifier par transgenèse les espèces que nous avons
sélectionnées en rompant les barrières
génétiques qui les protègent et nous visons à
modifier les lois mêmes de la reproduction naturelle. Nous
créons des plantes transgéniques en bombardant les
génomes naturels à l’aide de « canons à
gènes » pour y introduire artificiellement les nouveaux
gènes qui nous paraissent utiles pour notre développement
industriel […] et qui plus est nous promouvons de tels OGM en
accréditant l’idée selon laquelle ils pourraient
être demain la solution à tous nos problèmes ».
Pourquoi
l’espèce humaine est-elle en danger ?
La
survenue de maladies graves et de stérilités risquent
de faire chuter voire cesser le renouvellement de la population
entraînant l’extinction de l’espèce humaine
; à cela il faut ajouter des conditions environnementales
extrêmes risquant de rendre toute vie impossible sur terre. «
Nous provoquons des conditions extrêmes qui immanquablement
nous mettront en péril dans un futur proche. Celles-ci
relèvent de trois facteurs indépendants, mais que leur
action congruente et simultanée rend préju diciable à
notre survie : la perte de biodiversité, la disparition de la
couche d’ozone et le réchauffement climatique ».
Pour
lutter contre la disparition de la couche d’ozone, il faut
interdire les produits organobromés comme on l’a fait
pour les produits organochlorés (le brome est 45 fois plus
destructeur de l’ozone stratosphérique que le chlore).
Le
réchauffement climatique est dû aux gaz à effet
de serre ; tous ces gaz proviennent pour une part importante de
l’activité humaine.
Le
réchauffement climatique provoque :
-
des sécheresses (Sahel, Australie, côte ouest des
Etats-Unis…) ;
-
une montée des eaux due à la fonte des glaces et à
la dilatation de l’eau des océans ;
-
le déplacement des espèces en latitude et altitude, des
migrations précoces ; ces perturbations provoquent la
disparition de nombreuses espèces animales et végétales
; or, « sans elles, sans leur diversité, il [l’homme]
ne pourrait pas se nourrir, se vêtir, se soigner, comprendre
quelle place il occupe dans le monde, s’exprimer du point de
vue artistique, s’équilibrer du point de vue affectif et
psychologique (les odeurs, les formes, les couleurs et les bruits
naturels, le contact avec les animaux lui sont indispensables) –
il ne pourrait tout simplement pas vivre. L’écocide que
nous perpétrons chaque jour conduit inéluctablement à
ce que j’appelle un homicide planétaire : l’assassinat
pur et simple de l’espèce humaine, sa mort lente et
programmée, à bas bruit ».
-
le déplacement des populations humaines dû à la
montée des eaux ou à des conditions de vie devenues
insupportables.
Le
professeur Belpomme se refuse « à tout alarmisme, à
toute alerte non scientifiquement prouvée, à tout
catastrophisme d’opinion » ; néanmoins, il
envisage 5 scénarii possibles causes de la disparition de la
vie humaine :
-
le « suicide par la violence » (par exemple, une guerre
atomique) ;
-
l’émergence de maladies très graves ou une
stérilité à l’origine d’un déclin
démographique irréversible ;
-
l’épuisement des ressources naturelles, en particulier
le manque d’énergie ;
-
la destruction de la biodiversité ;
-
des modifications physico-chimiques extrêmes.
«
Le scénario le plus probable est sans conteste l’aggravation
de l’effet de serre. Or, c’est le plus grave et le plus
difficilement maîtrisable […] »
La
rupture
Il
convient d’intégrer le principe de « santé
durable » qui est la « perpétuation de la santé
des générations futures, dans un état au moins
comparable à celui d’aujourd’hui, et la survie
future de l’ensemble des peuples de la planète. »
Pour
le professeur Belpomme, il faut rompre avec notre mode de vie,
changer les mentalités et changer le système économique
qui « laisse mourir de faim un tiers de l’humanité
». Il convient donc de limiter la croissance pour ne pas
épuiser les ressources, voire engager la décroissance
car « notre système économique vit largement
au-dessus de ses moyens » et réfléchir à
l’après-pétrole. Il faut diminuer la consommation
énergétique en faisant des économies et en
augmentant la part de l’énergie électrique
renouvelable et nucléaire. L’utilisation de «
biocarburants » est possible à condition de
décentraliser la production pour éviter les transports
des matières premières et du produit fini. «
Est-il nécessaire aujourd’hui de construire de nouvelles
autoroutes, de fabriquer de nouvelles voitures à essence ou
diesel, de nouveaux avions gros porteurs, de nouveaux aérodromes,
alors que demain les carburants coûteront très chers ? »
se demande le professeur Belpomme.
Le
professeur croit à un nouvel essor de la ruralité,
prône une diminution du commerce international, prédit
l’effondrement des États-Unis et du Japon, trop
dépendants du pétrole extérieur, pense que
l’émergence de nouvelles technologies et la protection
de l’environnement créeront de nouveaux emplois…
Conclusion
Pour
conclure, je citerai une fois encore le professeur Belpomme lui-même
qui écrit : « la raréfaction du pétrole
pourrait nous aider. […] Parce que, en restreignant la
consommation de pétrole, elle [la rupture] permettrait de
limiter l’effet de serre. A condition que nous cessions
d’utiliser le charbon ! »
Bibliographie
:
Le
site de l’ARTAC : www.artac.info
Les
ouvrages du professeur Dominique Belpomme :
Cancérologie
générale, J.B. Baillière, Paris, 1979
Les
grands défis de la politique de santé en France et en
Europe, Librairie de Médicis, Paris, 2003
Ces
maladies créées par l’homme, Albin Michel, Paris,
2004
Guérir
du cancer ou s’en protéger. Un véritable espoir à
condition de changer notre approche de la maladie, Fayard, Paris,
2005
Avant
qu’il ne soit trop tard, Fayard, Paris, 2007
Les
personnes qui souhaiteraient aller plus au fond des choses ont la
possibilité d’emprunter le livre du professeur Belpomme
au local de DSNE.
Martine
Boisseau