Arrêt du financement des contrats d’agriculture durable
mercredi 28 mars 2007,
par dsne
SOMMAIRE
Arrêt
du financement des Contrats d’Agriculture Durable
La
biodiversité remarquable et la protection de la ressource en
eau une nouvelle fois
abandonnées
par l’Etat
Dans
le bulletin de décembre, nous vous avions présenté
l’outil CAD (Contrat d’Agriculture Durable) qui constitue
le principal moyen de gestion des sites Natura 200 et des zones à
enjeu eau potable qui permet de rémunérer, voire
compenser, l’extensivité des pratiques agricoles sur ces
zones sensibles. Or, au printemps 2006, l’Etat a décidé
de suspendre le financement de cet outil alors que le réseau
Natura 2000 se construit doucement et que l’outil commence
seulement à être en vitesse de croisière on revit
une nouvelle fois l’arrêt des CTE !
Natura
2000 en Deux-Sèvres
14
sites Natura 2000 ont été désignés en
Deux-Sèvres soit 6 vallées (Argenton, Magot, Thouet
amont, Autize, Magnerolles, Boutonne), 4 grands ensembles de plaines
(Oiron-Thénezay, plaine de Niort Nord- Ouest, plaine de Niort
Sud-Est, plateau Mellois), 2 zones humides (Marais Poitevin, Chaumes
d’Avon), 1 massif boisé (Chizé-Aulnay) et 1
ancienne carrière (Loubeau). Cela représente un
total de près de 114 000 ha, soit 18% des Deux-Sèvres.
A l’échelle des Deux-Sèvres, un retard non
négligeable a déjà été pris sur la
mise en oeuvre et l’application de Natura 2000 sur 5 sites à
raison d’un document d’objectifs (docob) non validé
(ZSC vallée de l’Autize) et 4 non débutés
(ZSC vallée de la Boutonne, ZSC forêt de Chizé-Aulnay,
ZPS de la plaine de Niort Nord-Ouest, ZPS du plateau de La Mothe St
Heray-Lezay).A l’échelle européenne, la France ne
propose en espaces Natura 2000 que 8,5 % de son territoire, se
plaçant ainsi au 18ème rang des 25 pays membres, alors
que l’OCDE lui recommande d’accroître ces espaces à
15 %. Le projet Natura 2000 apparaît donc comme non abouti et
France Nature Environnement le déplore (communiqué de
presse du 28/04/06) :
-
le
contenu actuel et sa laborieuse constitution, fruits de l’absence
d’engagement fort de l’Etat dans son ensemble et d’un
déroulé parfois chaotique,
-
demande
à ce que le réseau Natura 2000 soit complété
dès 2007
-
constate
l’inexistence d’un inventaire du patrimoine naturel
adapté et demande la production rapide d’un tel
inventaire
La
situation actuelle du CAD
-
en Poitou-Charentes
Le
budget CAD en 2006 subit une régression drastique avec
seulement 100 millions d’euros pour toute la France dont 8
millions d’euros pour le Poitou-Charentes. Cette baisse de
crédits va se faire au profit de la Prime Herbagère
Agri-environnementale (PHAE), 80% du montant total, qui sera
dispensée à toutes les exploitations et donc diluée
sur tout le territoire avec une prise en compte du patrimoine naturel
minime. Ce budget ne devrait permettre la contractualisation que
d’une vingtaine de CAD alors que le besoin se chiffre plutôt
vers plus d’une centaine sur le département.
(voir
tableau page suivante)
Arrêt
du financement des Contrats d’Agriculture Durable
La
biodiversité remarquable et la protection de la ressource en
eau une nouvelle fois
abandonnées
par l’Etat
ZSC
: Zone Spéciale de Conservation issue de la Directive
Habitats/faune/flore de 1992
ZPS
: Zone de Protection Spéciale issue de la Directive oiseaux de
1979
Sources
: Chambre
d’agriculture de Thouars, Groupe Ornithologique des
Deux-Sèvres, Syndicat Mixte à la Carte, Symbiose
environnement,
Biotope, DIREN, Parc Interrégional du Marais Poitevin
(+
18) = nombre de dossiers en attente auprès des élaborateurs,
bloqués par le gel budgétaire, soit un total de 93
700 ha restant
à
contractualiser,
représentant plus d’une centaine d’exploitations.
Problème posé
par la diminution des crédits CAD
Notre
fédération régionale associative
Poitou-Charentes Nature a interpellé la Direction Régionale
de l’Agriculture début avril pour avoir des explications
et demander si des améliorations étaient prévues
: ce n’est pas prévu. Actuellement, la protection des
sites Natura 2000 est gelée par cette baisse de crédits
et certaines exploitations risquent de se trouver en difficulté
financière. Sur certains territoires comme le Marais Poitevin,
les aides agro-environnementales représentent jusqu’à
60% de l’excédent brut d’exploitation, c’est
à dire le revenu de l’exploitant, sur des exploitations
tournées vers l’élevage. Exemple de sites avec
des dossiers en attente (chiffres d’avril) :
-
ZPS plateau de La Mothe : 8 exploitations, soit 176 ha
-
ZPS plaine de Thénezay-Oiron : 18 exploitations, soit plus de
150 ha
Deux-Sèvres
Nature Environnement et le Groupe Ornithologique des Deux-Sèvres
sont impliqués dans cette démarche en tant que
promoteurs de la démarche Natura 2000 qui était conçue
comme un outil intéressant pour sauvegarder de grands milieux
et les espèces qu’ils supportent, et sont en outre les
interlocuteurs des agriculteurs lors de la réalisation de leur
dossier CAD, en tant qu’experts environnementaux.
C’est
donc à la fois dans le souci de préserver la richesse
biologique de territoires et conserver une agriculture qui a permis
le maintien de cette richesse naturelle que nos deux associations se
mobilisent avec eux pour demander le retour d’une enveloppe
budgétaire suffisante pour permettre à l’Etat
d’assumer ces engagements.
Conclusion
La
préservation de la biodiversité et de l’environnement
en général est une des priorités fortes
affichées par la France pour sa politique de développement
rural. Le projet de plan stratégique national prévoit
ainsi que les actions liées au développement rural
concourent aux objectifs de la stratégie nationale sur la
biodiversité et à l’engagement de la France
vis-à-vis de l’Europe de stopper le déclin de la
biodiversité pour 2010, notamment à travers la mise en
place et la gestion du réseau Natura 2000.
L’agro-environnement constitue un outil majeur pour la
préservation de la biodiversité. Malheureusement,
80% du budget total de l’agro-environnement sont attribués
à la PHAE, qui constitue un soutien économique au
maintien des prairies et des systèmes d’élevage
extensif mais en aucun cas une aide compatible avec une conservation
satisfaisante de la biodiversité. Le budget restant - soit 20%
- est largement insuffisant pour soutenir les mesures nécessaires
à la préservation de la biodiversité. Les choix
de la France (en matière agro-environnementale) ne sont donc
pas cohérents avec les priorités affichées. Ils
compromettent le respect de ses engagements au titre des directives
européennes Oiseaux et habitats, Faune, Flore pour la gestion
des secteurs Natura 2000, En effet, la majeure partie des enveloppes
financières agro-environnementales est consacrée à
la PHAE, ce qui compromet gravement la souscription de Contrats
d’Agriculture Durable (CAD) pour la préservation de la
biodiversité et anéantit les efforts déployés
sur le terrain auprès des agriculteurs pour mettre en place
des contrats forts de préservation de la faune et de la flore
menacées des sites Natura 2000.
Le
cas du Poitou-Charentes illustre bien le problème, puisque les
besoins financiers en 2006 pour des mesures agro-environnementales
dans des sites Natura 2000 de marais, vallées alluviales et
plaines cultivées s’élèvent à 7,5
millions d’euros d’engagement. Actuellement, seuls 2,5
millions peuvent être attribués à des CAD
biodiversité, la PHAE se taillant la part du lion avec plus de
5 millions d’euros (qui lui sont réservés). Force
est de constater que l’Etat, à travers ses choix
budgétaires, fait une croix sur la politique
agro-environnementale en faveur de la biodiversité (et des
ressources en eau), quitte à trahir tous les engagements pris
devant les instances européennes et lors des conférences
mondiales sur la biodiversité (Kuala Lumpur, Paris). A
travers la mise en oeuvre du réseau Natura 2000, c’est
l’engagement pour stopper la dégradation de la diversité
biologique, conforter des activités dans l’espace rural
et développer un nouvel outil d’aménagement du
territoire qui est en jeu.
Nicolas
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