A propos du bois raméal fragmenté
mardi 17 juillet 2007,
par dsne
Point
de vue complémentaire
Suite
à l’article de Sylvain Houlier sur le Bois Raméal
Fragmenté, paru dans le bulletin n°35-2 de décembre
2006, une réaction d’un spécialiste de la forêt
nous est parvenue. Nous vous la livrons ci-dessous ; ceci démontre,
s’il en était besoin, que dans la nature il n’y a
pas de règle établie et que ce qui est bon à un
endroit ne l’est pas forcément partout.
A
propos du bois raméal fragmenté !!
Depuis
quelques temps poussent, voire fleurissent de nombreux articles,
s’organisent des colloques et des stages, sur et pour la
promotion du BRF, le désormais fameux bois raméal
fragmenté. En tant que forestier, je souscris à la
formidable valeur biologique du matériau ainsi désigné….
En tant qu’écologiste, je souscris encore à la
nécessité d’en venir à des fertilisations
respectueuses des sols et permettant de réduire au maximum le
volume de la chimie dont ces messieurs de l’agriculture, soit
disant raisonnée, abreuvent nos sillons… Pour autant,
en tant que forestier-écologue, ou vice versa, je tiens à
poser les limites de cette technique et de sa généralisation
: ce sont les limites de l’écosystème forestier
en lui-même, que l’on appelle une fois de plus à
la rescousse alors même qu’il fut si longuement
maltraité.
Les
rémanents, c’est-à-dire l’ensemble des
restes de branchages, de houppiers, voire les restes d’exploitation,
sont pour le sol forestier lui-même la condition de sa survie :
outre les feuilles bien entendu, ce bois, lentement pourrissant,
présente les qualités mêmes développées
dans l’article fort intéressant de Sylvain Houlier.
Devenant progressivement du bois mort, les rémanents vont
accueillir de nombreuses espèces d’insectes, dont
certaines rares et ayant d’une part, valeur de patrimoine
biologique, de l’autre valeur de base d’une chaîne
alimentaire complexe. Avec beaucoup de difficultés, commence à
peine à naître la conscience, chez les propriétaires
forestiers, de l’intérêt de laisser au maximum ces
rémanents pourrir, au lieu de les brûler ; la résilience
de l’écosystème est à l’aune de ce
que nous en faisons… L’équilibre nutritif des
sols en dépend, l’équilibre entre populations
d’insectes auxiliaires et populations d’insectes
déprédateurs également, ainsi que la maintenance
de populations viables de pics, de sitelles, de grimpereaux et autres
espèces d’oiseaux inféodées au bois mort
ou au futur bois mort !!
Imaginons
un succès phénoménal du BRF ; on peut s’en
réjouir, on peut s’en inquiéter avec la même
acuité : QUI va aller, concrètement, en forêt,
contrôler que seul l’excédent sort, et que le
nécessaire reste ?? Quand on lance ce qui va devenir un
marché, on en lance également, potentiellement, les
excès. Gérer les haies, d’autre part, c’est
bien ; encore faut-il les élaguer avec du matériel
respectant le support vivant de ce bois vert, c’est-à-dire
les arbres euxmêmes : promouvoir le lamier et non le broyeur à
couteaux, catastrophique sur les plans esthétique et sanitaire
; encore faut-il tailler hors des périodes de reproduction de
la faune sauvage… QUI va encore une fois contrôler cela,
alors même qu’il va falloir rentabiliser les gros
broyeurs dont s’équipent en ce moment maintes
Coopératives d’Utilisation de Matériel Agricole,
justement pour ce marché de BRF (et de plaquettes forestières)
??
Alors,
le BRF, oui, mais avec beaucoup de précautions, et donc…
des moyens humains pour en canaliser le développement !
Attention de ne pas transformer une excellente idée en danger,
un de plus, écologique !!
Alain
Persuy
Technicien
supérieur forestier et naturaliste
Auteur
du « Guide de la forêt en Poitou Charentes et Vendée
», éditions Geste (2004)
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