2 nouvelles espèces d’insectes pour les Deux-Sèvres depuis cet été : Une Libellule : Sympetrum danae ...et un Papillon : l’Azuré des mouilères, observé à nouveau dans les Deux-Sèvres


jeudi 16 mars 2006, par dsne

Deux nouvelles espèces d'insectes pour les Deux-Sèvres depuis cet été

Une Libellule : Sympetrum danae

Jamais encore cité en Deux-Sèvres, le Sympétrum noir (Sympetrum danae, Sukzer 1776), l'est depuis fin août, grâce à des observations réalisées sur une zone humide.

Située au Nord-Ouest des Deux-Sèvres, sur la commune de la Petite Boissière, le site abritant l'espèce a été mis en eau en début d'année. Il s'agit d'une prairie humide pâturée nouvellement créée, où le niveau d'eau est géré selon les saisons. Ainsi on retrouve un grand nombre de plantes immergées. Une partie reste en eau tout au long de l'année, favorisant ainsi le développement de nombreuses espèces du monde animal et végétal (Odonates, Reptiles, Amphibiens, Avifaune...).

Un mâle a été observé consécutivement pendant 3 jours. Il semble qu'il s'agisse du même individu. Lors de la première capture permettant de valider l'observation, on a pu constater la présence d'un parasite (larve d'un Hydracarien) sur le membre arrière gauche, en dessous du coxa (première section de la patte). Les deux jours qui ont suivi cette observation, Antoine Pasquier a recontacté l'espèce à quelques mètres près du lieu de la première capture. Il a pu réaliser des photos de l'individu (mâle) qui présentait également un parasite du même genre sur le membre inférieur gauche, toujours au même niveau ! Intéressant, non !?

En savoir un peu plus sur le petit danae !

L'un des plus petits représentants du genre Sympetrum, le Sympétrum noir se reconnaît du premier coup d'oeil à sa teinte brun-noir chez le mâle mature et chez la femelle aux surfaces étendues noires, avec du jaune. Un triangle noir caractéristique est présent sur le dessus du thorax. Les pattes sont noires.

Mensurations :
-Abdomen : 20 à 26 mm ; aile post. 21 à 30 mm.
- Abdomen : 18 à 26 mm ; aile post. 20 à 29 mm.
(Dommanget J.l & D'Aguilar J., 1998).

Les larves se développent dans les zones peu profondes, à même le fond où au travers de la végétation aquati que (Dommanget J.l & D'Aguilar J., 1998). Les habitats larvaires sont du type lentique et peuvent être neutres ou bien acides. Pour répondre aux exigences des larves et des adultes, ils sont le plus souvent caractérisés par une grande abondance d'hélophytes et d'hydrophytes.

Exemples d'habitats : Mare, tourbière, marais, étangs tourbeux oligotrophes et mésotrophes ...

Les émergences se produisent du mois de juin à début septembre.

La particularité de cette espèce est d'avoir un pouvoir de dispersion assez important. Les imagos fréquentent les mêmes habitats que ceux propices au développement des larves. Il est fréquent de les observer volant au-dessus des zones bien fournies en végétaux. Lorsqu'il est présent sur une zone, il est fréquent de le rencontrer plusieurs jours au même endroit montrant ainsi sa territorialité. Ce cas a pu être observé sur la zone humide du Forgineau.

Assez rare en plaine, cette espèce reste assez commune dans les zones de reliefs. Au niveau de la région Poitou-Charentes, le Sympétrum noir a été contacté en Charente (2 observations en juin 1991 et 1996), en Vienne (1 observation fin mai 1999) et maintenant en Deux-Sèvres ! Dans tous ces cas, il s'agit de données très ponctuelles et occasionnelles, sans preuve de reproduction. Il s'agit donc de la seule observation effectuée de cette espèce durant la période de l'atlas.

Parlons-en...

Dans un monde où les milieux aquatiques sont partout asséchés, la création d'une nouvelle zone humide fait figure d'événement. Des réalisations de gestion de ce genre doivent être un exemple et surtout encouragées ! Louis Marie et Antoine Pasquier sont à l'origine de cette initiative. Celle-ci, mise en eau depuis cette année, a permis de contacter pas moins de 25 espèces d'Odonates, dont le fameux « danae » !

Sympetrum danae femelle, Cantal août 2005. Photo : Nicolas Cotrel. Quoi de plus merveilleux pour un naturaliste que d'observer une espèce qu'il n'a encore vue ? Déjà en 2004, le groupe Odonates n'a pas ménagé ses efforts sur la Dive du Nord pour confirmer danae. Photo : Nicolas Cotrel. Ils ont créé une zone qui a su répondre aux besoins d'une multitude d'espèces à différents moments de l'année, tout en pouvant concilier l'activité humaine (agriculture en l'occurrence). Chapeau ! !

Alexandre Boissinot
A retenir :

Le dimanche 6 Août 2006 une sortie intitulée « Fau- ne et Flore de la vallée de l'Ouin » est organisée afin de faire découvrir la zone humide du Forgineau. Peut- être aurons-nous, au cours de cette journée, l'occasion de rencontrer « danae » !

Deux-Sèvres Nature Environnement 34 - 2 Décembre 2005
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...et un Papillon :

L'Azuré des mouillères (Maculinea alcon) observé à nouveau dans les Deux-Sèvres

Dans son article paru dans le Bulletin de Deux-Sè vres Nature Environnement 28-1 (Avril 1999), Robert Lévesque a indiqué que L'Azuré des mouillères « fré quentait les prairies très humides du sud du dépar tement ». Il a ajouté : « aujourd'hui je serais dans l'impossibilité de préciser où il existe encore ». Le 27 juillet 2005 au cours d'une sortie avec mes amis « lépidophiles » Wilf et Julia Powell, nous avons observé une petite population de ce papillon rare, dans le sud-est du département. L'indication du site n'est pas précisée, l'espèce étant protégée au titre de l'arrêté du 22 juillet 1993.

La plante-hôte du papillon dans notre région est la Gentiane pneumonanthe (Gentiana pneumonan the) qui est, elle-même, peu commune en raison de l'abaissement du niveau des eaux et de la fermeture des habitats par la broussaille. J'estime qu'il y avait environs 60 plantes en fleur sur une zone de près de 50 m². Il n'y avait que trois ou quatre papillons en vol, probablement les femelles en train de pondre sur les fleurs et sépales des Gentianes. Les oeufs sont petits (moins d'1 mm de diamètre), blancs, brillants, très visi bles et pondus isolément, pas en plaques comme ceux de beaucoup d'espèces de papillons. Cependant, il y en avait jusqu'à une dizaine sur quelques corolles. A proximité, il y avait d'autres fleurs sans oeufs. Normalement les chenilles de cette espèce sortent des oeufs après 4 à 10 jours, aussi je fus surpris de constater, au cours d'une deuxième visite 18 jours plus tard, qu'apparemment les oeufs n'avaient pas éclos.

Il n'y avait pas de trou sur la surface supérieure de chaque oeuf. J'ai découvert dans la littérature que le chorion (enveloppe kératineuse, dure et résistante) de l'oeuf de L'Azuré des mouillères était beaucoup plus épais que celui des autres azurés, ce qui le protège des parasites. « La base de l'oeuf, fixée à la plante-hôte, est par contre très fine : la jeune chenille la perce pour éclore et fore ensuite le tissu végétal » (Lafranchis, 2000).

D'abord, la chenille se nourrit des feuilles et des fleurs de la plante-hôte mais elle change complète ment de régime après la troisième mue. Elle cesse alors de manger et attend d'être adoptée par une fourmi (genre Myrmica exclusivement, normalement M. rubra, M. ruginodis ou M. scabrinodis). Elle est emportée par la fourmi dans sa fourmilière et est nourrie par les ouvrières de la bouillie préparée pour L'Azuré des mouillères, Maculinea alcon. Photo : Wilf Powell. les larves des fourmis. En échange la chenille exsude une solution sucrée très appréciée des fourmis qui la lèchent régulièrement. La chenille passe l'hiver dans la fourmilière et s'y chrysalide au printemps, toujours protégée par les fourmis. Finalement l'adulte éclot et sort de la fourmilière, normalement en juillet (Chinery, 1998 ; Lafranchis, 2000).

La biologie de l'espèce proche, l'Azuré de serpolet (Maculinea arion) - autre espèce patrimoniale fréquentant les pelouses sèches - ressemble bien à celle de l'Azuré de mouillères mais la fourmi-hôte est normalement Myrmica sabuleti et les chenilles mangent les larves des fourmis plutôt que la nourriture des larves.

L'avenir pour l'Azuré des mouillères

La rareté de l'Azuré des mouillères est expliquée par ses exigences écologiques. Il a besoin de la Gentiane en floraison à l'époque de la ponte et, de plus, d'une population de la bonne espèce de fourmi pour assurer sa survie.

La gestion du site découvert en 2005 nécessite un suivi qui ne peut se faire qu'avec l'accord du propriétaire et l'intervention du Conservatoire des espaces naturels du Poitou-Charentes.

Je remercie Robert Lévesque et Suzanne Buisson- net pour leur aide précieuse pour la rédaction de cet article et Robert, toujours de bonne volonté, pour l'apport de ses connaissances, de la répartition et de l'écologie de cette espèce ainsi que pour les espèces proches.

Neil Wilding
Bibliographie :
CHINERY, M., 1998.
Butterflies of Britain & Europe.
Harper Collins, London

LAFRANCHIS, T., 2000.
Les papillons de jour de France, Belgique et Luxembourg et leurs chenilles.
Collection Parthenope. Biotope, Mèze

Deux-Sèvres Nature Environnement 34 - 2 Décembre 2005

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