Arbres remarquables des Deux-Sèvres
mardi 17 juillet 2007,
par dsne
Enfin
une publication sur les Arbres Remarquables des Deux-Sèvres !
Textes
extraits du livret accompagnant le DVD « Arbres en Deux-Sèvres,
émouvants et remarquables »
Deu
x auteurs de ux-sèvr iens qui n’en s ont pas à
leur c oup d’essai : Philippe RA BILL AT, passionné par
les arbres depuis l’enfance, scénariste, réalisateur
de courts métrages et vidéos liés au patrimoine.
Daniel MA R, photographe, réali sate ur, aute ur et co-auteur
de nombreux audiovisuels et livres régionau x.
Un
patrimoine exceptionnel
La
France possède quelques beaux arbres exceptionnels répartis
de manière inégale dans notre pays.
Ce
patrimoine, souvent ignoré, fascine de plus en plus d’adeptes
et s’intègre depuis quelques années au coeur des
circuits touristiques. L’arbre n’est-il pas le témoin
privilégié de notre histoire ? En vous proposant des
portraits d’arbres peu ordinaires, Daniel Mar et Philippe
Rabillat croisent les confidences riches d’émotions
d’hommes et de femmes aux connaissances multiples. Ainsi, par
l’image, le son et l’écrit, ce patrimoine naturel
deux-sèvrien se dévoile, illustré par un
remarquable film de 68 mn et quelques belles pages, offrant un voyage
aussi inattendu que fascinant au vert pays des Deux-Sèvres.
Mais attention, ici point d’académisme ! L’intervention
d’un comédien, en la personne de Philippe Boisvert (se
définissant comme « arbrologue »), apporte par
petites touches la fantaisie et l’imaginaire propres à
faire pénétrer petits et grands au sein d’un
monde végétal aux dimensions insoupçonnées.
Savoir à quel arbre vous appartenez dans l’astrologie
celtique, aller à la rencontre des arbres cités et en
faire des buts de balades, en découvrir d’autres et
participer ainsi à l’inventaire en s’aidant de la
fiche de recensement jointe, apprendre à vous plonger dans
l’univers apaisant des arbres, à les regarder autrement
puis à se ressourcer à leur pied... un bien joli
programme que ce livre-DVD, premier d’une collection que l’on
espère elle aussi remarquable.
En
supplément sur le DVD, Deux-Sèvres Nature Environnement
vous offre un diaporama présentant une cinquantaine d’arbres
remarquables du département.
Qu’est-ce
qu’un arbre remarquable ?
Contrairement
à ce que l’on serait en droit de penser, il n’est
pas facile de définir avec rigueur « l’arbre
remarquable ». De l’avis même des spécialistes,
une grande part de subjectivité s’impose en ce domaine.
En effet, s’il est remarquable pour le photographe ou l’artiste
peintre, il ne le sera pas forcément pour le botaniste et
moins encore pour l’exploitant forestier. Ce n’est pas
non plus le fait que l’arbre soit une essence rare par rapport
à la région où il se trouve, ou qu’il
fasse partie d’un patrimoine familial vénéré
depuis l’enfance, qu’il puisse prétendre être
remarquable. Ces critères n’étant pas, bien
entendu, cause d’exclusion. Alors disons que pour être
remarquable, l’arbre doit être avant tout exceptionnel.
Il doit répondre soit à des critères
d’andrologie par ses dimensions ou son âge, soit à
des critères esthétiques par la singularité de
ses frondaisons, la forme de son tronc ou de ses racines, ou encore
répondre à des notions culturelles par sa valeur
historique, religieuse ou ethnographique. Dans tous les cas, il doit
susciter chez le non spécialiste l’admiration, l’émotion
ou la curiosité, voire le respect ou même la crainte. «
C’est peut-être là le premier critère
objectif d’une référence subjective ! »
Aimer
les arbres
On
m’a souvent posé la question : « comment vous est
venue cette passion pour les arbres remarquables ? »
Je
me souviens avoir lu, il y a hélas trop longtemps... dans le
journal de Mickey, un article concernant les arbres d’exception.
J’avais alors été fortement impressionné
par cette image en noir et blanc d’un homme se tenant au pied
d’un séquoia géant d’Amérique. À
partir de cette époque, mon intérêt pour les
arbres se développa. L’un
de mes oncles possédait une très belle châtaigneraie.
Mais je trouvais ces arbres sinistres. Leurs troncs torturés
me faisaient un peu peur. Y avait-il à craindre de ces arbres
? Prenant mon courage à deux mains, je me suis rapproché
de ces êtres que je percevais alors comme les « Ents »
de Tolkien dans le Seigneur des Anneaux. Fasciné par leur
étrange beauté, j’ai rapidement apprécié
leurs troncs informes et striés, leurs masses de bois où
la vie repartait en tous sens au prix d’incroyables efforts.
Conscient de leur grand âge et ému par les prodiges de
dame Nature, je me suis très vite passionné en pensant
que ces vénérables carcasses avaient été
les témoins silencieux de notre passé, qu’ils
avaient grandi aux côtés des hommes et partagé
leurs souffrances, essuyant les tempêtes, la guerre, le feu et
divers autres cataclysmes. Mais sans doute avaient-ils aussi
contribué à leur bonheur en les sauvant de la famine,
en les abritant, ou en les réchauffant avec leur bois.
N’avaient-ils pas également servi à masquer leurs
amours ou à recevoir leurs confessions ?
Bien
vite, en mêlant mon imaginaire d’enfant à mes
émotions, j’ai bâti autour des arbres un véritable
jardin secret, un monde refuge en marge des hommes.
Souvent,
par la suite, je suis venu panser mes blessures auprès des
arbres. Du coup, ils sont devenus mes confidents. Depuis, je n’ai
jamais cessé de parcourir la nature avec cette soif très
particulière de trouver un bel arbre, de le mesurer et de le
photographier. Aujourd’hui encore, j’amuse ou j’agace
mes enfants en m’extasiant devant la beauté d’un
chêne ou d’un châtaignier. Au fond, rien n’a
changé ; j’ai toujours aimé les arbres, admiré
la force tranquille qui les habite, éprouvé le
sentiment de paix qu’ils dégagent dans leur immobilité.
Lorsqu’un
arbre qui m’était cher disparaît, j’ai
l’impression de perdre un ami, un parent, ou une partie de
moi-même. Les arbres nous communiquent une forme de sagesse et
nous n’avons pas fini d’en découdre avec eux. Loin
de « l’ébullition écologique »
actuelle, je reste persuadé qu’ils ont notre avenir
entre leurs branches !
Philippe
Rabillat
Une
famille d’arbres
«
C’est après avoir traversé une plaine brûlée
que je les rencontre. Ils ne demeurent pas au bord de la route, à
cause du bruit. Ils habitent les champs incultes, sur une source
connue des oiseaux seuls.
De
loin, ils semblent impénétrables. Dès que
j’approche, leurs troncs se desserrent. Ils m’accueillent
avec prudence. Je peux me reposer, me rafraîchir, mais je
devine qu’ils m’observent et se défient.
Ils
vivent en famille, les plus âgés au milieu et les
petits, ceux dont les premières feuilles viennent de naître,
un peu partout, sans jamais s’écarter. Ils mettent
longtemps à mourir, et ils gardent les morts debout jusqu’à
la chute en poussière. Ils se flattent de leurs longues
branches, pour s’assurer qu’il sont tous là, comme
des aveugles. Ils gesticulent de colère si le vent s’essouffle
à les déraciner. Mais entre eux aucune dispute. Ils ne
murmurent que d’accord.
Je
sens qu’ils doivent être ma vraie famille. J’oublierai
vite l’autre. Ces arbres m’adopteront peu à peu,
et pour le mériter j’apprends ce qu’il faut
savoir. Je sais aussi rester en place. Et je sais presque me taire. »
Jules
Renard (1864-1910)
Cet
écrivain avait un profond respect pour la nature.
Nos
coups de coeur (extrait)
Nous
n’avons pas la prétention d’écrire que ce
sont les arbres remarquables et émouvants les plus
représentatifs de notre département que vous allez
découvrir dans les pages suivantes. Certes, on y voit quelques
« monuments » incontournables, mais ils sont nombreux
ceux qui pourraient également prétendre figurer dans ce
bouquet. Vous les dénicherez par ailleurs, en parcourant ce
livret ou son DVD. Et que ceux qui ne trouveraient pas trace de leur
arbre fétiche ne soient pas déçus, il n’en
est pas pour autant moins remarquable. Nous pensons ainsi à
l’if de la cour de l’ancienne poste à Bressuire, à
l’étonnant mûrier noir séculaire du parc
d’Argenton-Château, à quelques fabuleux frênes
têtards du Marais poitevin, au châtaignier « des
enfants » près de Tillou... et bien d’autres
encore que la fiche jointe à ce livret vous permettra de
sortir de l’ombre. Alors n’hésitez pas vous aussi
à composer d’autres bouquets. Le nôtre ne vaut que
par le regard que nous y avons porté et l’attention que
nous avons à vous l’offrir.
Le
chêne de la Prennerie
Il
se tient à l’entrée d’une cour de ferme et
cache son âge sous un abondant feuillage en été.
En hiver, il dévoile toute sa majesté. Le chêne
de la Prennerie, non loin du Jardin des Sens de Coutières, sur
la petite route qui mène à Ménigoute, a toujours
su se faire discret. Cette timidité lui a sans doute permis de
vivre aussi longtemps. Déjà remarqué sous Henri
IV, il domine une bâtisse de ses branches imposantes, une
ancienne « prunnerie » où l’on cultivait et
faisait sécher les fruits. L’arbre est un peu délabré,
mais son port conique et massif lui a permis de résister à
la tempête de 1999. L’ancêtre en a vu d’autres
! Il a même échappé à l’abattage au
milieu du siècle dernier. Preuve qu’il ne date pas
d’hier, ce serait les Anglais qui l’auraient planté
pendant la guerre de cent ans et, pour l’anecdote, sachez qu’il
a également vu les bombardiers anglais revenant de détruire
la gare de Poitiers pendant la dernière guerre !
Pour
les passionnés que nous sommes, voilà bien un arbre qui
ne compte pas pour des prunes !
La
« Talle » à Teurtout
À
la croisée des chemins de la Revêtison et de Vitré,
le châtaignier dresse sa carcasse torturée aux curieux
venus l’admirer. Bien vite l’on s’impressionne de
ses dimensions : 16 m de circonférence à la base !
Le
tronc principal est mort depuis plusieurs décennies, mais les
rejets qu’il a produits, le recouvrent d’un abondant
feuillage et lui confèrent une certaine vitalité. Le
tronc présente une cavité béante dans laquelle
on peut se tenir à plusieurs. Mais attention, cela peut être
dangereux, car le vieillard n’a plus que la peau et les os, et
sa fragilité est extrême ! Difficile d’évaluer
son âge, il pourrait bien atteindre les sept siècles. On
rapporte qu’il servit de point de rencontre aux révoltes
paysannes qui secouèrent le Moyen-Âge, qu’il fût
également au coeur des assemblées huguenotes.
Aucun
propriétaire ne possédait la « Talle à
Teurtout », qui de fait et comme son nom patois le souligne,
appartenait à tout le monde. Cela semble encore vrai
aujourd’hui.
Le
chêne de Pouzay à Béceleuf
C’est
l’histoire d’un chêne qui a poussé
discrètement à l’intérieur d’un
pigeonnier du XVIIe siècle.
Au départ, personne n’y a prêté attention,
puis on a laissé faire la nature. Alors l’arbre s’est
élancé vers la lumière, jusqu’à
atteindre le faîte de l’édifie qu’il coiffe
désormais de sa belle chevelure. Lorsque la lumière
pénètre à l’intérieur du
pigeonnier, éclaire les centaines de boulins qui le composent,
le chêne apparaît dans toute sa splendeur, magnifié,
incroyable exemple de l’alliance du végétal dans
le minéral. Une curiosité unique et incontournable pour
tous les randonneurs qui parcourent cette splendide campagne
vallonnée.
Une
récompense pour les arbres
L’association
« ARBRES » réunit à l’échelle
nationale des amateurs, des professionnels et des scientifiques
passionnément amoureux des arbres remarquables. Elle s’est
donnée comme objectif de les protéger, les sauvegarder,
favoriser les recherches les concernant et faire prendre conscience
de leur valeur patrimoniale.
Depuis
l’an 2000, l’association attribue « le label »
arbres remarquables de France pour des municipalités oeuvrant
pour la sauvegarde d’un arbre exceptionnel. Plus de 100 villes
ou villages ont reçu ce label.
Trois
arbres remarquables de France en Deux-Sèvres
Le
26 juin, une manifestation a été organisée à
l’initiative du Conseil Général pour officialiser
la sortie de ce DVD et l’association « Arbres » a
attribué trois labels « arbres remarquables de France »
en Deux-Sèvres aux arbres prédemment décrits :
le chêne de Pouzay à Béceleuf, le châtaignier
la « talle à teurtout », le chêne de la
Prennerie à Coutières. Cette remise de prix a été
conclue par un spectacle, « l’arbre à lettre »
présenté par les « Brasseurs d’idées
».
Contenu
du DVD :
Ce
film est composé de 19 modules d’une durée de 2 à
6 minutes chacun. En prenant la référence de
numérotation, vous avez la possibilité d’accéder
directement au chapitre de votre choix. Toutefois, pour une meilleure
compréhension de la quête de notre « arbrologue »,
Philippe Boisvert, nous vous engageons, dans un premier temps, à
visionner le film dans son intégralité.
LE
PATRIARCHE : Un chêne remarquable en forêt de
l’Hermitain.
L’ARBRE
DINOSAURE : Près de Celles-sur-Belle, « la Talle à
Teurtout ».
RÉACTIONS
EN CHÊNES : Le chêne de La Blandinière et quelques
autres.
L’ARBRE
DES LAVANDIÈRES : Le platane du port d’Aiript se
souvient...
L’ARBRE
DES ÉCOLIERS : Le vénérable robinier de
St-Hilaire-La- Palud.
LES
INSOLITES : Quelques curiosités du département.
L’ARBRE
SANCTUAIRE : Un arbre sacré, vers Courlay.
LES
DÉRACINÉS : Ils ne sont pas d’ici, et pourtant...
UNE
BONNE FÉE POUR 4 SEIGNEURS : À Oiron, une jardinière
et des cèdres.
LES
GÉANTS DU MARAIS : Dans le Marais, industrie et poésie
du peuplier.
LE
CHÊNE DU REBELLE : Le chêne de Robert Le Chouan, vers
St-Pardoux.
LES
MARQUEURS : Arbres revendicateurs en pays protestant.
LE
SULLY : A Montalembert, un tilleul festif.
MÉMOIRE
DE CORMIER : Un arbre sorti de l’oubli.
DU
HAUT DES ARBRES : Un élagueur poète à
St-Jouin-de-Marnes
LE
CONFIDENT : Les « sept chênes » du souvenir en
forêt de Chizé.
L’ARBRE
D’AMBROISE : Du côté de Ménigoute on se
souvient d’Ambroise.
L’ARBORETUM
DE MADAME GENEVIÈVE : À Beaulieu-sous-Bressuire.
L’ARBRE
LUDIQUE : Évasion arborée à La
Chapelle-St-Étienne et Pougne-Hérisson.
Bonus
diaporama
Réalisé
par l’association « Deux-Sèvres Nature
Environnement ». Présentation d’une cinquantaine
d’arbres remarquables du département, sous forme de
diapositives.
De
plus, une fiche de participation à l’inventaire est
livrée avec le DVD, contribuant ainsi à le compléter.
Textes
et photos : Daniel Mar, Philippe Rabillat.
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