Arrachage de haies en Gâtine : halte au massacre !
jeudi 29 mai 2008,
par dsne
Deux-Sèvres
Nature Environnement
Arrachage
de haies en Gâtine
Halte
au massacre !
L’arrachage
de haies est devenue une préoccupation importante en Gâtine
et dans d’autres régions bocagères. Chaque année
des conflits entre propriétaires ou riverains éclatent
avec les exploitants. Nicolas Gamache, dans sa thèse sur
l’évolution comparée de deux paysages bocagers,
celui de la Gâtine, avec un autre au Québec, explique en
partie cela par un regain d’intérêt récent
porté au paysage et à l’ensemble des activités
qui lui sont aujourd’hui associées.
Ainsi,
en l’espace de seulement quelques années, la
conservation des haies est devenue une question majeure derrière
laquelle se cachent de multiples enjeux comme la préservation
de la faune et de la flore, du patrimoine historique, de la qualité
de vie et de l’alimentation, du développement rural en
particulier dans le domaine des loisirs et du tourisme. En témoigne,
les nombreuses manifestations et activités autour de la nature
qui rassemblent chaque année des centaines de participants
devenus « utilisateurs » du paysage.
Face
à cela, un contexte de perspectives économiques
favorables provenant de l’augmentation de la demande en matière
première alimentaire et en bois énergie, accélère
et généralise certaines pratiques agricoles considérées
comme abusives au regard des usages locaux ou de modes
d’exploitation plus respectueux de l’environnement et du
cadre de vie. Tous les exemples récents illustrent une
mutation rapide et incontrôlée transformant le paysage.
Les conséquences qui résultent de la multiplication de
ces exemples non coordonnés mais convergents, sont
considérables notamment sur le plan environnemental. La
haie qui représente à elle seule 40 % de la surface
boisée du département est un précieux
écosystème, pour peu qu’elle ne devienne pas
un buisson arbustif réduit à 1 mètre de haut.
Elle abrite une biodiversité propre que les arrachages répétés
font chaque fois reculer en isolant les populations faunistiques et
floristiques. Les autres écosystèmes locaux dépendent
également du maintien de la fonctionnalité écologique
de la haie ; ceci explique que le morcellement du réseau
perturbe déjà des équilibres plus globaux à
l’échelle du territoire et menace les populations d’une
quantité très importante d’espèces.
Il
est urgent de stopper les pratiques les plus opportunistes qui
interviennent souvent sans l’accord des propriétaires.
Les
associations environnementalistes qui représentent une partie
seulement de ces utilisateurs ne doivent pas être les seules à
se mobiliser et à réagir. Les actions de
sensibilisation et de replantation ont des effets immédiats
dérisoires au regard des kilomètres de linéaires
qui disparaissent chaque année. Les maires ont la
possibilité de prendre des mesures pour préserver les
haies sur leur commune ainsi que les intérêts
économiques et environnementaux qu’elles représentent
directement ou non.
Les
propriétaires peuvent aussi agir à leur niveau en
limitant le cadre d’intervention des exploitants lors de la
signature ou du renouvellement du bail et faire valoir leurs droits
sur les arbres. L’idée largement répandue dans
les campagnes selon laquelle les exploitants peuvent faire ce qu’ils
veulent sur les terres louées est juridiquement fausse.
Les futaies et les têtards appartiennent au propriétaire
et lui seul a le droit de les faire abattre. Les preneurs n’ont
droit qu’aux émondes des coupes et ont l’obligation
de ne pas commettre des dégâts ou des dégradations
sur les terres données en location. En outre, ils doivent
accepter toute replantation d’arbres que le propriétaire
décide.
Sur
le plan environnemental également, la destruction de têtards
qui constituent l’habitat de coléoptères protégés
au niveau national (Pique-prune, Lucane cerf-volant, Rosalie des
Alpes...) présents en Deux-Sèvres est pénalement
sanctionnée par des amendes pouvant être élevées.
Les
institutionnels doivent également se positionner clairement
sur les actions de coordination qu’ils entendent mener
localement pour modéliser un système économiquement
viable sans perte d’identité territoriale et tenant
compte des aspirations des autres composantes de la population locale
qui participent pleinement à la revitalisation démographique
et économique des campagnes que nous connaissons actuellement.
Malgré
cela, certains professionnels du monde agricole nous expliquent que
la disparition des haies constitue une tendance inéluctable,
intangible et irréversible, comme si, l’intensification
des cultures ou l’industrialisation de l’élevage,
avec pour conséquence ultime l’uniformisation du
paysage, était la condition nécessaire au développement
de la société rurale d’aujourd’hui. Mais
cette logique, partisane, ne tient pas compte de l’attachement
très fort de la population rurale pour le paysage en général
et pour les haies arborées en particulier. On peut
comprendre la nécessité qu’ont certains
exploitants d’adapter leurs exploitations aux contraintes des
marchés mais les arrachages sauvages faisant fi des droits les
plus élémentaires des propriétaires dans une
seule logique de profit à court terme et ce, au détriment
de l’intérêt collectif, ne sont plus acceptables.
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